20/04/2007

Erik Vermeulen Trio - Jazz Station

J’ai toujours été fasciné par le jeu d’Erik Vermeulen.
Par le personnage aussi.

Je me rappelle la première fois que je l’ai vu jouer : c’était avec le quartet de Ben Sluijs.
À l’époque de «Candy Century».
Au feu Travers.
D’abord, j’ai pris une belle claque en entendant le groupe, mais en plus, j’étais hypnotisé par le pianiste. Sa façon de jouer, de se tenir, de bouger, de geindre…

Quel jeu ! Quelle personnalité. Quel sens du rythme. Quel sens des silences.
Un maître.

01

Samedi dernier, à la Jazz Station, Vermeulen était enfin de retour avec son trio.
Son «nouveau» trio.
Cette fois-ci il était entouré de Marek Patrman et Manolo Cabras (oui, encore eux).

Que va-t-il nous jouer notre Erik ?
Le sait-il lui-même ?
Imprévisible, comme seuls les artistes peuvent l’être, le pianiste décide alors de donner beaucoup de place à l’improvisation à partir d’un « simple » thème de sa composition.
Il aime ça, l’improvisation. C’est sa liberté à lui. Et quand il nous invite à la partager, il ne faut surtout pas refuser ce bonheur.
Il y aura donc deux long morceaux par set.
Des morceaux de premier choix.

Les musiciens jettent les bases du premier thème comme les pièces d’un puzzle qu’il faut assembler. Les doigts et les mains de Manolo courent sur sa contrebasse et impriment un rythme haletant, Marek éclabousse l’espace de ces cymbales… et le trio nous emmène petit à petit vers une mélodie contemporaine lyrique, voire même parfois romantique.
Il y a de la profondeur, de la retenue, de la mélancolie, de la tristesse, mais surtout de la musique comme trop rarement on en entend.

Sur la mélodie, Erik joue avec une dextérité et un touché incomparable.
Bien sûr on pourrait citer John Taylor ou Keith Jarrett par moments.
Mais ce ne sont là, sans doute, que quelques tentatives vaines de ma part pour définir le jeu unique d’Erik.

Marek joue sur la peau de ses tambours par simple pression des doigts, il griffe subtilement les cymbales, les effleure avec les balais, les fait scintiller en les frappant sur la tranche, joue avec une petite cymbale placée sur le tom. Il crée un univers éblouissant fait de rythmes mouvants et riches.
Sans jamais oublier un swing sous-tendu.
Il y a une écoute et une entente formidables entre les trois musiciens.
Le jazz est vraiment présent.

Contrairement au concert de la veille avec Jereon Van Herzeele, la musique est moins «free», même si elle reste très ouverte et très improvisée. Elle est moins agressive aussi, sans doute. On lorgne d’ailleurs plus vers la musique contemporaine genre Margaret Leng Tan… avec des fulgurances en plus.
Erik distribue les notes avec un sens parfait du timing. Il alterne les moments intenses ou les déboulés nerveux avec des mélodies très … lunaires.
Les influences «classiques» (Bartok ? Mozart ?) se font aussi ressentir par moments.
Un véritable bouillonnement d’idées. Exposées avec brillance.

02

Si la musique d’Erik Vermeulen peut sembler parfois «difficile» pour certain, c’est sans doute parce que nous n’avons pas l’occasion de l’entendre assez souvent. Car finalement, elle est très pure, très humaine.
C’est un langage auquel il faut s’habituer un peu.
Un langage qui, pour peu qu’on lui laisse le temps de s’immiscer en nous, amène des émotions fortes.

Par exemple sur «No Comment» écrit par Manolo, le trio joue, sur un tempo lent, un thème élégiaque parsemé d’inflexions incertaines.
La basse hypnotique entraîne le groupe vers une improvisation très inspirée, jusqu’au défoulement total. On joue sur les moments suspendus, des «bruits» de musique décharnée, des colorations éclatantes.
Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.
Mais en tout cas, j’ai tout ressenti.

En rappel, le trio se réapproprie «Up Too Late» de Steve Swallow avec une maestria et une personnalité enivrantes. Ça improvise, ça dérape, ça joue, ça s’amuse.
C’est… bluffant.

Ce trio de toute grande classe mérite cent fois (que dis-je: mille fois !!) les scènes des clubs européens.
Et aussi, beaucoup plus de passages sur nos scènes belges.
Ça, c’est mon petit conseil aux patrons de clubs… ;-)

A+

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