16/04/2007

Jereon Van Herzeele Trio -Jazz Station et Yvonne Walter - Sounds

Dans la chaleur moite de ce vendredi, Jeroen Van Herzeele et son trio ont finalement attiré pas mal de monde à la Jazz Station.
Bien sûr, ce n’était pas la grosse foule, mais le club était quand même bien rempli.
Ça fait toujours plaisir de voir que, malgré les vacances et la température élevée, les gens ne restent pas tous affalés aux terrasses des cafés.

Il faut dire qu’on n’avait plus entendu le trio de Jeroen depuis pas mal de temps.
Il est assez occupé avec l’excellentissime quartet de Ben Sluijs ou avec Mäâk’s Spirit, entre autres.

Pour lui donner la réplique, Jeroen a enrôlé des musiciens qu’il connaît bien puisqu’il s’agit de Marek Patrman (dm) et Manolo Cabras (cb).
Des fous de guerre.
Deux musiciens qui se comprennent et s’entendent les yeux fermés. Deux musiciens explosifs et insaisissables.

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La dernière fois que j’avais vu Jereon en trio, c’était lors du Flemish Jazz Meeting qui s’était tenu à De Werf à Bruges.
Il avait joué, cette fois-là, avec Eric Thielemans (un autre batteur délirant) et Erik Vermeulen (LE pianiste… mais on en parlera plus tard…), mais le résultat fut, à mes oreilles, assez mitigé…
Jeroen devait sans doute mûrir un peu ses idées.

Ce vendredi, elles étaient à point.

On sent le trio très soudé dès le départ.
Les musiciens sentent la musique, sentent le thème et sentent l’impro.
Dans le premier morceau, on pense un peu au groupe de Cecil Taylor (le piano en moins).
On retrouve, en effet, dans le touché imprévisible et d’une grande musicalité de Marek, un peu d’Andrew Cyrille allié aux phrases courtes et répétitives de Jereon et d’un jeu flamboyant de Manolo.

La ligne directrice est tracée : ce sera très ouvert.

Un second thème fera un clin d'oeil, lui, à Albert Ayler avec un leitmotiv qui rappelle «A Man Is Like A Tree» avant de partir en impro... totale.
Totale, mais ô combien maîtrisée et équilibrée.
Ce qui frappe d’ailleurs dans ce trio c’est la place que les musiciens laissent aux autres! Ils n’interviennent que pour «raconter» quelque chose.
On le remarque dans ce dialogue entre le sax et la contrebasse ou ce tête-à-tête tendu entre la contrebasse et la batterie. On dirait qu’ils se suivent pas à pas avant de s’échapper dans des délires free.

Plus tard, sur un faux rythme bop qui nous entraîne dans une longue glissade vertigineuse, l’esprit de John Coltrane plane. «Giant Step» hante le thème que Marek chasse à grands coups de cymbales lors d’un solo puissant… Tellurique.

Mais le trio n’a pas encore épuisé toutes ses ressources. Au contraire, on les sent encore plus investi au fur et à mesure que le concert avance.

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Manolo introduit alors à l’archet une mélodie lente, sombre, crépusculaire.
Les lamentations du ténor deviennent déchirantes, telle une supplication.
L’intensité augmente.
Marek accentue la pression et évoque le chaos… Pourtant, chacune de ses frappes est distribuée au moment essentiel…et petit à petit, la mélodie lancinante (à la manière d’une «Danse Polovtsienne» de Borodine ) s’immisce…

Subjuguant…

Le trio terminera par un thème assez minimaliste avant un puissant «One Up, One Down» et un rappel mille fois mérité.

Difficile, finalement de raconter la musique de ce trio.
On est parfois perdu, on ne «comprend» pas tout et pourtant on est pris dans un tourbillon d’émotions.
On pourrait la qualifier de «free», et pourtant elle semble répondre à une certaine écriture, une certaine rigueur, une ligne directrice claire.
Et malgré les références qui parsèment leur jeu, une véritable personnalité transpire de ce trio.
Et pour transpirer, on peut dire qu’ils ont transpiré…


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Pour me remettre de mes émotions, je suis allé écouter la fin du concert d’Yvonne Walter au Sounds.
Changement radical de style.

Ici, on est dans le «classique» et la sobriété.

Il faut reconnaître à la chanteuse un très joli timbre et un swing certain.

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C’est simple et efficace.
La chanteuse n’en fait jamais trop.
Elle est entourée par une très bonne rythmique, sûre et efficace… quoique le batteur à la longue et belle barbe blanche (Steve Clover) ne me semblait pas toujours en place.

Paolo Radoni, par contre, joue avec subtilité et humour sur «Black Coffee» et s’offre quelques beaux solis sur une de ses propres compositions: «Let Me Hear A Simple (single ?) Song» que j’avais déjà entendu chantée par Chrystel Wautier

Agréable fin de soirée… toute en douceur

A+

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