31/03/2007

Bojan Z Trio au Beursschouwburg

Durant trois jours consécutifs, le Beursschouwburg avait organisé - les 22, 23 et 24 mars - plusieurs concerts sous le nom de justJAZZit, dans le but de réunir quelques belles pointures aux idées neuves et larges du jazz actuel.
Ainsi, on pouvait entendre le trio assez avant-gardiste de SusieIbarra (avec le fabuleuxCraig Taborn !!), les hongrois Dél-Alföldi Saxophone Ensemble (que je ne connais pas, mais qui développent un style free-jazz et folk ( ??)) ou encore Acoustic Ladyland, groupe anglais qui mélange le rock, le punk et le jazz, et que j’avais déjà eu l’occasion de voir lors du festival Klinkende Munt cet été, et pour lequel j’avais chroniqué leur album : «Last Chance Disco».

Mon emploi du temps, un peu chargé en ce moment, ne me donnera pas l’occasion de voir tous ces concerts.

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Par contre, il en est un que je ne voulais pas rater, c’était celui du trio de Bojan Z, l’extraordinaire pianiste serbe qui vit à Paris depuis une petite vingtaine d’années et qu’on a vu grandir aux côtés de Julien Lourau ou Henri Texier entre autres, avant qu’il n’explose littéralement avec ses groupes ou en solo (si vous ne connaissez pas, tendez une oreille sur «Transpacifik» ou «Solobsession» - tous deux chez Label Bleu – vous m’en direz des nouvelles) imposant un style très personnel.

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Le concert démarre en duo avec le batteur américain Ari Hoenig.
D’entrée de jeu, on est ébloui par tant de musicalité, de technicité et de complicité réunies.
Le contrebassiste Darryl Hall, qui jouait pour la toute première fois avec Bojan et Ari, les rejoint et entament ensemble «The Joker», avant de continuer avec «Zeven».
Nous plongeons ainsi dans le répertoire du dernier album du trio « Xenophonia ».
Album qui avait fait l’unanimité l’année dernière.

Ça groove du tonnerre. Les improvisations et les clins d’œil sont nombreux. Le jeu de Bojan est parfois aussi percussif que celui du batteur.
Mais il faut voir Ari et sa manière de frapper les cymbales. Il grimace. On a l’impression qu’il freine le mouvement au dernier moment. C’est tendu puissant et nerveux, et cependant peu agressif.
Il n’hésite pas à utiliser le coude et les mains pour faire réellement chanter sa batterie. C’est là toute l’originalité de son jeu.
Il m’avait offert son album solo «A Life In A Day» quand je l’avais rencontré lors d’un concert au Music Village avec Kenny Werner, il y a quelques années. Album éblouissant que chaque batteur (ou amateur de batterie) se doit d’avoir.

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Le concert s’enfonce un peu plus dans ce qui fait la particularité du dernier album avec «Biggus D».
Bojan lance quelques loops qu’il crée à base de distorsions, et effets électro au Fender.
Il jongle ensuite avec les claviers, passant du Fender au piano avec une aisance étonnante.
Les rythmes bougent, s’emballent.
On passe de moments apaisés à une rythmique «jungle», puis très libre...

On va encore plus loin lorsque Bojan utilise (enfin !) son Xenophone (fabrication maison à partir de pièces de Fender Rhodes qui donne plus ou moins un son saturé de guitare électrique).
C’est «Xenos Blues».
La basse est profonde. Le Xenophone prend des accents «gospel» avant que le pianiste n’imprime un véritable tempo blues. On entre dans une transe.
La tension augmente, on dévie peu à peu vers un son plus «rock».
Ça devient brûlant, puissant,… infernal.
Pour s’apaiser jusqu’au silence…

C’est le moment qu’ont choisi Bojan et Darryl pour interpréter le poignant et intime «Bulgarska».

Le trio sera à nouveau réuni pour «délirer» sur «CD Rom».
C’est assez excitant de voir comment ce groupe passe de la douceur à la fougue, du jazz aux accents rock, de moments minimalistes à des moments explosifs en gardant une ligne et une personnalité toute singulière.
Bojan fait partager son enthousiasme au groupe. Il passe du piano au Fender, repasse au Xénophone, joue «stride», puis repart ailleurs encore…
Ari dialogue avec lui, frotte les peaux, fait crisser les cymbales, imprime un rythme toujours«mouvant».
Fabuleux .

Un nouveau morceau en rappel, une sorte de valse-ballade, nocturne et émouvante.
Applaudissements.

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Après le concert, tout en regardant le film sur Jackie Paris, qui était projeté ce soir-là dans le Beurskafee, je discute un peu avec Ari à propos de son dernier album (« Inversations ») où il est entouré de Jacques Schwartz-Bart, Johannes Weidenmueller et un autre excellent pianiste français (mais qui lui, à décidé de résider aux States) Jean Michel Pilc.

Bojan, avec qui j’avais fait une interview lors de la sortie de son album, me parle de ses projets, de sa musique, de ces incertitudes…

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’il sera de retour en Belgique avec son trio pour le Festival Jazz à Liège , et qu’il ne faudra pas manquer ça.

A+

22:06 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bojan z, beurs, darryl hall, ari hoenig |  Facebook |

Commentaires

Quel article enthousiaste et enthousiasmant Jazzques !
Gros regret de l'avoir râté au Beurs mais, bon la prochaine peut-être, à Liège ou ailleurs. A+

Écrit par : Nath | 04/04/2007

Ha, ben... quand on aime...

:-)

A+

Écrit par : jacques | 06/04/2007

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