26/03/2007

Michel Bisceglia trio à la Jazz Station

Michel Bisceglia est un musicien discret.
Sa musique l’est aussi.
C’est un musicien discret dans le sens où l’on ne le voit pas tout le temps partout en Belgique. Il donne des concerts avec parcimonie.
Ça ne veut pas dire qu’il travaille peu, au contraire : il compose et arrange pour le cinéma, écrit des symphonies avec son Prova Symfonica, s’implique dans le Flamenco, produit des groupes, joue avec un autre trio en Allemagne.
Il a même travaillé avec Buscemi ou dernièrement encore, avec Ozark Henry.
Mais il est discret.

La première fois que je l’ai entendu en concert, c’était au Festival Dinant Jazz Nights en 2003, je pense.
C’était tard, vers 23h.3o. C’était touchant, profond et très intimiste.
J’ai retrouvé ces instants à la Jazz Station ce samedi 17.
A 18h.

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D’entrée de jeu, le trio impose cette délicatesse qui fait penser un peu à Bill Evans.
Le toucher de Bisceglia est caressant, hyper mélodieux, parfois romantique. Mais il y ajoute ces éclats lumineux qui vous font frissonner l’épiderme.
Derrière sa «petite» batterie (à la place d’une grosse-caisse, il y a un Floor Tom, qui rend l’instrument singulier), le grand Marc Léhan effleure de ses balais les peaux avec subtilité. Quant à Werner Lauscher, à la contrebasse, il enveloppe les thèmes moelleusement.

bisce02On pourrait parfois aussi penser à Tord Gustavsen, mais heureusement, en nettement moins soporifique et en plus swinguant. Les thèmes sont ici beaucoup plus riches.

Après «Sandino» de Charlie Haden, (merci Ben ;-)) et «Lorenz Factor», une composition personnelle, le trio reprend «Turnaround» d’Ornette Coleman avec un ostinato hypnotique du bassiste qui permet à Bisceglia de déposer quelques impros très inspirées.
Ils attaquent ensuite «Take The Coltrane» d’Ellington.
Le jeu est nerveux et tendu. Les notes déferlent sous les doigts du pianiste.
Marc Léhan imprime un rythme soutenu, mais toujours léger. Toujours fin. Il y a une brillance dans sa manière de faire sonner les cymbales.

Ce qui est agréable et excitant dans ce trio, c’est qu’il allie douceur et swing. Et on ne tombe jamais dans la mièvrerie.

A la délicatesse d’un Evans, Bisceglia fait côtoyer la frénésie d’un Jarrett.
Il faut entendre sa version d’ « Amsterdam » de Jacques Brel qui démarre de façon très introvertie avant que n’éclate la rage, la fermeté de l’attaque, la violence d’un accord.

Mais la légèreté et l’humour ne sont pas absents non plus. Pour preuve, cette sorte de tango très lent et sensuel («Paisellu Miu») ou ce merveilleux et obsédant «The Traveller», aux accents de boléro, qui résume parfaitement le chemin qu’a parcouru le trio depuis 17 ans déjà.

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N’hésitez pas à aller écouter le trio de Michel Bisceglia, c’est un bonheur rare.
Et si l’attente est trop longue, procurez-vous «Inner You», le tout récent album du groupe.

A+

Commentaires

Superbe ! Je vois que nous avons été sensibles aux mêmes choses ! Bravo pour ton blog, qui tout comme le jeu de Bisceglia est plein de justesses et aussi, merci pour ton passage sur le mien !
Longue vie à la musique, éternité au jazz. Nath

Écrit par : Nath | 27/03/2007

Bonjour et merci... ...pour tes impressions sur ce fabuleux concert que je partage pleinement ! Juste un petit mot au sujet de "Sandino" qui est en fait un poignant morceau du très engagé contrebassiste américain Charlie Haden à la tête du Liberation Music Orchestra et qui fut notamment aussi le premier "blanc" associé à Ornette Coleman, fer de lance du free jazz.
@+ Ben

Écrit par : Ben | 27/03/2007

Oups...! Bien vu Ben!
Je corrige tout de suite.

Merci pour ton commentaire, Nath.
Tu ne m'avais pas dit que tu avais un blog. Je suis "tombé" dessus par hasard aujourd'hui.
Et j'y retournerai.

Écrit par : jacques | 28/03/2007

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