27/02/2007

La route enchantée

Depuis un mois, un CD était bloqué dans le lecteur de ma voiture.
C’était celui d’Elisabeth Kontomanou.
J’aime beaucoup, mais de là à l’écouter en boucle, chaque fois que je fais un trajet en voiture, il y a une marge…

hihihiAlors, il me restait la radio.
J’ai donc fait un peu de zapping entre Pure FM: du bon (Damien Rice, Clap Your Hands, Thom Yorke, etc…) et du moyen, Classic 21: avec bouffées de nostalgie à gogo entre Dire Straits, Genesis, Clash etc..., Studio Brussel: souvent excellent (Roots, Arcade Fire,etc…) et qui n’a pas peur de mélanger les genres: electro, rock, jazz et dance, La Première: pour l’info du matin et «Culture Club» du midi, MJM oui, oui: même si on reste dans le jazz très très sage, il y a de bonnes choses, si si…, Campus: une programmation de dingues, des trucs tordus qui vous plongent dans un autre monde. Toujours surprenant. J’adore!
Puis, il y a aussi Musiq3: pour Philippe Baron, bien sûr, mais également pour le classique. Comme sur Klara
Plus difficile à capter, c’est Radio Panik…Dommage.
Puis les radios que je fuis après trente secondes: RTL, Fun, NRJ…

Un bon (mini) tour d’horizon du PAB…

01

Bref, aujourd’hui, mon lecteur cd a retrouvé la parole et j’ai pu ré-écouter mes disques dans les embouteillages de la ville.

Mes passagers du jour étaient d’abord : Nina Simone «Sings The Blues».
Un sommet !
C’est du brut de décoffrage avec ces déchirures d’harmonica, cette voix unique, ce rythme lourd…
Du vrai blues, quoi…

02Ensuite, c’est Yusef Lateef et son «Three Faces of…» qui a fait un bout de chemin avec moi.
D’abord à la flûte, puis au sax et enfin au hautbois (ha là lààà, «I’m Just Lucky So And So» ou «Salt Water Blues»… c’est magique!).
Demain je ressors «The Golden Flute» de ma discothèque!

03

Et puis, il y a eu aussi un peu d’Archie Shepp et son «Prayer» ou «The Cry Of My People» sur l’album du même nom.
Quel fantastique musicien, lui aussi.
Quelle vérité dans ses chants, quelle rage contenue dans sa musique… C’est toujours aussi brûlant!

04Et quelques notes du dernier Eric Legnini («Big Boogaloo») aussi joyeux, mais moins surprenant évidemment, que «Miss Soul»…

Chouette, demain, je reprends la route!

A+

25/02/2007

Funkysoulvision

Allons, chassons les idées noires…

Si, comme moi, vous avez arrêté de regarder le concours Eurovison depuis pas mal d’années, voici l’occasion de reprendre cette habitude qui a fait les beaux jours de votre jeunesse.

Haaa, souvenez-vous de Cliff Richards et son «Congratulation»! Il n’avait pas gagné et je ne me souviens plus l’avoir vu en direct à la télé, mais ma sœur avait acheté le disque du beau Cliff.
Et Vicky Léandros (elle je m’en souviens), et Sandrine («Un banc, un arbre, une rue») et puis LE phénomène Abba
Je me souviens même avoir acheté quelques années plus tôt «Beg Steal or Borrow» des New Seekers… hé oui...
Je me souviens aussi avoir été troublé par le décolleté profond de Jane Manson.

Après cette belle période, j’ai abandonné…

Faut pas déconner, non plus: j’avais découvert entretemps Chicago Transit Authority, Creedence Clearwater Revival, Slade, Sir Douglas Quintet, Rare Earth, etc… en plus des Beatles, Stones et autres Bob Dylan
Ok, j’ai replongé une année en croyant sincèrement aux chances de Telex

kmgs-euro

Mais cette année, je vais essayer de voir ça, car ce sont mes amis les KMG’S qui représenteront la Belgique.

On est sûr qu’il y aura au moins trois minutes de chouette musique et de dérision.
Rappelez-vous ce concert ou celui du Jazz Marathon 2006
Le bonheur.

Alors, les points, on s’en fout.
Quoique, ça me ferait bien plaisir d’entendre: «Belgium, twelve points!»
En tous cas, moi, je vote pour eux…

En attendant d’écouter «Love Power» à la radio ou à la télé (sur le RTBF, dimanche soir par exemple) et puisqu’on est dans la soul et le funk, je ne résiste pas au plaisir de vous conseiller l’album de Nicole Willis.

nicolewillis

Oui, oui, celle qui est coiffée comme Mireille Mathieu…
On dirait que ça a été enregistré en 60 dans les studios de Motown.
C’est un gros son, bien gras avec des cuivres rutilants et des chœurs magiques comme au temps des Temptations

Ça fait un bien fou…

Soul Power!

A+

01:49 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : kmg, nicole willis, eurovision |  Facebook |

24/02/2007

Everyday I Have The Blues.

Voilà plus d’une semaine que mon père est aux soins intensifs.
Et c’est pas fini.

Drôles de sentiments.

Depuis quelques jours, trotte dans ma tête une chanson de Nougaro :

« Y en a qui voient la vie en rose
Moi y en a voir la vie en noir.
Est-ce le monde, une overdose
D'horreurs diverses, de désespoirs?
Ou bien l’effet d'une névrose
Dès le départ, va-t'en savoir...
Y en a qui voient la vie en rose
Moi y en a voir la vie en noir. »


A+

23:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/02/2007

Bart Quartier et Fabrizio Cassol en ligne.

Vous voulez connaître mon point de vue sur «Thank You», le dernier album de Bart Quartier?
Simple: vous cliquez ici et vous atterrissez sur ma chronique pour Citizen Jazz.
thankyoublog

Et puis, curieux comme vous êtes, je suis sûr que vous voulez savoir ce que Fabrizio Cassol m’a raconté lorsque je l’ai rencontré…
Oui? Non?
Faites comme vous voulez, de toute façon, c’est ici
Fabrizio Cassolblog

Comme dit mon ami Jos Knaepen: «Enjoy»…

A+

19/02/2007

Take the Duck et Castellucci, Ramos, Blass.

Je ne vais pas vous faire un bulletin de santé à chaque billet.
Pourtant, avec les dernières nouvelles que j’avais reçu, c’est vrai, j’avais pas trop la pêche samedi…

Mais je sais que voir Toine Thys en concert est toujours réjouissant. En plus, je n’avais jamais eu l’occasion de l’entendre avec le groupe qu’il co-dirige avec le trompettiste autrichien Daniel Noesig : Take The Duck.
Mais je connais les 3 albums, bien sûr, et je vous conseille, encore et toujours, d’écouter leur dernier: «Live At Umit».

TAKE THE DUCK
Rendez-vous, donc, à la Jazz Station à 18h, avec Mwanji et Iris.
C’est bien, ça va faire passer mon vague à l’âme.

Take the Duck avait mis du temps à trouver son bassiste (Nic Thys, Eric Surmenian, Manolo Cabras, Sal La Rocca se sont succédés depuis la création du groupe), mais depuis près de deux ans maintenant, c’est le slovène Robert Jukic qui tient ce rôle.
Du côté du batteur, ici aussi, il y a eu quelques changements.
Depuis peu, Thorsten Grau (qui faisait partie du groupe depuis le début) a laissé la place à l’excellent batteur canadien vivant à Paris : Karl Jannuska.
Un vrai groupe international en somme.
C’est peut-être ça aussi qui donne une couleur particulière à la musique du quartet.
Ils ont une manière, plus blues que soul, de reprendre «Dat Dere» de Bobby Timmons, ou d’énergiser «Invitation» par exemple, en mettant en lumière l’apport des différentes personnalités des musiciens.
Et quand Take The Duck joue son propre répertoire, c’est encore plus clair.

Il n’y a pas vraiment de solo (sauf peut-être sur «Emergency Stairway» où Jannuska détricotera un rythme nerveux et hypnotique, très «africain à la Texier»), mais plutôt des dialogues entre les souffleurs ou entre la contrebasse et la batterie.
Ça donne des ouvertures, ça donne de l’air à la densité quasi constante du groove.
Sur des compos de Jannuska, («Kaland»???) le groupe s’amusera à accélérer et à ralentir le tempo, et à jouer sur des stop-and-go, démontrant que la cohésion est déjà bien présente au sein du groupe…

Je discute un peu avec Toine après le concert, mais je ne m’attarde pas car j’ai promis de rejoindre une amie, histoire de maintenir mon moral à un bon niveau et de découvrir un nouvel endroit jazz: «Le Küdeta».

kudeta
Il s’agit d’un bar-restaurant situé au coin de la rue Defacqz et de la rue de Livourne à Ixelles.
L’endroit est chaleureux et cossu. Avec un petit côté lounge.
Sur scène, il y a Bruno Castellucci, Ben Ramos et Michaël Blass. Le trio va nous servir une belle petite série de standards bien nerveux. Castellucci s’en donnant à cœur joie lors de beaux échanges avec Ben Ramos.
On regrettera quand même le manque d’un vrai piano.
Ceci dit, Michaël s’en sortira très bien en adoptant un son un peu «vintage» sur le piano électrique.

On discute pas mal, le moment est agréable, mais je n’écoute pas très attentivement, je l’avoue.
Je le ferai une autre fois sans doute, puisque quelques jolis concerts sont déjà annoncés chaque jeudi soir.
A tenir à l’œil.

A+

17/02/2007

Song(s) For My Father.

Jeudi soir, 18h.
Je dois aller chercher mes filles.
Je suis en retard.
Aux environs de la gare du Midi, mon gsm sonne.
Ma sœur m’apprend que mon père est à l’hôpital.
Il est tombé au travers du toit de son atelier qu’il voulait réparer.
Deux vertèbres fêlées, une cervicale fêlée, deux côtes et le sternum cassés.
80 ans

Etrange moment.
Je ne sais quoi dire, quoi faire, quoi penser.
Il est aux «soins intensifs».Je ne pourrai le voir que demain soir.

Plus rien ne compte.
Je préviens déjà mes amis de Panik Room: je ne viendrai pas à la Soul Zodiac.

Étrange journée, vendredi.
Ma nuit a été courte. Et assez blanche.
On ne l’opèrera pas pour l’instant.

...j’irai passer mes disques, comme promis, à la Soul Zodiac. Ça chassera les mauvaises idées.
Que puis-je faire d’autre?

Le soir, je suis devant un homme endormi. Il n'entend rien. Je reste auprès de lui avec ma mère. On cache nos émotions.
J’en mène pas large…

Sur la route qui me ramène à Bruxelles je n’ai plus envie d’aller à la Soul Zodiac.

Puis je me ravise.

Ça gamberge, ça gamberge…

ZODIAC
J’arrive au «Verseau» où m’accueillent chaleureusement Zi et Use.
Il y a pas mal de monde, l’ambiance est bonne et c’est un morceau du Chicago Underground Duo qui passe.
Pas de doute, on est entre gens biens.
Ça me rappelle l’esprit des soirées soi-disant «clandestines» dans les gravats des maisons abandonnées entre la rue de l’Ecuyer et la rue d’Arenberg, il y a 15 ans…

Je ne réfléchis plus et je passe ma sélection de jazz.
Les réactions sont bonnes
On me demande le titre de certains morceaux, les gens parlent, boivent, tapent du pied, se dandinent, écoutent la musique…
Je suis bien.

Ahmad Jamal «Poinciana», puis Horace Silver «Pretty Eyes», Lee Morgan «Sonic Boom», Cannonball Adderley «Games», Charles Mingus «Eccllusiatics», Miles Davis «Splash», Nina Simone «Plain Gold Ring», Thelonious Monk «Eronel», Eric Dolphy «17 West», Donald Byrd «The Uptowner», Charles Mingus «Moanin’», Grant Green «Dracula» et Andrew Hill «Black Sabbath» pour terminer.

Zi et Use reprennent les manettes et balancent plein de musiques qu’ils ont été dénicher je ne sais où…
Ça va de Mulatu Astatke à Sun Ra en passant par Mahmoud Ahmed, Tlahoun Gésséssé ou encore Tony Allen
Que de la bonne zique qui donne envie d’être encore plus curieux.

J’ai l’image de mon père en tête. Mais j’ai le cœur plus léger.

Je vais reprendre ma voiture, mais je fais un détour par le Sounds pour écouter la fin du concert d’Erwin Vann.
C’est fabuleux. Tout est totalement improvisé. Les musiciens s’écoutent et inventent la musique… Jozef Dumoulin délire avec subtilité au Fender Rhodes. Otti Van Der Werf invente et ponctue les phrases poétiques et étranges d’Erwin. Et Lionel Beuvens (qui sait décidemment tout faire) passe des maillets aux balais avec une fluidité étonnante.
On flotte entre le Miles Electric, Soft Machine ou Weather Report, le son et la patte d’Erwin Vann en plus.
C’est sublime.

Patrice Hardy enregistre tout, comme d’habitude. Il me dira qu’il possède des heures et des heures d’enregistrements «live» du groupe. Plus de 20 concerts.
Cela ne doit pas rester dans un tiroir, ce serait trop dommage. Même si la musique se passe sur scène et qu’il y a une magie à la voir et à l’entendre naître devant nous.
Je discute avec Erwin de ces «problèmes» de diffusion de la musique. Il songe à différents canaux de distributions. Il faut vivre avec son temps et utiliser les techniques nouvelles…
À suivre.

Après avoir encore discuté avec Jempy, Jean-Paul Estiévenart, Hatzi, Lionel, Sergio, Otti ou Stefany, je rentre chez moi.

Etrange sensation.
Dire que "tout va bien" quand on est pas vraiment bien...

Vraiment étrange…


A+

16:26 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : soul zodiac, erwin vann, panik room, sounds |  Facebook |

15/02/2007

Soul Zodiac

souzodiac Un vendredi par mois, mes amis de Panik Room ont decidé d’organiser une soirée gratuite dédiée à la musique américaine et world des années 60 et 70.
Une musique expressioniste, spirituelle, psychédélique, cosmique!
Celle qui va de John Coltrane à Jimi Hendrix, de Led Zeppelin à Fela Kuti, en passant par une myriade de (re)découvertes plus underground... (Dixit Use & Zi)

Ils m’ont demandé de participer.

Inconscient comme je suis, et incapable de dire “non”, je me suis lancé avec plaisir dans l’aventure.

J’irai donc faire entendre du Horace Silver, Donald Byrd, Albert Ayler, Mingus, Coltrane, Hill, Miles, Roland Kirk et bien d’autres...
Du jazz, quoi. (Ça vous étonne?)

On n'est pas là pour se prendre la tête (c'est pas l'habitude de la maison et en plus, je n'ai jamais joué "dj"...), mais pour écouter de la bonne musique en buvant un verre et discuter.
Et si vous avez envie de danser, pourquoi pas...


C’est où c’est quand?
Vendredi 16 février (oui, oui, demain!), Soul Zodiac au bar Le Verseau (rue Saint-Boniface n°29 - 1050 Ixelles), au coeur du quartier Matongé à partir de 20h et jusqu'à tard dans la nuit...

Aux platines: Use & Zi (Soul Zodiac, Panik Room...) et les invités: Jazzques et IMAD (Chez Joe, soirées Funky Chicken...)

On se retrouve là?

A+

13:21 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : panik room, soul zodiac |  Facebook |

14/02/2007

Sing sing...

Un peu débordé ces derniers temps.
Mais je m’en voudrais de ne pas parler la soirée de jeudi dernier au Sounds.

singggggggggggg

Ce soir-là, le club était bien rempli pour la Singers Night qui accueillait en première partie l’Acajazz.
C’est la deuxième fois que je voyais ce Big Band dirigé de main de maître par Michel Paré.
Sous son impulsion, l’Acajazz a pris de l’assurance, de l’aisance et du corps. C’est une machine qui tourne de mieux en mieux.

Les morceaux commencent à vraiment bien se mettre en place et quelques solistes (comme un trompette, un sax et un trombone dont je n’ai pas retenu les noms) nous ont offert quelques beaux soli.
Les arrangements de Paré sur « Fly Me To The Moon » ou « Everyday I Got The Blues » sont souvent inventifs. Certains rappellent un peu Glenn Miller ( « Opus One » ??). Et d’autres encore sont parfois un peu osés, comme pour « Caravan » qui lorgne vers le latino, voire le funk, mais perd, du coup, un peu de son mystère, à mon avis.
De ce Band tonitruant, la voix de Véronique Hocq arrive quand même à se faire entendre.
Et de belle façon. Elle nous montre avec aisance qu’elle peut swinger, se faire sensuelle ou au contraire se faire un peu « canaille ».
Go, go, Véro !

Beau Big Band à revoir, car il nous réservera encore de belles surprises, j’en suis sûr.

Après ce mini-concert, la Singers Night a repris ses droits.
On retrouve Sabin Todorov au piano, Toon Van Dionant à la batterie et Alex Furnelle à la contrebasse pour accompagner d’excellents chanteurs et chanteuses comme Adomas Laurinaitis, à la voix superbe et aux « mimiques » très Linxiens, une jeune fille, dont je n’ai pas retenu le nom, au chant très souple et feutré, et Corinne Boulanger, entre autres…

Mais là où je suis resté sur le cul (permettez-moi l’expression), c’est quand Julie Jaroszewski est montée sur scène, emmenant avec elle Cédric Raymond au piano et Jean-Paul Estiévenart à la trompette pour deux morceaux fabuleux.
Julie a une présence, une aisance et une voix incroyables…
Sur « One Of Those Things », elle y est étourdissante de justesse.
Cédric Raymond en profite pour faire éclater le thème! Et là, quelle dynamique, quelle intensité et quelle clarté dans son jeu !
Encore un surdoué.

Julie attaque alors le délirant « Twisted » au débit vertigineux et au swing fantastique!
Un sans faute !
Brillant !
Une raison de plus pour retourner régulièrement aux Singers Nights…

Dans un registre assez proche de celui de Julie, avec la même énergie en tout cas, Natacha (dont je ne connais pas le nom de famille) clôtura de jolie manière une bien belle soirée qui s’éternisa un peu… au bar.
Mais que voulez-vous, quand on est bien, pourquoi se priver ?


A+

10/02/2007

Folk-Tassignon au Comptoir des Etoiles

C’est la première fois que je mettais les pieds au Comptoir des Etoiles. Charmant et exigu petit bar du côté de la place du Châtelain à Bruxelles.
Sur les murs d’un rouge profond et gris souris sont inscrites avec art quelques pensées et mots célèbres.

On y a punaisé des vieux vinyls.
Des photos de Sarah Vaughan, Ornette Coleman et autre Art Pepper côtoient des polas d’amis et d’habitués.

La déco ne trompe pas, la patronne aime partager et aime le jazz.
Elle aime tellement ça qu’elle «invite» régulièrement de jeunes groupes à s'y produire.
C’est un peu le rendez-vous des jeunes musiciens de l’Académie aussi.
L’ambiance est franchement sympa et cool, et l’éclairage aux bougies ajoute à l’intimité.

folk-tassignon

Ce mercredi soir, c’est le quartet de Sophie Tassignon et Suzanne Folk qui s’y produisait.

On pourrait qualifier la musique du groupe comme du «jazz de chambre», et le quartet pourrait être rebaptisé quatuor.
En effet, Sophie chante, Suzanne joue de l’alto ou de la clarinette, Nicola Lancerotti de la contrebasse et Emile Verstraeten du violon.

Ensemble, ils développent une musique qui se balade entre jazz, pop, valse et musique classique du début de siècle.
Vous savez, ces petits quatuors d’avant ou d’après guerre qui jouaient des airs populaires ou classiques, souvent emprunts de mélancolie.
C’est sans doute l’apport du violoniste qui me fait penser à cela.
Ça me rappelle Haydn Wood (auteur du célèbre «Roses Of Picardy» ).
...Ce violon qui se marie merveilleusement avec la clarinette.
C’est subtil et sensible.

Le chant de Tassignon colle vraiment bien au projet.
Sophie possède un timbre de voix très personnel qui peut surprendre au départ mais qui ne manque pas de magnétisme.
Elle a une voix singulière, comme dirait David Linx, qui ajoute au charme et à la mélancolie des thèmes.
On pourrait faire un rapprochement avec Susanne Abbuehl ou à quelques chanteuses nordiques.
D’ailleurs le groupe reprend un morceau de Bjork de manière très personnelle et convaincante, mettant de côté les extravagances vocales de l’islandaise.
Ils interprètent aussi un morceau d’Alanis Morissette (moi qui ai une aversion certaine envers cette chanteuse…) avec beaucoup de délicatesse.

Mais le quartet joue aussi de très belles compositions personnelles (de Folk ou de Tassignon) dont l’univers pourrait se rapprocher de Ligeti ou Schönberg (du moins pour ce que j’en connais).
On le ressent dans l’introspectif «Fly», par exemple, qui débute en duo voix et contrebasse.
Ou encore dans «Stand Up And Walk» (il me semble) et «Anna», qui figurent tous deux sur l’album «Moon Talk» de Zoshia (autre groupe de Sophie Tassignon).
Deux morceaux arrangés d’une toute autre manière et qui leurs vont à merveille.

Il y cependant toujours un certain swing qui transpire.
Quand ce n’est pas la contrebasse de Nicola – optant parfois pour l’archet – qui montre la voie, c’est le «scat» léger de Sophie ou les impros de Suzanne (qui rappellent parfois Dave Liebman) qui nous ramènent vers le jazz.
…ou bien encore la reprise, en rappel, de «Leaving» de Richie Beirach.

Joli voyage plein de sensibilité, de délicatesse et de finesse pour lequel je suis prêt à repartir.
Et que je vous invite à faire aussi.


A+

06/02/2007

Gilles Repond - Jazz Station

gillesrepond
Je ne connais pas très bien le travail de Gilles Repond.
Bien sûr je l’ai déjà vu et entendu quelques fois lors de jams, ainsi qu’au sein des KMG’s.

Gilles vient d’enregistrer un tout nouvel (et premier) album chez Mogno.

À cette occasion, il donnait samedi dernier un concert à la Jazz Station. Et il sera en concert vendredi prochain au Sounds pour la même raison.

Le tromboniste suisse (que tous les belges ont adoptés depuis longtemps) était entouré de Max Silvapulle à la batterie, Sam Gerstmans à la contrebasse et Pascal Mohy au piano.
Malheureusement, je n’ai pu assister qu’au premier set, ainsi qu’au premier morceau du second…
Obligations, obligations, quand tu nous tiens !

Mais pour ce que j’en ai entendu, je peux dire que ça swingue pas mal. Un swing et un groove très actuel.
Les arrangements et la manière d’agencer les morceaux donnent une impression de pétillance et de nervosité bienvenues.
Rien d’agressif cependant, car tout est dans le chaloupé, l’ondulation.
Un joli cocktail bien relevé.

Par exemple, sur « Barbecue in Lapland », le rythme est très découpé par Max Silvapulle tandis que Sam Gerstmans soutient un ostinato musclé.
Le groove est sous-tendu et permet à la fois à Gilles d’improviser superbement et à Pascal Mohy d’inventer des phrases d’une exceptionnelle clarté.
Il y a chez le pianiste une élégance dans le rythme et le swing qui force l’admiration.
À d’autres moments parfois, on retrouve aussi chez lui du Herbie Hancock.

Sur un autre titre (qui n’en n’a pas encore), on décèle cette même ferveur et cette tension. Un morceau sur lequel on voyage au gré des rythmes tantôt reggae/dub, tantôt très swing.
La structure est superbement sinueuse, faite d’accélérations, de creux et de bosses.
Le son de Repond prend alors un accent assez « Chicagoan », à la fois brûlant et licencieux.
On sent tout le groupe piqué au jeu. Ce qui permet à Sam de nous régaler d’un solo fiévreux.

Le même esprit habite « The Lost Suite », titre éponyme de l’album, construit en quatre tableaux et que je n’aurais pas la chance d’entendre entièrement : obligations, obligations… (voir plus haut).
Là, on pense un peu à la période fin ’60 d’Andrew Hill chez Blue Note, avec un groove qui penche vers le modal ou qui tend à se déstructurer légèrement sous l’impulsion d’une une batterie au jeu foisonnant. Puis, on fait un détour du côté de chez Charles Mingus.
Tout ça avec une belle personnalité.
C’est bien… très bien, même.

Rassurez-vous, il y a aussi quelques ballades.
« Sexy Love », écrite par l’ami Wakas Ashiq, ou « Moonsoon » mettent en valeur le beau phrasé du tromboniste bien sûr, mais également la brillance du jeu de Pascal Mohy, dont la sensibilité et la personnalité me ravissent à chaque écoute.

Avec un peu de chance et une bonne organisation de ma part, j’essaierai d’aller réécouter ce quartet au Sounds vendredi. Et vous ?


A+