30/01/2007

L'avenir dans le marc du K.Fée...

Vous l’avez peut-être appris, si vous lisez les news de Jazz In Belgium : le K.Fée à Mons doit déménager.
C’est ennuyeux. Mais finalement pas trop grave.
Sauf… sauf si notre ami Aziz (photo) - qui se bat depuis de nombreuses années pour promouvoir le musique de qualitée, produire des concerts de jazz et ouvrir les esprits - peine à trouver un nouvel endroit.
Eh oui, pour faire « tourner » ce genre d’établissement, il faut un minimum de fonds et de soutien.

Bah…, ça devrait être facile, puisque Mons ambitionne d’être une capitale européenne de le culture…
Oui mais…
Entre être et vouloir être, il y a parfois un monde de différence (ou d’indifférence).
Et la sphère politique confond encore trop souvent être et paraître dans ce genre d’investissement.

Nous voilà bien…

Mais on peut espérer !

gall17
©K.Fée.


Alors, Aziz s’est fendu d’une lettre ouverte à son bourgmestre Elio Di Rupo afin de faire connaître son désarroi et son point de vue (lucide) sur la culture…

Il me l’a envoyée, ainsi qu’à d’autres médias, la voici.
(Elio, si tu nous lis…)




« Monsieur le Bourgmestre,

Mons, capitale culturelle… en tant que bourgmestre, vous aimeriez que votre ville, après Bruges, Lille et Salamanque, puisse accéder à ce statut très prisé.

Mons, capitale culturelle… en tant qu’acteur culturel de la ville depuis plus de 10 ans maintenant, j’y travaille et j’y aspire.

Avec le Doudou, son théâtre et ses nombreuses salles de spectacle, ses artistes issus de grandes écoles comme l’Académie, l’École des Beaux-arts et le conservatoire, Mons semble être à la hauteur de telles aspirations. Mais si ce n’était qu’une façade ?

La culture, ce n’est pas un produit de consommation que l’on vend au détour d’un guichet. La culture, ce n’est pas non plus l’apanage d’une classe aisée et nantie. La culture, c’est avant tout le fruit d’une dynamique entre tous les acteurs de la ville, artistes, citoyens, acteurs culturels et politiques. Les artistes ont besoin de salles pour se produire, d’un public pour les applaudir ; les citoyens, de spectacles pour rire et se divertir. Grâce à leurs petites salles et à leur travail, les acteurs culturels sont le lien qui unit artistes et citoyens. Sans le soutien des hommes politiques, ils ne pourront pas mener à bien leur combat culturel, un combat qui n’est, certes, pas gagné d’avance mais un combat qui en vaut la peine. C’est vrai, la culture rapporte peu, mais si elle vient à s’essouffler, c’est l’âme de tout un peuple qui s’éteint et l’âme d’une ville, d’un pays n’a pas de prix.

En ce sens, la culture est l’affaire de tous.

Mons ne sera capitale culturelle qu’avec la participation de tous les secteurs concernés, à moins que cette candidature ne soit le désir que d’un seul homme ? J’en arrive à me le demander… Le paysage culturel montois présente nombre d’aberrations et rien n’est fait pour y remédier.

Capitale culturelle sans lieu de diffusion de la culture ?
L’espace K.Fée déménage et pendant quelques temps aurait besoin d’une salle afin de ne pas interrompre sa programmation culturelle. Mons regorge de salles propices pour l’organisation de telles activités, la plupart tombant sous la coupe du Manège.Mons. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’aucune ne serait libre pour accueillir, temporairement, concerts et cours de danse. Or, selon mes sources, fiables, c’est faux. Toutes ces salles ne sont pas occupées !

Depuis 6 ans, l’ASBL ART EVENTS a apporté sa pierre à la vie culturelle montoise. À travers l’espace K.Fée, ART EVENTS s’est attelé à offrir au public une programmation éclectique de qualité, en accueillant les grands jazzmen belges et étrangers, en produisant chanteurs et groupes de chanson française. Depuis 6 ans, les cours de salsa, tango argentin et danse orientale ne désemplissent pas, réunissant même des danseurs venus de Bruxelles et de France. Votre candidature peut-elle se passer de ces initiatives culturelles fructueuses ?

Capitale culturelle sans solidarité culturelle ?

ART EVENTS est à l’origine du premier Festival de Jazz à Mons, pour ne pas dire du premier festival de musique de la ville. Pendant des années, l’ASBL a cherché à collaborer avec le Manège.Mons pour donner une portée encore plus grande à cet événement culturel, en vain. Si le Manège.Mons n’hésite pas à faire appel à nous pour remplir salles et ateliers, il semble que l’inverse soit infaisable. Aujourd’hui il en arrive même à vouloir facturer à notre ASBL un régisseur pour l’organisation de ce festival. À ce propos, je me permets de me demander où vont tous les fonds octroyés au Manège.Mons, si même une petite ASBL telle que ART EVENTS, dont le combat financier est aussi dur que le combat culturel, doit se voir facturer un régisseur.

Depuis des années, je consacre tout mon temps et aussi beaucoup d’argent à la vie associative et culturelle montoise. Le 31 mars prochain, l’espace K.Fée, après 6 ans de bons et loyaux services, fermera ses portes et ne sait pas encore où aller.

Après 6 ans d’action et dans le contexte de la candidature de la ville, je me permets, Monsieur le Bourgmestre, de vous poser quelques questions auxquelles je voudrais avoir des réponses claires.

Pensez-vous qu’il suffit d’ouvrir des salles pour qu’une ville revendique le statut de capitale culturelle ?

Pensez-vous qu’il faille attendre 2015 pour commencer la programmation culturelle de la ville ?

Les initiatives culturelles des ASBL, cafés-théâtres et petites salles de spectacle ne valent-elles pas la peine d’être encouragées ? Que proposez-vous aux artistes et au public comme petit lieu de diffusion ?

Quel sens à ce désir de vouloir mettre Mons sur le devant de la scène pendant un an, si en coulisse, rien n’est fait pour soutenir la culture ?

À quoi auront servi tous les efforts des acteurs culturels montois, si aujourd’hui, ni la ville ni le Manège.Mons ne sont capables de mettre une salle à leur disposition pour une programmation purement culturelle ?

Mons ne sera pas capitale culturelle du jour au lendemain. La culture ne s’épanouit pas derrière les guichets d’un théâtre ou dans les salles silencieuses des musées. La culture se doit d’aller chercher les citoyens et de les amener à elle. Si les petites salles de spectacles et les cafés-théâtres n’ont pas le soutien des hommes politiques et des grandes associations culturelles dans leur combat, nous risquons de passer à côté d’une part essentielle de la culture. Ces endroits sont souvent un tremplin pour les jeunes artistes et constituent le trait d’union entre une grande partie de la population et la culture.

Sans lieu pour s’exprimer,
que deviennent nos cours de danse ?
que deviennent nos artistes ?
que devient le festival de chanson française ?
que devient notre public ?
que devient la culture ?

Mons ne semble pas avoir de place pour de telles initiatives culturelles. Est-ce un message pour nous pousser à nous installer dans une autre ville ou est-ce simplement le signe que Mons n’est pas encore mûre pour devenir capitale européenne de la culture ?

Monsieur le Bourgmestre, je vous prie d’agréer l’expression de mes sincères salutations.

AZIZ DERDOURI
»


En espérant que son appel soit entendu et que le K.Fée retrouve un lieu où il pourra à nouveau nous proposer des concerts de qualité.


A+

21:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : aziz, k fee |  Facebook |

Commentaires

mais alors? toujours rien sur Lio. c'est incroyable

Écrit par : | 31/01/2007

... hé non Gégé... rien pour l'instant.
Mais qui sait, un jour peut-être...

:-)

Écrit par : jacques | 31/01/2007

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