27/12/2006

Jazzques on Vox

topjazz01

Vous savez ce que c’est : en fin d’année, on fait les bilans.
Qu’est ce que j’ai aimé? Qu’est ce qui m’a marqué? Qu’est ce que j’ai détesté ?

Mine de rien, c’est pas simple.
Alors… on laisse tomber.

Pourtant, quand Jérôme Colin m’a demandé de faire l’exercice pour Vox, je n’ai pas hésité.

Mais c’est pas plus simple.

J’ai repris la liste des disques que j’ai écouté cette année.
Je vois vite quelques albums qui m’ont vraiment étonné, amusé, ému…
Pourquoi l’un plus que l’autre ?
Pourquoi celui-ci avant celui-là ?
En choisir dix est aussi difficile que de n’en choisir qu’un seul…

Finalement, il faut trancher.
Et présenter tout ça derrière un micro.

Pas simple, non plus.

Évidemment, je ne me suis pas vraiment préparé, c’était pas trop précis, j’ai bafouillé et j’ai même zappé mon n° 8…

Bref, vous pouvez entendre le résultat et trois extraits, ici, sur Vox, ou lire mon classement (complet) ci-dessous.

10 : Ben Sluijs Quartet : «Somewhere In Between»
09 : Octurn : «21 Emanations»
08 : Brad Mehldau : «House On The Hill»
07 : Take The Duck : «Live At Umit»
06 : Rassinfosse/Collard-Neven : «Regency’s Night»
05 : Bruno Angelini : «Never Alone»
04 : Elisabeth Kontomanou : «Waiting For Spring»
03 : Eric Legnini Trio : «Miss Soul»
02 : Exploding Customer : «Live At Tampere Jazz Happening»
01 : Bojan Z : «Xenophonia»

Voilà, ce sont mes coups de cœur.
Alors, pourquoi pas Andrew Hill? Nathalie Loriers? Ornette Coleman? Charles Lloyd? Jim Black? Patricia Barber? Suzanne Abbuehl? Jean-Philippe Viret? René Urtreger? Narcissus? Phinc? Patrick Artero? Manu Hermia ? Rackham? Aka Moon? Tomasz Stanko? Stephano Bollani???

Ben…
parce qu’il en fallait 10 !
Et puis, parce que certains sont sortis récemment (hé oui, il faut passer l’épreuve du temps aussi…)
Et puis, il y en a eu d'autres aussi (Dave Douglas, Bill Carrothers, Sylvain Luc, Jean-Pierre Como...) que je n’ai pas entendu…


A+

15:52 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

26/12/2006

Lecture sous le sapin

presseNOEL
En attendant la dinde (ok, c’est une image, il n’y avait pas de dinde pour le réveillon de Noël), j’ai terminé la bio de Toots Thielemans écrite par Marc Danval et parue chez Racine.
C’était plutôt plaisant.
150 pages (si on enlève les pages de garde et les photos), c’est pas bien lourd pour un type comme Toots.
En plus, Marc Danval aime bien raconter les «à côtés», les ambiances ou les anecdotes à propos des musiciens qui entourèrent notre harmoniciste national (et international).
Bref, on n’entre pas trop dans le détail.
On survole.
Mais c’est raconté avec une certaine jovialité, un côté «bon enfant»… un peu «zinneke» qui atténue un peu la «déception» d’en savoir un plus.
En savoir un peu plus sur sa rencontre avec Bill Evans ou Charlie Parker (plutôt que de «retranscrire» une lettre de Toots à Parker – même si elle est touchante - en y reproduisant les fautes d’orthographe…).
Entendre un peu plus Toots raconter lui-même son travail avec Quincy Jones, Gilberto Gil, Pastorius ou Hancock…, savoir comment ça se passait, comment ils s’entendaient, comment ils jouaient…
Ceci dit, c’est agréable et on découvre (ou on se remémore) un paquet de musiciens oubliés.
Et là, il faut reconnaître ce savoir-faire à Marc Danval: il suffit d’écouter son émission hebdomadaire: La Troisième Oreille (audible en podcast aussi), le samedi entre 13h30 et 15h.




Puis, le lendemain, en digérant la bûche (oui, oui, il y avait de la bûche), j’ai lu dans le supplément week-end du journal Le Monde une interview que Miles Davis avait accordée en ’91 à Francis Marmande.
Sacré Miles.
Il faut le suivre, le gaillard !
Ses réponses sont autant d’interrogations, d’improvisations, de digressions.
Il reste énigmatique, esquisse quelques phrases, lance quelques mots comme il lançait ses notes… et… et on comprend ce qu’il veut dire.
Il égratigne au passage Wynton Marsalis, les Blancs et quelques fainéants de son dernier «orchestre» (celui de Gil Evans)…
Du Miles, quoi.
En plus de cette interview, on a droit à quelques courts articles sur Miles et Coltrane, Miles et la naissance du «Cool», le Miles «Electrique» etc…
8 pages bien remplies.


Bon, avant le nouvel an, j’attaque Kerouac (bio parue récemment chez Folio) ou j’attends que les bulles de Champagne se dissipent ?

... à suivre.


A+

23/12/2006

Pascal Ducourant

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Pascal Ducourant est le genre de photographe que j’aime beaucoup.
Il a une façon de saisir l’instant, l’émotion, en travaillant au plus près de son sujet.
Ce n’est ni facile dans le jazz, ni dans le reportage.
Dans les deux cas il y parvient merveilleusement bien.

Il suffit de voir ( un peu ) son travail sur les « Artistes Contre Le Mur ».
Pas de doute, là, on sent l’engagement et l’implication.
Ça va au-delà du simple témoignage.
Ce sont des histoires qu’il nous raconte.
Du vécu.

En jazz, c’est pareil.
Il arrive à cadrer les émotions de manière tout à fait originale et pertinente.
Ça donne des images fortes, profondes et vraies.
Dommage de ne pas voir assez souvent son travail dans les magazines.




Pascal est aussi l’auteur de quelques belles images de CD’s comme par exemple: «L’esprit du Val» ou «Rajazz» de Manu Hermia, «Song Of You» de Diederick Wissels ou encore «You’re In My Song» de No Vibrato (à propos, Prisccilia, la poule qui figurait sur la pochette, s’est éteinte il y a quelques jours. Ayons une pensée pour elle.)…

Bref, pour vous rattraper (ou vous faire une idée), allez jeter un œil au E.M.H., Pascal Ducourant y a suspendu quelques jolis tirages.
Puis vous pourrez feuilleter le livre Bruxelles, ma belle? (proposé par un "collectif de photographes"), paru récemment.
Et pourquoi pas l’acheter.
C’est pas cher, c’est très bien fait et ça peut aussi faire un joli cadeau pour les fêtes.

Pensez-y.
Allez-y.

A+

01:10 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2006

Livraison de la quinzaine

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Sur Citizen Jazz, en ce moment, vous pouvez lire trois nouveaux articles que j'ai réalisé.

Il s'agit de la chronique du magnifique cd de Bruno Angelini, "Never Alone", ainsi que celle de l'épatant "A Lot Of Love. Live!" de Reggie Washington.

Le troisième sujet est une interview du récent Django d'Or (belge) 2006: Diederick Wissels...

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A+

21:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Bon week-end.

J’ai vu et entendu des choses vraiment très bien ce week-end.
Faut juste que je trouve le temps d’en parler.
Alors, juste un bref résumé. Je développerai plus tard.

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Lors du Jazz Festival Marni Flagey, j’ai découvert un groupe français excellent: Knom.
Venus de Marseille avec une pêche d’enfer, ils produisent un jazz sans concession, radical, direct.

Inspirés par Monk (d’où le nom du groupe ;-) ) Michel Peres (2) leader et bassiste, Cedric Bec (d), Fabien Ottones (p), Wim Welker (g) et surtout Raphaël Imbert (1) (ts, ss et bc) sont toujours à la limite du blues, du bop et du free.
Cela donne finalement un jazz très personnel. Parfumé, sensuel et énergique à la fois.

Raphaël Imbert a eu les honneurs d’un long article dans le Jazzman du mois de novembre et un «CHOC» pour l’album «Newtopia Project».
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’entendre ça, mais après avoir vu sa prestation ce soir, je ne m’attends qu’à du bon…
Une petite bande à suivre donc.

J’ai été un peu moins convaincu par le nouveau projet de Pierre & François Vaiana.
Bien que Eve Beuvens m’a bien bluffé au piano. Vraiment…
Idem pour la jeune contrebassiste Lara Rosseel qui possède déjà un son bien à elle.
Et puis, Pierre Vaiana (3) est quand même époustouflant au soprano. Quel jeu, quelle finesse…

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Le lendemain, toujours dans le cadre du festival, c’était Archie Shepp (4) à Flagey.
Pur bonheur.

Après ça, j’ai fait un «crochet» par le Sounds pour écouter Paolo Radoni, Victor Da Costa et Paolo Loveri (5).
Trio de guitares, délicat, tendre, amusant et… très réjouissant.
Faisant semblant de «ne pas y toucher», ces trois-là nous ont mis une belle ambiance.

Le samedi, au Théatre Marni à nouveau, c’est Mélanie De Biasio (7) qui présentait son nouveau projet.
La voilà qui swingue de plus en plus… et avec quelle classe !
Accompagnée par Pascal Paulus au piano, mais aussi au Fender ou au synthé, sa musique prend des couleurs un peu ’60 (un peu soul… parfois presque un peu boogie).
Et une mention spéciale à Axel Gilain (6) qui fut lumineux à la contrebasse.
Un disque est en préparation. Il m’est d’avis que ça devrait en surprendre plus d’un…

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Le même soir, je suis allé écouter Greg Lamy (8), qui présentait au Sounds, son nouvel album (arrangé par lui-même et Lionel Louéké s’il vous plait…) .
Ce fut l’occasion de découvrir de fabuleux jeunes musiciens français qui accompagnaient Greg ce soir.
D’abord David Prez au ténor.
Impressionnant.
Pas étonnant qu’on le voit aux côtés de Karl Jannuska, Bill Stewart, Franck Amsallem ou encore Johannes Weidenmueller
Mais il y avait aussi Julien Augier à la batterie.
Et Laurent Gauthier à la basse dont le jeu me rappelle parfois celui de Jean-Philippe Viret
Excellent concert.
Et je vous conseille d’ailleurs l’album de Greg Lamy : What Are You Afraid Of… une belle réussite.
J’en reparlerai sans doute.

Pour finir, dimanche soir, je suis allé écouter Amina Claudine Myers, pianiste-organiste et chanteuse qui eut ses heures de gloire aux côtés des musiciens de l’AACM dans les années soixante/septante, puis avec Charlie Haden et le Liberation Music Orchestra.
Ce soir, c’était Gospel, blues et hommage à Bessie Smith.
Ce fut parfois touchant… mais pas vraiment émouvant.
A part son «Jailhouse Blues», je suis resté sur ma faim.

Bon, on va «digérer» tout ça…

Et un article sur le Festival Marni Flagey suivra sur Citizen Jazz...

A+

01:09 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/12/2006

Lola Perrin

Lors d’un «post» concernant le Motives Festival qui se déroulait à Genk entre le 15 et le 18 novembre (et en attendant un article plus complet à paraître sur Citizen Jazz prochainement) j’avais écrit quelques lignes à propos du concert de Lola Perrin.

Souvenez-vous, c’était ici .

Concert hypnotique et fascinant qui avait emmené le spectateur dans le monde assez personnel de la pianiste.

Par bonheur, j’ai eu l’occasion d’échanger plusieurs e-mails avec Lola Perrin, et de discuter avec elle de sa manière de travailler.

LOLAP

















Et vous me connaissez : quand j’aime, j’en parle et je partage.

Voici, juste pour vous (et avec sa permission), une mini interview qui s’est dégagée de nos conversations...
C’est en anglais, mais je suis sûr que ça ne vous posera aucun problème.

………

... by the way, how do you work?

I remember emotions that move me, either a conversation with one of my children, a feeling I get from looking at a painting or other art, a feeling after an interaction with another person (for example : the story of the old man. Click on LolaSpace and see the short story from October '06)
...then when I go to the piano I keep moving my fingers until I get a combination of notes that brings that feeling back. Then I work with that musical idea and develop it.
A project can take 6 - 8 months sometimes, and I get 30 minutes of music. It is very difficult for me to keep ideas, it takes me a long time to find the right direction for a work.

Do you compose before viewing images and editing?

Film directors come to me and say "I am going to make a film for your music". But I do not say yes to all of them, I am selective and only want to work with the best.
This summer Phil Maxwell & Hazuan Hashim gave me a film that Michael Nyman had used - they wanted me to write for this film. «East End I». So I wrote the music very closely to each image. It only took a couple of hours, I was very inspired by the photographs. I have loved this film for 3 years. But this process is unusual for me. I am more interested in just writing for the piano, then let the filmmaker take the music.
I went to school in Switzerland, there were big windows in music room overlooking the valley and I played the wonderful piano there watching the clouds rolling in and out of the valley, the weather and light changing a lot and the storms coming and going. Now, when I play to the films on stage, I guess I am back in that same situation of having a window to look at.

The director edit his film on your music? Or do you work sometimes together?

In «The wind is older than the world» Mahesh Mathai and I "collaborated". This means, we talked a few times before I wrote the music, and while he made the film. We had some ideas and shared them before we worked individually.

Do you work only on solo piano?

Yes. I wanted to develop a very unique approach and keep it as concentrated as I could. I am not diverse, I like to specialise. However, I am now going to performing a work for 2 pianos with my brother, composer and pianist (!) Roland Perrin.
Here's the press release:
«March 15th, London's South Bank Center. Lola & Roland Perrin will world premier a new piece for the 2-piano repertoire, G Mass by Lola Perrin. The work takes haunting themes from Janacek's Glagolithic Mass (1926) and transports them into a virgin territory where Classical Minimalism meets Jazz Improvisation. This will be accompanied by a new projection from The Gray Circle

Did you play before with other musicians? (Duo? Trio? Symphonic Orchestra?)

Yes, I had a band a few years ago. I was not happy doing this. A big problem was transport, trying to work out how everyone could travel to the gigs, my responsibility as it was my own band and music. Really boring problems! I also quite like isolation, playing with other musicians felt like I was a circle trying to fit into a square, it wasn't natural to me.

Did you plan to do it again one day?

I am asked regularly. I always say no.

As you see, I'm a little bit curious... ;-)

An interview is coming out at some point by John Eyles. I have been reviewed quite a lot - but this was my first long interview. We talked about a lot of things. It's very nice to be asked questions - not for the ego, but because I have been working for a long time alone at home (10 years) to develop the music.
I only started to play it in public in 2003 - after I thought the music was ready.
I knew it was ready when I worked with Brian Eno for 2 weeks - when I listened to his music and then mine, I began to see that my music was of a good standard and maybe I was ready to start playing in public.
The first concerts were very, very, very frightening. To expose myself alone on stage with new compositions. To be honest, the first time I have played and not been nervous was at Motives - so I think I am now experienced enough to really begin to perform well on stage.

………

Voilà, il ne vous reste plus qu’à aller l’écouter en concert.

A+

18:36 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/12/2006

Rajazz, Rhâââ Lovely!

Vendredi dernier au Sounds , Manu Hermia présentait son dernier album «Rajazz».

Manu n’est pas du genre à foncer dans une seule et unique direction.
Il s’investit à fond dans la musique indienne (ses concerts au «bansuri» sont des merveilles de méditation), se déchaîne avec Slang sur des rythmes ethno-jazz-rock, s’implique dans le cirque contemporain de Feria et bien sûr, est leader d’un quartet jazz puissant.

Normal, donc, qu’il ait fallu attendre près de 7 ans, depuis «L’Esprit Du Val», pour découvrir son nouvel album.
Mais comme on dit dans ces cas-là : «ça valait la peine d’attendre!»
rajazz


Par rapport au quartet précédent (il y a sept ans, donc), deux musiciens ont changés.
A la contrebasse, Sam Gerstmans a pris la place de Sal La Rocca, et à la batterie, on retrouve Lieven Venken (rentré pour quelque temps des States) plutôt que Bruno Castellucci.
Au piano par contre, pas de changement, c’est Erik Vermeulen.
Le seul, l’unique.

L’esprit du groupe est très clairement influencé par l’univers de Coltrane.
Mais ce serait trop simple de résumer la musique de Manu à cela uniquement.
Manu impose sa touche toute personnelle et travaille ses compos sur des principes mathématiques qui m’échappent un peu...
Pourtant, il a bien essayé de m’expliquer tout cela en fin de concert, mais je n’ai jamais été bon élève.

Sa recherche est basée sur le mélange de la musique tonale et modale. Il utilise les intervalles communs entre différentes gammes pentatoniques comme «pivot», pour basculer sur les mêmes pentatoniques jouées dans un autre ton…
Vous suivez ?
Moi, plus ou moins - et d’ailleurs je ne suis pas sûr d’avoir bien retranscrit la recette – mais tout est expliqué en détail dans le livret qui accompagne le cd ou sur le site de Manu

Mais qu’importe la recette, pourvu quele met soit succulent.
Alors, passons vite à table.

Une entrée avec un «Afro Blue» énergique, bourré de modulations, tout en force et douceur.
Au piano, Erik Vermeulen est déjà explosif (lui qui me disait avant le concert être un peu fatigué !!) et le jeu de Lieven Venken, à la batterie, est nerveux, volubile, tout en nuances.
Quant à Manu, dès les premières notes, il est à fond « dedans».
Ça commence fort.

On poursuit avec le poignant «Internal Sigh», à la nervosité toute contenue et où l’on retrouve Manu au soprano.
Il danse littéralement. Il saute. Il y met une intensité incroyable.

On retrouvera cette même ferveur sur «I’m Just Me», où il manie son instrument à la manière d’un charmeur de serpents, alternant les moments de transe intenses avec des moments apaisés amenés par le piano…
Le public sera tout aussi captivé par la version éblouissante de «Contemplation» de Mc Coy Tyner dans laquelle Sam Gerstmans proposera un solo sobre et néanmoins lumineux à la basse.
On retrouvera à nouveau ces belels lignes de basse dans «Awakening», une ballade aux accents «Evansien».

Le deuxième set sera tout aussi «costaud»
Ou plus encore…
Avec «Indian Suite», Sam joue de l’archet comme pour imiter le «Tampura», alors que Manu dépose délicatement ses notes au soprano.
Calme, introspection, méditation…

Le plus explosif reste à venir.
Voilà «Rajazz».
Immense. Incroyable.
Une montée toute en force introduite par le saxophoniste avant que n’intervienne Erik Vermeulen.
Un déluge maîtrisé de notes inonde alors la scène… Mais où va-t-il chercher ses notes ???
Je suis subjugé par son jeu.
Ça groove, ça se bouscule. Et ce rythme d’enfer ne fait que s’amplifier.
Le quartet propose une idée à la seconde.
Lieven suit, enchaîne, prend de l’avance, propose… Manu répond, part dans des soli incandescents et Sam soutient l’ensemble avec rigueur.
C’est du tonnerre.
On est vivant !

On se calme, on souffle un peu et «Seeds Of Wisdom» vient clôturer en douceur cet excellent concert !
Un concert de jazz comme on les aime. Un concert qui prend aux tripes, qui donne la chair de poule, qui donne «la banane»…

Imaginez la suite… Au bar, on s’éternise, on discute, on est heureux.

Rajazz…

Rhâââ lovely.

A+

23:01 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

03/12/2006

Chick Corea Solo - Bozar

Mercredi dernier, dans le cadre de l’ Audi Jazz, avait lieu au Bozar le concert solo de Chick Corea.
Je n’avais pas eu l’occasion de voir la prestation d’Herbie Hancock, il y a quelques jours, au même endroit.
Je ne pouvais donc pas rater celui-ci.

Arrivé un peu en avance, j’en profite pour aller manger un Americain avec Patrick Bivort et échanger nos impressions sur le récent Dinant Jazz Nights.
Lui, en tant qu’organisateur et moi, en tant que spectateur. Dans les deux cas, le bilan fut positif. Et certainement moins stressant pour moi…

Mais ne traînons pas, Chick nous attend.

La salle n’est pas complètement remplie, mais ceux qui seront venu en auront eu pour leur argent.
En effet, l’ami Chick ne fut pas avare de musique, le concert dépassant allègrement les 2h30…
Ça peut paraître long, mais le pianiste avait pris soin de mettre à l’aise la salle.
Il voulait qu’on se sente chez soi, comme dans un living room.
Il ira même jusqu’à contredire, avec humour, les recommandations de Jacobien à propos des gsm, photos etc… : «Si vous avez un coup de fil à donner, allez-y. Si vous voulez parler à votre voisin, n’hésitez pas. Sentez-vous libre de partir si vous n’êtes pas excité par ma musique… »
Cool et relax, le Chick.

chick corea























La soirée se déroula en trois parties et deux sets.

Premier set, Chick sort son «Real Book» et pioche dedans.
Il n’a rien préparé ni répété dit-il, et n’a plus joué en solo depuis longtemps. Il a beaucoup composé, beaucoup écrit, beaucoup dirigé. Il est temps pour lui d’e pratiquer un peu insistera-t-il.
Rien de tel que quelques standards pour se se refaire les doigts.
Allons-y pour "Darn That Dream" et "It Could Happen To You", avant d’enchaîner avec deux titres de Bill Evans (Chick avait joué récemment avec Eddie Gomez, quoi de plus normal dans ce cas de se rappeler ce bon vieux Bill…).
Ce fut "Very Early" et "Waltz For Debbie".
C’est joué avec grâce, subtilité… sans esbroufe. Il joue «utile». Il joue surtout «sensible». Pas de performance, pas de show. De la musique. Et quelle musique !

D’Evans, nous passons à Bud Powell (ça me fait penser qu’on ne joue plus assez souvent de Bud Powell, tiens.)
Chick improvise alors sur "Dusky ‘n Sandy" avec énergie et passion.
Au final, il frappe les cordes comme pour imiter le tonnerre et la rage avant d’interpréter "Glass Enclosure" (du moins, il me semble…) avec ferveur.
Fin du premier set où Chick rappelle, toujours avec autant de décontraction, que le public n’est pas obligé de revenir car la suite sera assez différente.
Drôle de bonhomme ce Chick.

Pour entamer la deuxième partie, le pianiste propose de revisiter quelques "Bagatelles" de Béla Bartók.
Il ne se départ pas de son humour ni de son envie de parler avec le public, et demande même à un spectateur italien de lui traduire l’indication «giocoso» qui figure sur une partition du maître hongrois.
Au vu des gestes et de la manière d’interpréter ce morceau, cela doit signifier «joyeux» ou «alerte».
Le souci de Corea est donc de jouer la musique plutôt que de la «cérébraliser».
Pour notre plus grand plaisir.

Il tape du pied, improvise, et fait presque swinguer cette «grande musique».
Il nous joue ensuite une compo personnelle inspirée directement de Bartók : "Post Scriptum". Le démarrage est sombre et grave puis, glisse imperceptiblement vers une interprétation lumineuse, nerveuse, aux inflexions parfois «soul»…
Du grand art!

Visiblement heureux d’être sur scène, Chick Corea propose alors de jouer quelques une de ses "Children’s Songs".
Entre Satie et Fauré, ces petites pièces m’ont souvent fait penser à la musique qui accompagnait les films muets de Louis Feuillade dans les années ’20. (Vous souvenez-vous des émissions qui passaient au début des années ’80 sur Antenne2 le dimanche midi, juste avant «Chorus» d’Antoine De Caunes ? C’était l’occasion de revoir des Mélies, Max Linder, Chaplin, Fritz Lang, Murneau… Des chef-d’œuvres du cinéma!)

Avant de revenir pour un rappel avec "Blue Bolivar" de Monk, Chick nous offre un "Armado's Rhumba" très «stride», très «rag»…
Comme quoi, il y avait toute une logique dans ce concert, soi-disant, non préparé.

Brillant !

A+

23:44 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |