06/12/2006

Rajazz, Rhâââ Lovely!

Vendredi dernier au Sounds , Manu Hermia présentait son dernier album «Rajazz».

Manu n’est pas du genre à foncer dans une seule et unique direction.
Il s’investit à fond dans la musique indienne (ses concerts au «bansuri» sont des merveilles de méditation), se déchaîne avec Slang sur des rythmes ethno-jazz-rock, s’implique dans le cirque contemporain de Feria et bien sûr, est leader d’un quartet jazz puissant.

Normal, donc, qu’il ait fallu attendre près de 7 ans, depuis «L’Esprit Du Val», pour découvrir son nouvel album.
Mais comme on dit dans ces cas-là : «ça valait la peine d’attendre!»
rajazz


Par rapport au quartet précédent (il y a sept ans, donc), deux musiciens ont changés.
A la contrebasse, Sam Gerstmans a pris la place de Sal La Rocca, et à la batterie, on retrouve Lieven Venken (rentré pour quelque temps des States) plutôt que Bruno Castellucci.
Au piano par contre, pas de changement, c’est Erik Vermeulen.
Le seul, l’unique.

L’esprit du groupe est très clairement influencé par l’univers de Coltrane.
Mais ce serait trop simple de résumer la musique de Manu à cela uniquement.
Manu impose sa touche toute personnelle et travaille ses compos sur des principes mathématiques qui m’échappent un peu...
Pourtant, il a bien essayé de m’expliquer tout cela en fin de concert, mais je n’ai jamais été bon élève.

Sa recherche est basée sur le mélange de la musique tonale et modale. Il utilise les intervalles communs entre différentes gammes pentatoniques comme «pivot», pour basculer sur les mêmes pentatoniques jouées dans un autre ton…
Vous suivez ?
Moi, plus ou moins - et d’ailleurs je ne suis pas sûr d’avoir bien retranscrit la recette – mais tout est expliqué en détail dans le livret qui accompagne le cd ou sur le site de Manu

Mais qu’importe la recette, pourvu quele met soit succulent.
Alors, passons vite à table.

Une entrée avec un «Afro Blue» énergique, bourré de modulations, tout en force et douceur.
Au piano, Erik Vermeulen est déjà explosif (lui qui me disait avant le concert être un peu fatigué !!) et le jeu de Lieven Venken, à la batterie, est nerveux, volubile, tout en nuances.
Quant à Manu, dès les premières notes, il est à fond « dedans».
Ça commence fort.

On poursuit avec le poignant «Internal Sigh», à la nervosité toute contenue et où l’on retrouve Manu au soprano.
Il danse littéralement. Il saute. Il y met une intensité incroyable.

On retrouvera cette même ferveur sur «I’m Just Me», où il manie son instrument à la manière d’un charmeur de serpents, alternant les moments de transe intenses avec des moments apaisés amenés par le piano…
Le public sera tout aussi captivé par la version éblouissante de «Contemplation» de Mc Coy Tyner dans laquelle Sam Gerstmans proposera un solo sobre et néanmoins lumineux à la basse.
On retrouvera à nouveau ces belels lignes de basse dans «Awakening», une ballade aux accents «Evansien».

Le deuxième set sera tout aussi «costaud»
Ou plus encore…
Avec «Indian Suite», Sam joue de l’archet comme pour imiter le «Tampura», alors que Manu dépose délicatement ses notes au soprano.
Calme, introspection, méditation…

Le plus explosif reste à venir.
Voilà «Rajazz».
Immense. Incroyable.
Une montée toute en force introduite par le saxophoniste avant que n’intervienne Erik Vermeulen.
Un déluge maîtrisé de notes inonde alors la scène… Mais où va-t-il chercher ses notes ???
Je suis subjugé par son jeu.
Ça groove, ça se bouscule. Et ce rythme d’enfer ne fait que s’amplifier.
Le quartet propose une idée à la seconde.
Lieven suit, enchaîne, prend de l’avance, propose… Manu répond, part dans des soli incandescents et Sam soutient l’ensemble avec rigueur.
C’est du tonnerre.
On est vivant !

On se calme, on souffle un peu et «Seeds Of Wisdom» vient clôturer en douceur cet excellent concert !
Un concert de jazz comme on les aime. Un concert qui prend aux tripes, qui donne la chair de poule, qui donne «la banane»…

Imaginez la suite… Au bar, on s’éternise, on discute, on est heureux.

Rajazz…

Rhâââ lovely.

A+

23:01 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

that's blue! "Live" se demande ce que pense "Jazzques" de la sélection opérée par Tom Barman (dEUS) sur That's Blue! sidetracks vol.7?

Écrit par : Luc | 09/12/2006

Blue Tom Salut "Live".
Je n'ai pas écouté l'album, mais il me semble que c'est une compilation un peu plus "osée" que les précédents "Blue Note Sidetracks".
"Feurette Africaine", ça fout le frisson, c'est génial.
Puis, oser mettre "Hey Hey" d'Andrew Hill ou "The Rain" d'Eddie Gale, c'est pas mal comme entrée en matière.
Mais c'est logique (et malin) de la part de Barman puisqu'il met aussi un Jason Moran (qui mélange souvent les genres avec audace et réussite) ou "Soul".
Puis, entre toutes ces "couches", il glisses des morceaux plus "accessibles" (bien que rien ne soit inaccessible), comme Hancock ou Donaldson.
Un bon choix.

Voilà voilà...

A+ ( et merci de ta visite)

Écrit par : jacques | 10/12/2006

Je suis allé écouté ce concert à la Station hier et c'était formidable.
Hermia a une énergie incroyable, Rajaaz est vraiment terrible et Vermeulen reste pour moi un des plus grands pianistes que je connaisse

Écrit par : ruben | 14/12/2006

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