03/12/2006

Chick Corea Solo - Bozar

Mercredi dernier, dans le cadre de l’ Audi Jazz, avait lieu au Bozar le concert solo de Chick Corea.
Je n’avais pas eu l’occasion de voir la prestation d’Herbie Hancock, il y a quelques jours, au même endroit.
Je ne pouvais donc pas rater celui-ci.

Arrivé un peu en avance, j’en profite pour aller manger un Americain avec Patrick Bivort et échanger nos impressions sur le récent Dinant Jazz Nights.
Lui, en tant qu’organisateur et moi, en tant que spectateur. Dans les deux cas, le bilan fut positif. Et certainement moins stressant pour moi…

Mais ne traînons pas, Chick nous attend.

La salle n’est pas complètement remplie, mais ceux qui seront venu en auront eu pour leur argent.
En effet, l’ami Chick ne fut pas avare de musique, le concert dépassant allègrement les 2h30…
Ça peut paraître long, mais le pianiste avait pris soin de mettre à l’aise la salle.
Il voulait qu’on se sente chez soi, comme dans un living room.
Il ira même jusqu’à contredire, avec humour, les recommandations de Jacobien à propos des gsm, photos etc… : «Si vous avez un coup de fil à donner, allez-y. Si vous voulez parler à votre voisin, n’hésitez pas. Sentez-vous libre de partir si vous n’êtes pas excité par ma musique… »
Cool et relax, le Chick.

chick corea























La soirée se déroula en trois parties et deux sets.

Premier set, Chick sort son «Real Book» et pioche dedans.
Il n’a rien préparé ni répété dit-il, et n’a plus joué en solo depuis longtemps. Il a beaucoup composé, beaucoup écrit, beaucoup dirigé. Il est temps pour lui d’e pratiquer un peu insistera-t-il.
Rien de tel que quelques standards pour se se refaire les doigts.
Allons-y pour "Darn That Dream" et "It Could Happen To You", avant d’enchaîner avec deux titres de Bill Evans (Chick avait joué récemment avec Eddie Gomez, quoi de plus normal dans ce cas de se rappeler ce bon vieux Bill…).
Ce fut "Very Early" et "Waltz For Debbie".
C’est joué avec grâce, subtilité… sans esbroufe. Il joue «utile». Il joue surtout «sensible». Pas de performance, pas de show. De la musique. Et quelle musique !

D’Evans, nous passons à Bud Powell (ça me fait penser qu’on ne joue plus assez souvent de Bud Powell, tiens.)
Chick improvise alors sur "Dusky ‘n Sandy" avec énergie et passion.
Au final, il frappe les cordes comme pour imiter le tonnerre et la rage avant d’interpréter "Glass Enclosure" (du moins, il me semble…) avec ferveur.
Fin du premier set où Chick rappelle, toujours avec autant de décontraction, que le public n’est pas obligé de revenir car la suite sera assez différente.
Drôle de bonhomme ce Chick.

Pour entamer la deuxième partie, le pianiste propose de revisiter quelques "Bagatelles" de Béla Bartók.
Il ne se départ pas de son humour ni de son envie de parler avec le public, et demande même à un spectateur italien de lui traduire l’indication «giocoso» qui figure sur une partition du maître hongrois.
Au vu des gestes et de la manière d’interpréter ce morceau, cela doit signifier «joyeux» ou «alerte».
Le souci de Corea est donc de jouer la musique plutôt que de la «cérébraliser».
Pour notre plus grand plaisir.

Il tape du pied, improvise, et fait presque swinguer cette «grande musique».
Il nous joue ensuite une compo personnelle inspirée directement de Bartók : "Post Scriptum". Le démarrage est sombre et grave puis, glisse imperceptiblement vers une interprétation lumineuse, nerveuse, aux inflexions parfois «soul»…
Du grand art!

Visiblement heureux d’être sur scène, Chick Corea propose alors de jouer quelques une de ses "Children’s Songs".
Entre Satie et Fauré, ces petites pièces m’ont souvent fait penser à la musique qui accompagnait les films muets de Louis Feuillade dans les années ’20. (Vous souvenez-vous des émissions qui passaient au début des années ’80 sur Antenne2 le dimanche midi, juste avant «Chorus» d’Antoine De Caunes ? C’était l’occasion de revoir des Mélies, Max Linder, Chaplin, Fritz Lang, Murneau… Des chef-d’œuvres du cinéma!)

Avant de revenir pour un rappel avec "Blue Bolivar" de Monk, Chick nous offre un "Armado's Rhumba" très «stride», très «rag»…
Comme quoi, il y avait toute une logique dans ce concert, soi-disant, non préparé.

Brillant !

A+

23:44 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Addition Chick a aussi joué Celia de Bud Powell dans le premier set, comme le deuxième partie d'une medley (j'ai oublié le premier partie). Bonne critique!

Écrit par : Karel | 19/05/2007

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