30/11/2006

Bart Quartier Quintet - De Werf à Bruges

Samedi dernier (le 25, donc), je suis allé à Bruges.
Pas pour aller me balader sur les canaux, mais parce que Bart Quartier jouait au De Werf.
Bien sûr, j’aurais pu aller écouter Bart quelques jours plus tôt au Palace à Bruxelles, c’était plus près de chez moi.
Mais Bruges n’est pas si loin après tout, et l’accueil au Werf est toujours sympathique.
En plus, l’acoustique est idéale.

C’est là que Bart Quartier présentait son nouvel album «Thank You».

bart quartier werf










Le quintet démarra le concert avec le très swinguant «Tea Bag» de Mike Mainieri (fidèle ami de Bart, avec qui il avait joué au Brosella cet été, notamment) avant de poursuivre avec «Rustling».
«Rustling» est le morceau qui ouvre l’album.
J’aime beaucoup ce thème, franc et direct. J’aime la couleur qui est dégagée par le mélange du soprano de Bart Defoort et le bugle de Nico Schepers. Il y a un relief particulier et un groove, un peu retenu, qui lui donne une belle énergie.
Le placement est parfait.

C’est là qu’on se dit qu’on a d’excellents jazzmen en Belgique.

Le jeu de Bart Defoort est vraiment formidable.
Je l’ai déjà dit.
Mais sa manière de découper les notes, de les assembler puis de les dérouler avec justesse et délicatesse, me laisse toujours admiratif.
C’est net, sans bavure… parfait.
Et quand il doit être éclatant, il n’hésite pas non plus.
Lors du deuxième set par exemple, sur «Doodle», il mettra véritablement le feu aux poudres. En prenant des chorus puissants et précis, il entraînera avec lui Jean-Louis Rassinfosse à prendre un solo exceptionnel de virtuosité et de swing.
Nico Scheppers en profitera pour se mettre en avant lui aussi, avec un solo puissant.
Son jeu à la trompette me fera penser un peu à Fats Navarro. Nico me confirmera qu’on le lui a déjà fait la remarque. Ça me rassure, je n’ai pas une si mauvaise oreille que ça…

Semblant de rien, ça swing et ça groove. En toute simplicité.
Quand je pense que Bart Quartier me disait avoir craint un moment que l’ensemble soit un peu trop «doux», je peux l’assurer du contraire.

Bien sûr, il y a des moments plus cool et intimistes, comme «Serene» (trompette très «Chet Baker» et contrebasse profonde) ou «Thank You», où le vibraphone résonne de manière «capiteuse»… Oui je sais, «capiteuse», ça ne se dit pas vraiment, mais c’est le sentiment que j’ai en écoutant ces morceaux. Ce côté un peu mélancolique mêlé à une douce euphorie qu’on éprouve quand on déguste un vin charpenté et riche, un soir d’été…

A la batterie, Jan De Haas est vraiment juste. Est-ce parce qu’il est vibraphoniste lui aussi que son jeu s’intègre aussi bien à celui de Bart ?
Il soutient toujours un groove parfois délicat comme sur «Papillon», et parfois plus ferme comme sur le merveilleux «08.00 a.m.» qui me rappelle par moments le fameux «Gazzelloni» d’Eric Dolphy avec Bobby Hutcherson .
Il y a pire comme référence, non ?

Avant de discuter avec les musiciens autour d’une ou deux bières, on aura encore droit à quelques bons moments avec «Go» ou «Peps».
Ou encore le délicat «Eaux Dormantes», sorte de valse lente où Jean-Louis prendra un solo lumineux et plein de fantaisies (il n’y a que lui pour jouer de cette manière)…

Bref, voilà un beau projet qui fait vraiment du bien à entendre.
Et qu’on espère voir souvent.

Thank you, Bart.

A+

23:35 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/11/2006

De la suite dans les idées...


Si vous voulez en savoir plus sur le dernier festival Dinant Jazz Nights, qui était consacré cette année au label ECM, je vous invite à lire le compte-rendu que j’ai écrit pour Citizen Jazz.
Il suffit de cliquer ici.
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Dans cette dernière mise à jour, vous y trouverez aussi ma chronique à propos de l’excellent album de Kurt Van Herck (et Jacques Pirotton et Mimi Verderame), Le Mariage.

Il me semble avoir oublié de signaler (lors de la précédente mise à jour de CJ) ma chronique de l’album «Wildmimi Antigroove Syndicate»: Groove-je ?.
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Alors voilà, c’est fait.

Puisque je suis à mettre de l’ordre dans mes affaires, je remarque que je n’avais pas encore parlé de l’interview donnée par Manu Hermia et Jean Louis Rassinfosse pour Radio Panik.
C’était il y a quelques temps déjà, mais on peut toujours la télécharger ici (il suffit d’écrire le code et vous pouvez downloader les 140mo ;-) ).
C’est intéressant et sympa. Ça brosse un joli tableau du jazz en général et du jazz belge en particulier.
Et ça devrait plaire autant aux initiés qu'aux non-initiés.

Et comme nous en sommes à parler de Manu Hermia, sachez que son album Rajazz sort en ce moment.suite03














Rappelez-vous, j’en avais déjà dit quelques mots lors du concert qui précédait l’enregistrement.
J’ai entendu un extrait («Indian Suite») lors de l’émission de Philippe Baron, qui accueillait Manu ce vendredi soir. Ça sonne merveilleusement bien !
Je n’ai, par contre, pas eu l’occasion d’entendre toute l’interview de Manu, qui devait être sans doute très intéressante.
Malheureusement, et contrairement au «Grand Jazz», l’émission «Jazz» n’est pas encore disponible en podcast. Mais ça viendra un jour, c’est sûr.
En tous cas, Manu et son «Rajazz» seront en concert au Sounds vendredi prochain pour la sortie du CD.



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Le Sounds, justement, j’y suis passé hier soir assez tard. Il y avait No Vibrato.
En belle forme.
Avec un jeu plus ouvert qu’à l’habitude. Ça laissait beaucoup de place aux impros.
Ce fut l’occasion pour Fred Delplancq de prendre des chorus extraordinaires.
Sur «From Stivell To Coltrane» par exemple, c’était dingue !
Voulait-il égaler le «record» de Paul Gonzalves sur «Dininuendo In Blue And Cresscendo In Blue» ??

Fred est décidément un fabuleux saxophoniste.

A+

15:39 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/11/2006

Motives Festival à Genk

C’était la troisième édition du Motives Festival à Genk.
Il avait déjà accueilli Jef Neve, Paolo Fresu, Jon Balke, Bugge Wesseltoft et d’autres en 2004, Polar Bear, EST, Vincent Courtois, Nils Petter Molvaer etc… en 2005.

L’excellente idée de ce festival est de proposer différents types de jazz. La preuve, on pouvait voir cette année Tony Braxton côtoyer Rabih Abou-Khalil, Henri Texier, Herbaliser, Erik Truffaz, Nick Bartsch ou encore Supersilent.

Programme éclectique et excitant s’il en est.

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Bien qu’ayant raté la prestation de Carlo Nardozza (que j’avais déjà vu au Blue Note cet été) et surtout celle d’Henri Texier (que j’avais vu à Liège, et qui fut à nouveau formidable d’après les échos), je n’ai rien raté de la suite du programme.

Je ne vais pas trop entrer dans le détail car, une fois de plus, un compte-rendu pour Citizen Jazz est prévu.

Je peux en tout cas vous dire que la prestation de Tony Braxton fut incroyable.
Suivant une écriture bien particulière (ses partitions ressemblent à des tableaux de Miro), le trio nous à fait voyager dans un monde insensé.
On passe en effet de climats brumeux et lancinants à des paysages de colère. La musique est évolutive, construite par «strates». Avec elle, on explore des planètes arides où règne la guerre et les conflits, où les enfants souffrent et pleurent. Puis on escalade des montagnes en s’agrippant difficilement aux parois, s’écorchant les doigts alors que tournoient autour de nous des abeilles et des oiseaux.

Mais oui, la musique de Braxton n’est pas si abstraite que cela…
Avec Taylor Ho Bynum à la trompette et Tom Crean à la guitare électrique, ce fut un moment absolument fabuleux.

A revoir, dans un tout autre contexte et un projet totalement différent (il revisitera les standards) au PP Café dès le 23… Et cela pendant quatre jours.

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Après ça, nous avons eu droit à un concert Rune Grammofon .
C’est-à-dire que le label norvégien présentait trois de ses artistes.
Le premier concert était celui de Susanna & The Magical Orchestra.
Il s’agit en fait d’un duo (Susanna Caroline Wallumroed au chant et Morten Ovenikd au piano et Fender.)
Ce duo se réapproprie des chansons pop («Jolène» de Dolly Parton, «Enjoy The Silence» de Depeche Mode ou encore «Love Will Tear Us Apart» de Joy Division) de manière dépouillée et très minimaliste. Un peu comme l’ont fait avant eux Stina Nordenstam ou Anja Garbarek.
Concert sensible et attachant.

On retrouve ensuite le même Morten Ovenikd avec son trio In The Country.
Ici, on pense parfois à quelques trios du label ECM ou à Sigur Rós... en nettement moins inspiré.
Tout est en retenue. C’est un point de vue musical original entre jazz, pop minimaliste et musique classique qui fait quelques références tantôt à Fauré, tantôt à Satie.
Mais ça ne décolle pas vraiment, ça ne groove jamais… Ça reste très gentil, et même mièvre quand le pianiste se met à chanter.
Pour le magazine américain Down Beat, c’est LA révélation, c’est ce qui se fait de mieux en Europe…
Mmmouais… je pense qu’il serait quand même temps de leur envoyer de vrais bons disques européens, là-bas!

Pour terminer cette soirée, on a eu droit à Supersilent. J’étais curieux de les entendre sur scène.
Je ne connaissais que l’album «6» et quelques autres morceaux entendu ici et là.
Ce soir, le trompettiste Arve Henriksen n’était pas présent, malheureusement. Il était malade.
...hé bien, les autres membres auraient peut-être mieux fait de se faire porter pâles, eux aussi.
C’était assez ridicule. Chaotique, bruitiste, bruyant… Un grand n’importe quoi !
Même pas prenant ou irritant. Encore moins excitant.
On peut faire beaucoup de choses au nom de la musique expérimentale, mais de là à vider les trois quarts de la salle…

Je termine la soirée en discutant avec le pianiste Pierre De Surgères ainsi qu’avec l’organisateur des concerts de Braxton au PP Café, Cedric D’Hondt.
Discussion autour de Braxton, Steve Lacy et de musiques électro…

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Le lendemain, le festival faisait la part belle au piano.
D’abord avec l’anglaise Lola Perrin qui développe une musique répétitive «à la Philip Glass» teintée d’accents Jarrettien, pour accompagner des projections vidéos arty.
Les films, sont faits de «stills photos», souvent en close-ups, racontant des voyages, des impressions, des rythmes.
Assez fascinant et envoûtant.

Une autre découverte pour moi fut le groupe du pianiste suisse Nick Bärtsch.
Un mélange étonnant de musique minimaliste et de groove sous-tendu qui montent en intensité.
Des éclats de guitare, des percus qui rappellent la musique tibétaine, une clarinette contrebasse qui accentue le mystère.
Des rythmes hypnotiques, parfois blues… Bref, un mélange étonnant et détonant.

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Je discute un peu avec Patrick Bivort avant d’aller écouter Rabih Abou Khalil, Joachim Kühn et Jarrod Cagwin.
Ce fut un merveilleux concert voguant entre musique traditionnelle arabe et jazz aux accents blues.
Les présentations de morceaux par Abou Khalil sont toujours humoristiques et souvent même très sarcastiques.
Quant à son jeu au oud, il est précis et nerveux. Joachim Kühn, lui, s’évade parfois vers des impros post-free éblouissantes avant de revenir avec virtuosité et fermeté sur le thème.
Sublime.
Il interprètera même un morceau d’Ornette Coleman au sax.
Excellente soirée…

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Pour la journée de clôture, le festival voulait faire bouger et danser le public.
Exit, donc, les chaises…

C’est Josef Dumoulin et son projet Lidlboy qui ouvrit la soirée.
On ne peut pas dire que ce fut très dansant, car il s’agit surtout de longues plages évolutives, parfois rythmées, certes, mais opérant plus sur un effet de transe.
Jozef nous invite à parcourir différentes contrées (l’Afrique, l’Asie, l’Europe), permettant à Lynn Cassiers de montrer des talents vocaux vraiment surprenants.
Individuellement, les musiciens (Jozef, Lynn, mais aussi Bo Van der Werf et Eric Thielemans) sont impeccables. Il manque peut-être encore juste une petite étincelle qui rendrait ce projet totalement excitant.
Bo me dira après le concert que le groupe n'a joué ensemble que 4 fois.
Laissons-leur donc le temps, car ce projet risque de devenir très intéressant.

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Je retrouve avec plaisir quelques amis et même de vieilles connaissances venues de Hollande pour écouter Erik Truffaz.
Délaissant un peu le «côté rock» du dernier album, le concert sera une sorte de retour aux sources, époque «Bending New Corners». Le tout émaillé de quelques morceaux tout nouveaux, tout groovy.
La sauce prend vite.
Bien sûr, on eu droit aux délires rythmiques de Marc Erbetta (à la voix et batterie), qui électrisèrent la salle. Et puis il y eut aussi de superbes envolées d’Erik (jouant moins sur les effets) et des impros parfois très «soul» de Patrick Muller au Fender. Le tout, soutenu par la basse solide de Marcello Giuliani.
La bonne humeur et le plaisir de jouer était visible.
Cela se terminera d’ailleurs avec une surprenante version de «Je t’aime, moi non plus» en rappel.

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Avant d’écouter la grosse machine à danserThe Herbaliser et leur brass-funk, hip-hop-jazz infernal, je passe un bon moment en compagnie d’Erik Truffaz et ses camarades à discuter, boire quelques verres et à surtout beaucoup rigoler.
Comme d’hab.


Belle initiative que ce festival atypique qui mérite une bien longue vie…
Rendez-vous donc l’année prochaine, je parie que le programme sera encore exaltant.

A+

00:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

15/11/2006

Yves Budin

Yves Budin est un drôle de type.
Enfin, je ne sais pas, je ne l’ai jamais rencontré.

Je ne l’ai jamais rencontré, mais je connais quand même ses dessins.
Normal quand on aime le dessin et le jazz.
Quand on aime Pratt, Joos, Munoz, Comes... et Miles, Mingus, Monk et les autres...

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Yves Budin est un drôle de type.
Je ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai vu son exposition. (C’est en ce moment à la Jazz Station.)
Et on sent qu’il vit son dessin.
Comme un jazzman vit sa musique.


L’expo, ce sont les dessins originaux.
Je trouve toujours cela fascinant les dessins originaux. Cette matière brute qui révèle encore plus la personnalité de l’artiste. Ça donne une dimension supplémentaire aux oeuvres.

L’expo, c’est donc du carton, de l’encre de chine, des coups de pinceaux, des taches…
On est giflé par le geste spontané. Le geste à la fois maîtrisé et libéré.
Comme si, dans ce geste, Yves Budin cherchait à se surprendre lui-même.
Une véritable improvisation en quelque sorte.

Ici, c’est le coup de pinceau.
C’est le noir. C’est le blanc.
C’est le rouge aussi. Vif et cinglant.
Pas de demi-ton.
C’est direct, c’est fort, …c’est jazz.





On reconnaît les jazzmen, on vit leurs attitudes, on entendrait presque leurs musiques.

Yves Budin est un drôle de type.
Je ne l’ai jamais rencontré, mais nous nous sommes déjà échangé des mails.

Le dernier date de ce matin.
Et ce n’était pas un simple mail.
Il était accompagné d'un somptueux dessin.
Tout neuf.
Pour la venue de Herbie Hancock à Bruxelles.

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Yves Budin est un drôle de type.
Et je l’en remercie.

A+

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Fin novembre, Yves sortira chez «Carnets du Dessert de Lune», un livre consacré à Miles. On en reparlera, c’est sûr…

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23:53 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2006

Giovanni Falzone "European Ensemble" au PP Café

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La semaine dernière fut intense et je n’ai pas eu le temps d'aller écouter Jef Neve à l'AB, ni de relater le concert de Giovanni Falzone « European Ensemble » au PP Café .

C’était jeudi 2 novembre.
Déjà.
Il y a plus d’une semaine… il y un an, un siècle, une éternité comme dirait Joe Dassin.

Excusez-moi, je m’égare…

Je connaissais Falzone pour en avoir parlé avec Robin Verheyen il y a quelques mois.
Et pour cause, il venait d’enregistrer avec lui, peu avant.

Amusante, cette rencontre.
En effet, les musiciens, qui ne se connaissaient pas vraiment, se sont rencontrés par hasard chez Bruno Angelini à Paris et ont joué ensemble pendant quelques heures.
Giovanni Falzone, sentant comme un « fluide » passer entre les musiciens proposa aussitôt de former l’European Ensemble, d’entrer en studio au plus vite et d’enregistrer ses compositions.

Ça n’a pas traîné : un mois et une répétition plus tard, les voilà en studio en Italie.
Là aussi, pas de tergiversation, le groupe enregistre l’album en une petite journée, afin de garder la spontanéité, la fraîcheur et la pulsion nécessaire à cette musique.
Tout cela, sans oublier un excellent dîner (dixit Robin et Bruno) entre les prises du matin et celle de l’après midi…
On cerne mieux, dès lors, l’état d’esprit du quintet
Résultat, le disque est sorti début octobre sur le label italien « Soul Note ».

Et une tournée fut organisée. Incluant trois soirs en Belgique : au Pelzer Club à Liège, A Jazz Experience à Rijkevorsel et au PP Café à Bruxelles donc.

Le concert débute par une sorte de blues modal qui déviera petit à petit vers un jazz plus ouvert laissant le champ libre à des impros qui titillent parfois le free. Un morceau construit par « strates » qui offre à chaque musicien un espace de liberté qu’approuve avec beaucoup d’expressivité le leader.

On sent le trompettiste vraiment investi et excité par la musique. On le sent aussi pousser les autres musiciens… qui n’en demandent pas moins.

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D’ailleurs, Robin Verheyen fera une intro très free et puissante («Three for One») sur laquelle rebondira avec énergie Falzone.
On sent l’interaction très forte entre les musiciens qui s’entendent à merveille et qui leur permet d’être très créatifs. Comme l’est, par exemple, l’intervention au piano de Bruno Angelini, à la fois «bancale» et décalée mais tellement juste. Dans un esprit très «Monkien»

C’est un peu la marque de fabrique du groupe : cette façon de démarrer sur des thèmes accrocheurs et «groovy» (comme «Venggente» ou «Vite in Piattaforma») avant de s’offrir une totale liberté d’improvisation.
Mais tout le monde s’y retrouve toujours. On ne part pas dans des délires incontrôlés. Ça reste frais, direct et très spontané.
Il faut dire que la rythmique, assurée par l’excellent batteur français Luc Isenmann et le contrebassiste italien Mauro Gargano, est d’une efficacité redoutable.
On vogue entre «tradition bop» et jazz contemporain.
Toujours énergique et plein de surprises.

Les variations sur «Pericoloso Pensare», par exemple, sont sublimes. Angelini y est à la fois énervé et mélodieux, plaquant ici des accords, allant «chercher» là des notes incroyablement mélodieuses.
Robin, lui, se balance d’avant en arrière pour monter en une spirale infernale et tendue, jusqu’à presque en perdre haleine.
Et Giovanni fait claquer sa trompette à coups de langue avant de souffler à plein poumon et offrir un son généreux et brillant.

L’introduction très « stride » du pianiste sur l’hommage à Chaplin,« Machine-Man », est, elle aussi, merveilleuse de justesse et de modernité.

Avant le rappel (demandé par un public très enthousiaste), on aura droit à un standard («But Not For Me») revisité avec autant de sensibilité que d’exaltation.

Après le concert, j’en profite pour discuter longuement avec les musiciens.
D’abord avec Bruno Angelini (je vous conseille vivement d’écouter son album solo sorti chez Minium , «Never Alone», reprenant les morceaux de l’album mythique de Ran Blake et Jeanne Lee : «The Newest Sound Around»), à propos du jazz et la façon de l’appréhender et le « diffuser ».

Mais je discute aussi avec Robin, qui retournera bientôt à New York et qui travaille sur un projet avec Bill Carrothers (c’est par «rien» non plus, ça!).

Et puis, bien sûr, avec Giovanni, à propos de son parcours, de la genèse de ce projet et des concerts à venir (dont un duo en Italie avec Bruno Angelini).


Bref, ce fut une bien belle et sympathique soirée.

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Quant au PP Café, il accueillera pendant quatre jours Anthony Braxton !!!
Perso, je verrai aussi Braxton (entre autres) avec un autre «line-up» à Genk lors du Motives Festival.
On en reparlera. C’est sûr.

A+

17:26 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

08/11/2006

Rackham: Blind Test à la Jazz Station

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Mercredi soir (le 1er novembre), Rackham avait décidé de réveiller les morts.
Rien de bien étonnant de la part de ce groupe.
Bien sûr, il y a plusieurs façons de réveiller les morts, mais la méthode « Rackham » a ma préférence.
C’est pas que ça joue fort ( je dirais plutôt que c’est puissant et surtout énergique ), mais ça joue tellement sur la dynamique, les constructions, les tensions que ça remue pas mal. Bref ça électrise.
Car c’est vrai que Toine Thys, contrairement à ce que je pensais il y a quelques années, ne joue pas « à l’arrache ».
Bien sûr ça « pulse ». Mais c’est l’esprit de groupe qui donne sans doute cette impression.

Le groupe, ce soir c’était Bart Maris à la place de Laurent Blondiau et Lionel Beuvens à la place de Teun Verbruggen. Et ceux-là jouent différemment.
Par exemple, Laurent possède vraiment un son plus éclatant et puissant que Bart. Mais Bart joue plus sur plus sur les « effets », les couinements, le souffle. Un autre style, quoi.
Quant à Lionel (allez écouter des extraits de Alien Bitesize sorti chez Mogno Music, ça me paraît fantastique! Faudra que je me le procure celui-là.), il possède une autre dynamique que Teun, jouant beaucoup sur les reliefs et les modulations avec un son plus « rond ».

Hé bien… Malgré ces différences, Rackham reste Rackham.
Il faut dire de Ben Clément à la guitare électrique et François Verrue à la basse canalisent et propulsent bien l’ensemble.

Définir la musique du groupe n’est pas aisé.
Moi, j’y entends des sons très « jazz rock » des années ’70 ( genre Ides Of March, mais je parie qu’ils n’ont jamais écouté ça…), du rock lumineux teinté « tex-mex », ou ce qu’on pourrait aussi définir comme du « free bop »…
Mais tout ça, ce sont des mots et des étiquettes.
La musique de Rackham n’en a pas besoin.
D’ailleurs, ce soir Toine (toujours aussi farceur) n’annonça pas les titres des morceaux. (D’où le titre de ce « post », ha ha ha…) Ils seront, dit-il, à découvrir sur le prochain album qui sortira sous peu (fin novembre).
Il y avait même une nouvelle composition qui ne portait (réellement) pas encore de nom. Moi je propose de l’intituler, «».

L’album, lui, à un titre : « Juanita K », abréviation de l’excellent morceau « Juanita Kligopoulou ».
Bien sûr, ce titre figurera sur l’album… ( allez, je vous dévoile d’autres titres : « Olga Und Barnabe », « Mariner 2 » ou encore le très « solaire » « Primetime » et « Spine » sans doute…).

Allez écouter quelques extraits ici , ça devrait vous mettre l’eau à la bouche.

A+

01:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/11/2006

Ben Prischi trio au Sounds

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Au départ, je ne comptais y aller que pour le premier set, car la vieille, j’étais allé à la "jam" et...
… et comme souvent, ça s’était terminé très tard.

Il faut dire que cela avait démarré très fort dès le début. Non seulement le trio «de base» composé d’Erik Vermeulen, Mimi Verderame et Sal La Rocca, semblait en forme, mais Bart Defoort s’y était joint.
Vous imaginez la suite.
Après, bien sûr, on discute avec les musiciens… Avec Crystel Wauthier, Pascal Mohy, Erik, Bart, Marc Mangen (tiens, du coup j’ai réécouté son album «Into The Beautiful», que je trouve toujours aussi bien), Michael Blass, Fré Desmyter qui attendait le retour du quartet de Ben Sluijs ( Marek, Manolo et Jereon) parti joué à Eindhoven (et bien sûr, j’ai attendu avec lui), tout en discutant aussi avec Sergio et en écoutant le dernier album de Greg Lamy qui vient d’enregistrer avec des musiciens rencontrés à New York.
Et le résultat est plutôt pas mal du tout.
Greg sera d’ailleurs en concert au Sounds le 9 décembre…
Bref, je ne dois pas vous préciser l’heure à laquelle j’ai quitté le club…

Ce mardi, donc, mon idée était simplement de manger un petit bout et d’écouter le premier set.
La journée avait été bien remplie et s’était terminée par l’interview de Fabrizio Cassol pour Citizen Jazz.

Et puis voilà : Ben Prischi avait invité Laurent Melnik (jeune guitariste qu’il me semble avoir déjà entendu quelque part…), Guillaume Palomba (son «habituel» batteur) et Nicola Lancerotti à la contrebasse.
Le trio (avec Nicholas Yates «normalement» à la contrebasse) se retrouve pratiquement chaque mardi au Sounds pour jouer, explorer, tenter, travailler devant un nombreux public.
Un beau cadeau que fait régulièrement le Sounds pour permettre aux jeunes groupes d’acquérir de l’expérience. (Le BJO, Pascal Schumacher, Dubicki & Tripodi, Jef Neve et plein d’autres y sont passés…)

Le quartet a donc exploré quelques standards, dont «Inner Urge» (avec un jeu très incisif de Prischi), un thème de Sam Rivers où le guitariste a montré une belle fougue, puis un thème de Kenny Wheeler où Benjamin «survola» le clavier avec juste ce qu’il faut d’inflexions et d’accentuations qui faisaient parfois penser à Hancock.

Le groupe propose alors une balade à l’intro très nerveuse et virtuose du pianiste, dans une ambiance très bruyante, avant de terminer par «All Blues»(?), revisitant l’art du trio (même s’il étaient quatre sur scène) et où le bassiste sera merveilleux de sensibilité et de créativité…
Et bien sûr… je ne suis pas parti après le premier set.
Et j’ai écouter le deuxième, où le quartet jouera des morceaux de Andrew Hill, Keith Jarrett (Sunshine Song), et autres balades. Et puis, le troisième où le groupe s’essayera alors à plus d’impros et «d’expérimentations» invitant même un chanteur sur scène. Le résultat, malgré des longueurs certaines, fut plus qu’intéressant.

J’avais déjà remarqué Ben Prischi ici et , et je continue à penser qu’on entendra encore souvent parler de lui...

Finalement, je suis rentré chez moi (ben, ouais, faut pas déconner non plus…).
Heureusement que mercredi était «férié».
Car le soir suivant, il y allait avoir Rackham à la Jazz Station. Et jeudi : Giovanni Falzone et son European Quartet au PP Café…

J’espère trouver le temps d’en parler cette semaine…

A+

22:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |