22/11/2006

Motives Festival à Genk

C’était la troisième édition du Motives Festival à Genk.
Il avait déjà accueilli Jef Neve, Paolo Fresu, Jon Balke, Bugge Wesseltoft et d’autres en 2004, Polar Bear, EST, Vincent Courtois, Nils Petter Molvaer etc… en 2005.

L’excellente idée de ce festival est de proposer différents types de jazz. La preuve, on pouvait voir cette année Tony Braxton côtoyer Rabih Abou-Khalil, Henri Texier, Herbaliser, Erik Truffaz, Nick Bartsch ou encore Supersilent.

Programme éclectique et excitant s’il en est.

MOT001









Bien qu’ayant raté la prestation de Carlo Nardozza (que j’avais déjà vu au Blue Note cet été) et surtout celle d’Henri Texier (que j’avais vu à Liège, et qui fut à nouveau formidable d’après les échos), je n’ai rien raté de la suite du programme.

Je ne vais pas trop entrer dans le détail car, une fois de plus, un compte-rendu pour Citizen Jazz est prévu.

Je peux en tout cas vous dire que la prestation de Tony Braxton fut incroyable.
Suivant une écriture bien particulière (ses partitions ressemblent à des tableaux de Miro), le trio nous à fait voyager dans un monde insensé.
On passe en effet de climats brumeux et lancinants à des paysages de colère. La musique est évolutive, construite par «strates». Avec elle, on explore des planètes arides où règne la guerre et les conflits, où les enfants souffrent et pleurent. Puis on escalade des montagnes en s’agrippant difficilement aux parois, s’écorchant les doigts alors que tournoient autour de nous des abeilles et des oiseaux.

Mais oui, la musique de Braxton n’est pas si abstraite que cela…
Avec Taylor Ho Bynum à la trompette et Tom Crean à la guitare électrique, ce fut un moment absolument fabuleux.

A revoir, dans un tout autre contexte et un projet totalement différent (il revisitera les standards) au PP Café dès le 23… Et cela pendant quatre jours.

mot02









Après ça, nous avons eu droit à un concert Rune Grammofon .
C’est-à-dire que le label norvégien présentait trois de ses artistes.
Le premier concert était celui de Susanna & The Magical Orchestra.
Il s’agit en fait d’un duo (Susanna Caroline Wallumroed au chant et Morten Ovenikd au piano et Fender.)
Ce duo se réapproprie des chansons pop («Jolène» de Dolly Parton, «Enjoy The Silence» de Depeche Mode ou encore «Love Will Tear Us Apart» de Joy Division) de manière dépouillée et très minimaliste. Un peu comme l’ont fait avant eux Stina Nordenstam ou Anja Garbarek.
Concert sensible et attachant.

On retrouve ensuite le même Morten Ovenikd avec son trio In The Country.
Ici, on pense parfois à quelques trios du label ECM ou à Sigur Rós... en nettement moins inspiré.
Tout est en retenue. C’est un point de vue musical original entre jazz, pop minimaliste et musique classique qui fait quelques références tantôt à Fauré, tantôt à Satie.
Mais ça ne décolle pas vraiment, ça ne groove jamais… Ça reste très gentil, et même mièvre quand le pianiste se met à chanter.
Pour le magazine américain Down Beat, c’est LA révélation, c’est ce qui se fait de mieux en Europe…
Mmmouais… je pense qu’il serait quand même temps de leur envoyer de vrais bons disques européens, là-bas!

Pour terminer cette soirée, on a eu droit à Supersilent. J’étais curieux de les entendre sur scène.
Je ne connaissais que l’album «6» et quelques autres morceaux entendu ici et là.
Ce soir, le trompettiste Arve Henriksen n’était pas présent, malheureusement. Il était malade.
...hé bien, les autres membres auraient peut-être mieux fait de se faire porter pâles, eux aussi.
C’était assez ridicule. Chaotique, bruitiste, bruyant… Un grand n’importe quoi !
Même pas prenant ou irritant. Encore moins excitant.
On peut faire beaucoup de choses au nom de la musique expérimentale, mais de là à vider les trois quarts de la salle…

Je termine la soirée en discutant avec le pianiste Pierre De Surgères ainsi qu’avec l’organisateur des concerts de Braxton au PP Café, Cedric D’Hondt.
Discussion autour de Braxton, Steve Lacy et de musiques électro…

Mot03









Le lendemain, le festival faisait la part belle au piano.
D’abord avec l’anglaise Lola Perrin qui développe une musique répétitive «à la Philip Glass» teintée d’accents Jarrettien, pour accompagner des projections vidéos arty.
Les films, sont faits de «stills photos», souvent en close-ups, racontant des voyages, des impressions, des rythmes.
Assez fascinant et envoûtant.

Une autre découverte pour moi fut le groupe du pianiste suisse Nick Bärtsch.
Un mélange étonnant de musique minimaliste et de groove sous-tendu qui montent en intensité.
Des éclats de guitare, des percus qui rappellent la musique tibétaine, une clarinette contrebasse qui accentue le mystère.
Des rythmes hypnotiques, parfois blues… Bref, un mélange étonnant et détonant.

mot04









Je discute un peu avec Patrick Bivort avant d’aller écouter Rabih Abou Khalil, Joachim Kühn et Jarrod Cagwin.
Ce fut un merveilleux concert voguant entre musique traditionnelle arabe et jazz aux accents blues.
Les présentations de morceaux par Abou Khalil sont toujours humoristiques et souvent même très sarcastiques.
Quant à son jeu au oud, il est précis et nerveux. Joachim Kühn, lui, s’évade parfois vers des impros post-free éblouissantes avant de revenir avec virtuosité et fermeté sur le thème.
Sublime.
Il interprètera même un morceau d’Ornette Coleman au sax.
Excellente soirée…

mot05









Pour la journée de clôture, le festival voulait faire bouger et danser le public.
Exit, donc, les chaises…

C’est Josef Dumoulin et son projet Lidlboy qui ouvrit la soirée.
On ne peut pas dire que ce fut très dansant, car il s’agit surtout de longues plages évolutives, parfois rythmées, certes, mais opérant plus sur un effet de transe.
Jozef nous invite à parcourir différentes contrées (l’Afrique, l’Asie, l’Europe), permettant à Lynn Cassiers de montrer des talents vocaux vraiment surprenants.
Individuellement, les musiciens (Jozef, Lynn, mais aussi Bo Van der Werf et Eric Thielemans) sont impeccables. Il manque peut-être encore juste une petite étincelle qui rendrait ce projet totalement excitant.
Bo me dira après le concert que le groupe n'a joué ensemble que 4 fois.
Laissons-leur donc le temps, car ce projet risque de devenir très intéressant.

mot06









Je retrouve avec plaisir quelques amis et même de vieilles connaissances venues de Hollande pour écouter Erik Truffaz.
Délaissant un peu le «côté rock» du dernier album, le concert sera une sorte de retour aux sources, époque «Bending New Corners». Le tout émaillé de quelques morceaux tout nouveaux, tout groovy.
La sauce prend vite.
Bien sûr, on eu droit aux délires rythmiques de Marc Erbetta (à la voix et batterie), qui électrisèrent la salle. Et puis il y eut aussi de superbes envolées d’Erik (jouant moins sur les effets) et des impros parfois très «soul» de Patrick Muller au Fender. Le tout, soutenu par la basse solide de Marcello Giuliani.
La bonne humeur et le plaisir de jouer était visible.
Cela se terminera d’ailleurs avec une surprenante version de «Je t’aime, moi non plus» en rappel.

mot07









Avant d’écouter la grosse machine à danserThe Herbaliser et leur brass-funk, hip-hop-jazz infernal, je passe un bon moment en compagnie d’Erik Truffaz et ses camarades à discuter, boire quelques verres et à surtout beaucoup rigoler.
Comme d’hab.


Belle initiative que ce festival atypique qui mérite une bien longue vie…
Rendez-vous donc l’année prochaine, je parie que le programme sera encore exaltant.

A+

00:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Salut Jaques,
et merci pour ces incroyables chroniques de concert tjs très complètes! Etais-tu au PP café pour les sets de Braxton? J'espère un petit compte-rendu...
Sinon, pour Supesilent c'est à mettre sur le compte d'un mauvais jour à mon avis. Je les ai vus au VCA l'année passée, c'était énorme (je suis par ailleurs assez fan de plusieurs de leurs albums tu citais "6" c'est ss doute le meilleur)
A plus.
Mathieu

Écrit par : Use | 27/11/2006

Hey Jacques! Nice comments on the site. Try to check out the website of Lantaren Venster in Rotterdam. This is the new jazzvenue in town and the lineup is usually pretty good: Tom Beek Quintet and Dhaffer Youssef, Nguyen Le and Paolo Fresu in January.

Zie ik u daar? ;)

Cheerio!
Mike

Écrit par : Mike | 21/12/2006

Les commentaires sont fermés.