02/10/2006

Dinant Jazz Nights 2006 - En quelques mots.

Ce fut donc un week-end bien rempli.
Et ça se passait à Dinant pour le Festival ECM, premier du nom !

En effet, Manfred Eicher avait fait confiance à Jean-Claude Laloux et Patrick Bivort pour mener à bien cette entreprise unique.
Et, malgré quelques légers retards ( mais n’est-il pas mieux de savoir patienter un peu pour jouir de conditions d’écoute excellentes ? ), ce fut un franc succès.

ECM et le Dinant Jazz Nights avaient concocté un programme superbe, d’un niveau exceptionnel.
On le sait, ECM a, depuis longtemps, ouvert ses portes à d’autres musiques que le jazz.
Et ce week-end, le label nous en a proposé un joli « panorama ».

Je ne vais pas rentrer dans les détails de chaque concert car un article plus complet devrait suivre sur Citizen Jazz prochainement.
Alors, survolons.

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Le concert d’ouverture se déroulait dans la Collègiale et n’accueillait rien de moins que Jan Garbarek et l’Hilliard Ensemble pour une relecture du célèbre « Officium ».
Ce fut en tout points magique, fascinant, voire irréel.
Jouant avec l’acoustique de l’édifice, l’ensemble vocal se promena dans toute l’église pour moduler l’intensité des chants. Le son ricochait dans l’espace alors que Garbarek semblait lui aussi découvrir des sons inédits derrière les colonnes.
L’ensemble fut époustouflant de beauté, de profondeur et de finesse.
Le tout mis en couleurs par un jeu de lumières sobre et efficace.
Un début de festival de rêve.

Le lendemain, le rendez-vous était prévu dans l’Abbaye de Leffe pour le concert du luthier Rolf Lislevand(1).
Ce fut pour moi une magnifique découverte. Presque un choc. Sans doute mon coup de cœur du festival.
On est loin du jazz avec cette musique du XVIIéme siècle, mais l’intention d’improviser des musiciens peut, peut-être, nous en rapprocher.
On retrouve donc des instruments baroques et rares comme la triple harpe, le théorbe, la cithare battante, le clavicorde joués avec une maestria inouïe.
La musique voyage entre le folk celtique, la passacaille aux résonances hispanisantes et autres tarentelles. Le tout rehaussé par la voix soprano de Arianna Savall.
Moment de grâce…
Je vous conseille l’album « Nuove Musiche » de Lislevand pour vous en convaincre.

Retour au Centre Culturel pour écouter le premier concert européen donné par François Couturier, depuis la sortie toute récente de l’album « Nostalghia », inspiré des films de Tarkovsky.
Le pianiste est accompagné de Anja Lechner(2) au violoncelle, de Jean Marc Larché au soprano et de son vieux complice Jean-Louis Matinier à l’accordéon ( ils jouent ensemble avec Anouar Brahem, vu à Flagey en début d’année.)
La musique est assez introvertie, très lyrique et mélancolique.
Une musique dans laquelle on retrouve l’ambiance un peu tourmentée et parfois lourde des films de Tarkovsky.
Heureusement, quelques interventions brillantes et lumineuses du saxophoniste viennent un peu fouetter ce concert poignant mais parfois un peu cérébral.
Mais si on prend la peine d’écouter attentivement, on y découvre une richesse d’écriture sublime.

Cette deuxième journée se terminera par le concert très attendu de Tomasz Stanko(3) ( qu’on n’a quasi jamais eu l’occasion de voir en Belgique ) et son « groove » tout en retenue, enveloppé dans des ambiances éthérées et nocturnes.
Le trompettiste est accompagné par l’excellent pianiste Marcin Wasilewski qui ne se priva pas d’improvisations puissantes et énergiques. Il faut dire que Tomasz Stanko ( quel son, quel phrasé !! ) laisse beaucoup d’espace à ses compagnons. Et le bassiste Slawomir Kurkiewicz (excellent lui aussi) ainsi que Michael Miskiewicz ( d ) en profiteront également.
Le quartet passera en revue tout son nouvel album « Lontano ».
Que du bonheur.
Deuxième journée : rien à jeter.

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C’est dimanche, dès 13h.(!!!), que débuta le premier concert de ce dernier jour de festival.
Retour à l’Abbaye de Leffe pour entendre le légendaire bandonéoniste argentin Dino Saluzzi jouant en duo avec, à nouveau, Anja Lechner.
Place ici au tango triste et mélancolique mêlé à la musique de chambre distillée par la violoncelliste.
Peut-être un peu trop sobre et monotone dans l’ensemble, j’ai quand même pris plaisir à entendre ce dialogue subtil et complice entre deux musiciens de très haut niveau.

Au centre culturel, la bonne humeur et l’humour tout italien de Gianluigi Trovesi ( clarinettes ) et Gianni Coscia(5) ( accordéon) allégea le programme.
Reprenant des chansons populaires italiennes ou interprétant des compos personnelles avec un détachement et une dérision qui mit tout le monde de bonne humeur, les deux musiciens éblouirent le public de leur virtuosité.
Complicité, improvisations, fulgurance des thèmes, le concert passa à la vitesse de l’éclair.

Ce fut ensuite au tour du trio du pianiste Tord Gustavsen(6) de proposer son jazz contemplatif et extrêmement doux.
Rarement, on élève le ton, les tempis sont, pour la plupart, très lents.
Mais il faut souligner le jeu impressionniste, délicat et très riche du batteur Jarle Vespestad, effleurant, frôlant, caressant ses cymbales et ses fûts de ses innombrables baguettes et autres balais.
Parfois, la tension monte, mais elle reste toujours contenue. Et j’aurais aimé peut-être un peu plus de variation dans les compositions.

Pour clore ce beau festival, on avait fait appel à Manu Katché(7) et son « Neighbourhood » qui ne sont autres que Tomasz Stanko, son pianiste Marcin Wasilewski et son bassiste Slawomir Kurkiewics, ainsi que le tenor Trygve Seim dont on dit beaucoup de bien. Et pour cause : il possède une énergie et un son plein de reliefs. Du souffle léger aux intonations très graves, le spectre est complet.
Le groove imposé par Katché tranche avec l’ensemble des concerts entendu ce week-end. On s’approche parfois même du funk.
Cependant, bien que joyeux et plaisant, l’ensemble était un peu convenu et on attendait peut-être un plus d’inventivité. Pourtant, le pianiste ou le bassiste ainsi que Stanko ( pour le coup très énergique et éclatant ), donnèrent bien le change au batteur très volubile.

9ème édition ( particulière ) d’une totale réussite.
Bien vite l’année prochaine ( le « parrain » de cette 10ème édition sera David Linx).
On salive déjà.

A+

22:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Saluzzi/Lechner, j'avais vu au Théâtre Molière et j'avais exactement la même impression que toi.

Pareil pour Gustavsen et Vespestad, à l'écoute de son premier album. Le batteur joue aussi, me semble-t'il, dans l'excellent groupe Supersilent (rien à voir avec Gustavsen!).

Écrit par : mwanji | 02/10/2006

Ha ben tiens... ... les grands esprits se rencontrent.

Mais, attention, c'était quand même très bien. Qualitativement et techniquement irréprochable. Il me manquait juste un peu de surprises pour l'un et un peu plus de variations pour l'autre.

A+

Écrit par : jacques | 03/10/2006

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