11/09/2006

Ben Sluijs Quartet Live - Jazz in Marni



A ne pas mettre entre toutes les oreilles…
Les concerts de Ben Sluijs ne sont pas à mettre entre toutes les oreilles.
Son dernier album non plus d’ailleurs.

Il nous avait déjà mis sur le chemin avec True Nature où le lyrisme faisait place, petit à petit, à un univers bien plus libre, bien plus ouvert.

En suivant les différents concerts donnés par ce « nouveau » quartet ( enfin, « nouveau »… il a vu le jour en ’03 ), j’ai pu suivre son évolution, ses recherches, ses doutes, ses trouvailles.
Le travail sur une musique exigeante pour les musiciens et le public.

Lors du concert au Théatre Marni ce vendredi, le public était attentif. Et il fallait l’être pour vibrer au son de ce « presque free-jazz… »
Presque.
Oui, car la musique de ce quartet n’est pas aisée à définir.
Même si elle se radicalise, elle est « In Between ».

On y retrouve toujours le travail d’écriture fantastique de Ben, mais on le sent comme bousculé, poussé par la fougue de Jereon Van Herzeele.
Cela forme une alchimie particulière et unique.
Du coup, la musique devient un peu plus « immatérielle », plus fusionnelle, plus intense encore…

Les photos des derniers albums soulignent cette fuite vers « l’ailleurs ».
On est parti des profondeurs aquatiques avec le précédent quartet et Seasounds, pour s’élever et voir le soleil poindre à l’horizon avec True Nature, et atteindre enfin les galaxies avec In Between ( dernier album enregistré « live », qui vient de sortir chez De Werf )*.

Le concert ( tout acoustique ) démarre donc sur les crissements et les frottements de la contrebasse de Manolo Cabras, les souffles plaintifs des deux saxophones, le jeu bruitiste à la batterie de Marek Patrman.
De ce magma se dessine peu à peu une « mélodie », un thème qui sera repris, retravaillé, trituré, développé et détricoté à l’extrême pour créer une tension forte et prenante.
Les musiciens se connaissent bien, et réinventent avec bonheur et intelligence les impros et les délires.
Et..., aussi étonnant que cela paraît, le « sens » de la musique transpire.
Nous voilà parti dans un sacré voyage. Pourquoi s’accrocher ? Laissons-nous aller !

Marek invente lui aussi un univers. Son jeu est à la fois précis, cristallin, nerveux ou incisif et à la fois puissant profond et lourd.
Manolo relance, propose, intervient avec force et impose un jeu limpide comme pour tirer le groupe vers une autre nébuleuse.
Chacun y va de ses propositions, de ses idées. Chacun profite de sa liberté. Et tous se rejoignent.

Les deux sax, à l’unisson, replacent le thème avant de laisser l’un ou l’autre s’échapper vers un solo incandescent ( Jereon… « Bonjour Pharoah », « Bonjour Albert » ) ou un lyrisme débridé jusqu’à l’extase ( Ben… « Bonjour Ornette », « Bonjour Dave » ) et trouver ainsi la véritable identité du groupe.

L’écoute entre les musiciens est primordiale, et l’entente est parfaite.
Le résultat est précieux.
Préparez-vous les oreilles et laissez-vous bousculer par « Schooled Mind », « A Set Of Intervals », « Earth »… vous vous retrouverez « Somewhere In Between ».
Et qu’est ce que c’est bon.

( Ben Sluijs est « nominé » pour les Django d’Or 2006 ainsi que Jef Neve, Erwin Vann, Hans Van Oost, Bart Defoort, Robin Verheyen, Kris Defoort, Bo Van Der Werf, David Linx ( enfin ! ), Diederick Wissels ( re-enfin ! ), Peter Vandendriessche, Peter Hertmans, Ewout Pierreux et Tom van Dijk… Belle brochette, humm ?

A+

*L’album « Flying Circle » faisait partie de la série « Finest In Belgian Jazz »… et la cover était donc… différente.

23:29 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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