16/07/2006

Brosella '06


Le temps passe trop vite.
Le Brosella, c’était dimanche dernier ( le 9 ) et je n’ai pas encore eu le temps d’en parler.

Le public était nombreux pour cette 30ème édition.
Pour fêter ça, pas de feux d’artifices ni de décors particuliers, mais un superbe programme.















J’arrive quand Richard Galliano monte sur scène. Je n’avais entendu que la fin de sa prestation lors du festival Jazz à Liège. Ce qui m’avait un peu frustré.

Ici, sous le soleil, c’est tout son univers qui étincelle.
Comment le définir ? De la musique argentine d’abord ( et autres musiques sud-américaines ), un soupçon de musique orientale, quelques gouttes de musiques tziganes, un zeste de chanson française, le tout emballé façon jazz…
Galliano, c’est tout ça à la fois. La chaleur et l’âme en plus.
Galliano fait respirer littéralement son accordéon. Mais il fait aussi jouer ses compagnons ( dont l’excellent violoniste Alexis Cardenas ) et construit avec eux une musique tantôt festive, tantôt mélancolique.
Et puis, il joue beaucoup sur les percussions. Non seulement avec celles de Rafael Mejias , mais aussi avec Jean Philippe Viret à la contrebasse, qui la griffe, frotte et frappe. ( A Liège, c’était Philippe Aerts qui tenait ce rôle.)
Superbe moment.

Entre deux concerts, je discute avec Tuur Florizoone venu voir le « maître » avec qui il a déjà joué… Et ça pourrait peut-être se reproduire ( croisons les doigts ).
En lui demandant pourquoi il avait choisi cet instrument, Tuur m’explique son premier contact ( fortuit ) avec l’accordéon, mais me lâche surtout cette phrase merveilleuse : « Tu réalises que c’est l’instrument qu’il te faut. C’est comme si tu découvrais que tu étais homosexuel… et tu te dis wooooo… c’est extraordinaire ça. »
Personnellement, je n’ai aucun point de comparaison, mais ça m’a beaucoup fait rire…














En attendant c’est Amina Figarova qu’on retrouve sur scène.
Un septet énergique qui me fait penser par moments à la formation « Extension » de Nathalie Loriers. Avec, peut-être, la notion d’arrangements pour mini big band en plus.
Le toucher de la pianiste est subtil sur des ballades intimistes comme « Dawn » ou « When The Lights Goes Down », mais aussi très percussif sur d’autres morceaux comme le très bouillonnant « Trying To Focus ».
Le batteur Chris Strik, très expressif et grimaçant, y est sans doute pour quelque chose. Il emmène avec lui Marcel Reys ( tp) mais surtout les saxophonistes Kurt Van Herck et Tom Beck.
Quant à Bart Plateau, il ramène l’équilibre et la finesse avec de superbes envolées à la flûte.

Belle découverte pour moi qui voyais Amina Figarova sur scène pour la première fois.
Sans doute pas la dernière.
















Sur la petite scène, là haut sous les arbres, Bart Quartier avait invité Mike Mainieri.
C’était intéressant d’entendre ces deux vibraphonistes extraordinaires sonner différemment.
Un son un peu plus « rond » pour Mainieri et un autre plus « métallique » pour Quartier.
L’équilibre était cependant parfait et la musique de haut vol.
Après avoir attaqué avec « Tee bag » ( dans lequel il me semble reconnaître quelques influences de Freddie Freeloader ), le quartet enchaîne avec un thème plus latin ,« Pools », où Rassinfosse pourra s’exprimer formidablement. ( Sans oublier d’y introduire ici aussi quelques citations de « Work Song » d’Adderley ).

Puis c’est un très tendre « Stella By Starlight » que le groupe « susurre » au public ( on regrettera d’ailleurs d’être près du bar à ce moment-là, à cause du bruit ) soutenu délicatement par un Jan De Haas impeccable.
Le groupe terminera son set par un blues tendu. Efficace.
Un cd de Bart Quartier devrait bientôt sortir.
Sans Mainieri, mais avec Bart Defoort. C’est la formation que j’avais eu l’occasion d’entendre, il y a un ou deux ans, au Music Village.
Un disque plein de promesses…
















De l’excellent, c’est ce qui nous attendait aussi avec le BJO qui était conduit aujourd’hui par Gian Luigi Trovesi.
Et voilà le BJO qui sonne encore différemment.
La touche italienne est évidente. C’est enlevé, ensoleillé et bourré de clins d’œil.
Peter Hertmans aura plusieurs fois l’occasion de se mettre en avant de belle manière. Parfois même de façon un peu funky.

Sur « From J to J », c’est Gino Latucca qui sera soliste. Et quel soliste !
Je ne le dirai jamais assez, Gino possède un merveilleux son de trompette.
Et dans ce thème, qui voyage entre la musique de film « peplum » et le blues « mystérieux », Dieter Limburg et Nathalie Loriers imposeront aussi leurs touches.
Le big band s’amuse sur le podium, la bonne humeur est visible et la musique s’en ressent.
Entrecoupé de quelques interventions de Trovesi à la clarinette basse ou au soprano, le BJO repart avec des thèmes festifs et délirants qui me font parfois songer au « Sacre du Tympan » de Fred Pallem.
Puis,il revisite le style Count Basie ( façon « Li’l Darlin’ » ), fait un clin d’œil à Irving Berlin ( à la manière de « Puttin' On The Ritz » ) et salue aussi Lalo Schiffrin…
Bref, plein de couleurs et d’influences… mais toujours la maestria unique du BJO.
Franck Vaganée me dira qu’on peut s’attendre à voir ce projet plus régulièrement courant 2007.
Bonne nouvelle.
















Après avoir discuté avec Piotr Palluch et Wakas en pleine recherche de distributeurs en Europe pour les KMG’s, je suis de retour sous les arbres pour assister au concert de Christophe Astolfi.
Toujours aussi swing et bop, Christophe va pourtant souvent plus loin que le style « Django » pour insérer ici et là quelques distorsions « Hendrixiennes ».
C’est comme cela qu’il introduit la très belle ballade « Les derniers matins ».
Ben Ramos ( b ) et Max Silvapulle ( dr ) assurent une rythmique bien rodée.
L’endroit et le temps est idéal pour écouter « Swing 01 » ou « Rumba Michel ». C’est frais, dansant, agréable et surtout joué avec beaucoup de personnalité et d’investissement.
Il faut y goûter si vous en avez l’occasion, ce n’est que du bonheur.
















Enfin, pour terminer ce week-end d’anniversaire, le Brosella avait invité son « parrain » : Toot Thielemans.

Accompagné par des « jeunes » jazzmen, l’ami Toots nous offrira une très belle prestation.
On a beau connaître par cœur ses anecdotes, ses thèmes… cela reste toujours un plaisir.
Surtout quand Toots est en forme.
Et c’était le cas. Il suffisait de voir comment il balançait les jambes lors de ses interventions.

Ewout Pierreux au piano est d’une merveilleuse délicatesse et le contact avec Toots est parfait.
On ressent la même chose avec Manolo Cabras ( cb ) et surtout Steven Cassiers ( dr ).

Pourquoi Toots n’a-t-il pas enregistré un tel projet avec ces jeunes-là, plutôt que l’insipide « One More For The Road » ( avec Lizz Wright, Madeleine Peyroux, Jamie Cullum…) ?
( Même lui se pose la question. Il suffit de lire l’interview très franche, tellement lucide et honnête de Toots dans le magazine Jazzman de ce moi-ci pour s’en rendre compte. )

Toots égrène donc son répertoire, ses coups de cœur, ses grands succès mille fois entendus, mais dont on ne se lasse pas.
Ainsi on entendra « La Forza Del Destino », qu’il a joué en solo dans « Jean De Florette » et qu’il commente avec humour ( « Ici, Depardieu meurt. », « …Maintenant c’est Yves Montand qui meurt… » ) , puis « Midnight Cowboy »…
Mais il rend aussi hommage à son grand ami Jaco Pastorius avec « Three Views Of A Secret ».
Il mélange « Summertime » et « All Blue » pour recréer un thème unique.
Reprend « Alone Toghether » et termine avec son hymne : « Bluesette » façon brésilienne avant un rappel et une récompense : le Zinneke d’honneur de la ville de Bruxelles… Enfant des Marolles oblige.

Le théâtre de Verdure était noir de monde durant toute la journée.
Et cela, malgré la finale de la coupe du Monde de foot.
C’était pas un beau cadeau pour l’association du Brosella, ça ?

A+

15:42 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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