11/02/2006

Maäk's Spirit - K.Fée à Mons


















Expliquer la musique de Maäk's Spirit c'est comme vouloir expliquer ce qu'est l'humour à quelqu'un qui n'en a pas.
Impossible.
C'est une musique bourrée d'énergie positive, de milles influences, de retenue, de folie et d'intelligence.

Les ayant vu la dernière fois au Blue Note Festival à Gand - en 2004(?) - avec le Gnawa Express et Baba Sissoko pour un concert de folie - les musiciens Gnawa, en jouant, avaient traversé la foule avant de monter sur scène - je voulais à nouveau resentir ce délire.

J'avais aussi entendu des extraits du futur (??) album Stroke enregistré en Afrique du Sud cette fois - dans un esprit "spoken word" - sur la compilation Jazztublieft éditée lors du "Flemish Jazz Festival" à Bruges.

>Bref, il y avait de quoi susciter ma curiosité.
Direction le K.Fée à Mons.

C'est Jozef Dumoulin qui installe la première ambiance au Fender.
Par petites touches obnubilantes, l'excellent bassiste français Sebastien Boisseau et le déroutant Eric Thielemans à la batterie construisent le groove. En douceur. Couche par couche. Jean-Yves Evrard quand à lui, griffe de sa guitare cette toile tendue par la rythmique et appelle les deux souffleurs, Laurent Blondiau et Jereon Van Herzeele, qui arrivent du fond de la salle...
La folie monte doucement. L'énergie est au rendez-vous.

Pendant plus d'une heure et demie, Maäk's Spirit va nous faire voyager. Et jamais de façon attendue.
Toutes les compos de ce soir sont écrites par Jean-Yves Evrard. Histoire de "canaliser" des pulsions du groupe, mais aussi de les rendre plus explosives. L'esprit du collectif est resté bien présent. Pas de facilité ni de simplissisme, mais toujours de la musique personnelle, intense, authentique et sans concession.

Maäk's Spirit peut donc tout se permettre, surtout avec des musiciens de ce niveau et d'une telle complicité.

Après deux morceaux assez enlevés et pêchu, le groupe amorce un thème plus mystérieux, plus lent, plus feutré.
D'ailleurs, Eric Thielemans à recouvert ses fûts et ses cymbales d'une étoffe noire.
La basse de Boisseau est profonde. Laurent Blondiau a enveloppé sa sourdine de papier alu et trafique le son de sa trompette via un patch (?). L'atmosphère est lourde, moite, lancinante. La musique ressemble à une marche lente aux parfum africain.
Petit à petit le tempo s'accélère pour virer vers un rythme binaire où Jereon et Laurent déposent des phrases au son très ... minéral.
Le groove est sous-jacent. La musique devient de plus en plus minimaliste. Les solistes se retirent, seul Eric et Jozef continuent en "dégraissant" la musique... pour ne plus faire entendre que les touchent du clavier.
Le public est en suspend.
Moment magique.

Et la dynamique rythmique reprend sur des syncopes bouillonnantes. Le jeu est encore plus ouvert, presque free permettant à Jereon de nous offrir un solo magistral.
Il fait monter l'adrénaline, saute littéralement devant la batterie d'Eric Thielemans, fait crier son sax, court dans tout le club, se balance de haut en bas frénétiquement... de la folie!
... Puis, on reviendra à un peu de "nonchalance" avec un thème qui emprunte au reggae ou à la musique des îles... Allez savoir avec eux.
Ça balance, ça danse.

Puis, le groupe se retirera pour laisser seul Eric et sa batterie.
Un rythme hypnotique envahit alors la salle. Une sorte de musique sans fin. Eric entre dans son monde. On l'accompagne. Il est comme en transe. Petit à petit la musique se déstructure jusqu'à devenir de la "non-musique"... et pourtant les silences en sont emplit.
Il repart sur un roulement léger et sans fin, montant en intensité.
C'est le moment que choisit Jean-Yves pour construire avec Eric une musique bruitiste, bruyante et grondante. Le groupe est alors réuni pour s'aventurer dans le free. Jozef est debout. Sebastien s'acharne sur sa contrebasse. Les souffleurs s'attisent l'un l'autre. On a peur que Jean-Yves se prenne les pieds dans les fils tellment il est dans sa musique...
C'était le bouquet final.

Je me remets en prenant une verre avec les musiciens. On les sent près à partir vers de nouvelles aventures. Fort de cette nouvelle "direction" insufflée par Jean-Yves Evrard.
Leur musique va encore évoluer, c'est sûr. Alors ne manquez pas les prochains concerts de Maäk's Spirit au Vooruit à Gand ou à De Werf à Bruges ou encore à Courtrai, Mol, Borgerhout ce mois-ci encore.
Ou en mars à Flagey. Et en mai au Bozar.

A+






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Le site de Maäk's Spirit.

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18:06 Écrit par jacquesp | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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