22/05/2017

La Jérôme - Musiques Nouvelles & The Terminal - Nuits Bota.

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En février, j'avais raté la «première», au Bota, de la sortie de son album.

Cette fois-ci, aux Nuits Bota (maintenant on dit : «Les Nuits») j'y étais !

Ce dimanche 14 mai, La Jérôme, qu'on a connue aux côtés d’Akro, Baloji, Kaer et toute la bande de Starflam, mais surtout aux côtés de Marc Moulin, présentait à nouveau son bébé. Mais, cette fois-ci, sous forme d’une «création». En effet, ce soir, elle est accompagnée par le quatuor à cordes de Musiques Nouvelles dirigé par Jean-Paul Dessy et du groupe rock The Terminal.

Il fait étouffant de chaleur quand la chanteuse, coupe afro et débardeur blanc, arrive sur scène. Et elle ne compte pas faire baisser la température. En hommage à Marc Moulin, elle chante «I Am You» avec le seul quatuor derrière elle. Un tressaillement nous parcourt l’échine.

Avec simplicité et un sens inné de la scène, elle enchaîne «Soul Teacher» avec le band au complet. La voix est graineuse, sensuelle, claire, présente et sans faiblesse. Et la machine soul jazz funk est lancée. «The Prince», «Fruits Of Rooting», «Brain & Bungabunga», que des tubes potentiels, s’enchainent. Le drumming est sourd et sec, soutenu par une basse profonde et des claviers aériens, très vintage. C’est du gros son, du bon groove, de légers effets électro et de rares samples. La présence, le charme et le talent de La Jérôme font le reste. Irrésistible.

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«Bye Buy World», avec ses nappes de violons, prend encore plus de consistance et d'épaisseur. Offre un certain décalage aussi. Ces arrangements, sur une musique sensuelle et mouvante, voire insouciante, accentuent toute l'ambigüité des paroles désabusées et critiques. Tout comme ils accentuent aussi la gravité des propos dans «The Reason» (au piano et violons).

La Jérôme ménage les effets. Elle captive, elle magnétise. Elle tient la salle et son public avec sincérité et bienveillance. Le temps passe trop vite.

Alors, elle termine avec un presque psychédélique «Let Me Talk To You» et un puissant «Stay Bold». On est assez bluffé par la performance.

En rappel, le trompettiste Nicolas Vandooren, qui s’est également occupé des arrangements ce soir, accompagne la chanteuse pour un sensible et émouvant «Promised Land», qu’elle chantait souvent en fin de concert avec… Marc Moulin…

Alors, pour ponctuer cet excellente performance, et pour boucler la boucle, elle reprend, façon presque hard rock cette fois, «I Am You». Comme un exutoire, comme une fête…

Allez voir La Jérôme ! Profitez-en pour la voir, tant qu’il est temps, dans des salles moyennes, avant qu’elle ne s'attaque à de plus grosses scènes.

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

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21/05/2017

Bart Defoort Quintet - D Jazz à Dinant

Le temps de quitter Bruxelles (après le concert d’Esinam Dogbatse à la Jazz Station), de prendre l’E411, de traverser la belle campagne dinantaise sous le soleil couchant, d’admirer les grosses fermes perdues au milieu de champs de colza, et me voilà arrivé juste à temps pour le concert de Bart Defoort Quintet au D Jazz, au Castel de Pont-à-Lesse. Un véritable petit coin de paradis.

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J'avais raté les concerts de sortie de l’excellent album du saxophoniste, Inner Waves (W.E.R.F. Records), ainsi que le récent concert au Marni quelques jours auparavant. La qualité de ce band méritait bien un déplacement à Dinant (sans compter que l'accueil y est toujours très chaleureux).

Le quintette s’installe sur la vaste scène et entame le très accrocheur «Bright Side». Cela permet directement de démontrer tout le talent de grooveur du leader mais aussi de tout le groupe. Tandis que Toni Vitacolonna martèle sèchement les fûts, soutenu par la contrebasse alerte et ferme de Christophe Devisscher, Hans Van Oost enchaine de magnifiques solos avant de laisser Ewout Pierreux dérouler un jeu de plus en plus grondant. Chacun y va pour tirer le groupe vers le haut. Ça promet !

Le lumineux «The Yearning Song», introduit superbement par Christophe Devisscher, puis «No More Church», sur lequel Ewout Pierreux se fait plus bluesy que jamais, rappellent la qualité des compositions de Bart Defoort. Mélodiste avant tout, il n’en n’oublie jamais la pulsation, le groove, le swing. Il allie le straight à un jazz très actuel et très contemporain. Ceux qui en douteraient devraient tendre l’oreille. Ici, tout est question d’équilibre, de densité, de finesse.

Et puis il y a aussi le son de Bart : pur et déterminé. Il ne va jamais dans l'excès et pourtant son jeu est puissant. Il est toujours sur le fil. C'est un savant dosage entre énergie bien placée et retenues pleines de tensions. Une sorte de force tranquille, à l’image de ces orateurs qui arrivent à faire passer des messages sans hurler, sans vindicte excessive, et qui n'en ont que plus de poids.

«Late Night Drive» file sur un tempo haletant et permet une fois de plus à Ewout Pierreux, décidément intenable, de prendre les commandes dans un solo exaltant.

«Inner Waves», qui est un peu la signature du groupe (outre le fait d'être le titre éponyme de l'album), regorge de cet optimisme, de cette sorte de recherche intérieure entre bien-être et excitation soudaine. Les échanges entre Bart Defoort et Hans Van Oost, dans un jeu souvent tendu, sont nerveux et semblent être une évidence…

Ce quintette groove en permanence et n'a pas peur de se frotter aux mélodies (mine de rien, ce n'est pas évident à faire sans prêter le flanc aux clichés), de s’inspirer des fondamentaux du jazz et de ne pas avoir peur de la beauté.

Il y a encore «Light Red To Dark Blue» ou «To Late To Tell You» construits et joués, eux aussi, d'une façon irréprochable.

Et puis on se quitte en douceur avec, en rappel, «Still» écrit cette fois par Hans Van Oost. L'instant est calme, comme pour nous laisser savourer encore plus le très bon moment que l’on vient de passer.

On retrouvera le quintette à la rentrée (à Renaix, à Jazz in ‘t Park ou à Mouscron) et plus tard à l’occasion d’un Jazz Tour des Lundis d’Hortense. Notez déjà cela dans votre agenda.

 

 

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20/05/2017

Esinam Dogbatse - Solo à la Jazz Station

Fin d’après midi ensoleillée ce samedi 13 à la Jazz Station. Quelques rayons dessinent encore sur le fond de la scène la silhouette des arbres. L'ambiance est douce, feutrée, intime. On attend l'artiste.

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Cheveux tressés et tirés en arrière, large sourire aux lèvres, Esinam Dogbatse monte sur scène avec légèreté.

Plus féline que jamais, elle ondule, telle une algue des fonds marins, sur les premières notes de flûte qu'elle enregistre puis retravaille en boucles nuancées. Elle empile et module les phrases et les mélodies. Par couches ultrafines de rythmes, des sons, de chants et de feulements, elle construit un monde fascinant, parfois hypnotique, toujours dansant. Cette musicienne est un mille feuilles.

Sur des pulses, qu'elle varie avec finesse et élégance, elle raconte des histoires sans parole. Elle nous emmène sur les bords du Nil, puis dans une forêt amazonienne imaginaire et peut-être encore chez les Pygmées. Elle est tour à tour flûtiste, chanteuse, joueuse de tambourin, de likembe, de caxix ou de dùndùn. Elle mélange des rythmes ancestraux aux beats modernes de l'électro avec une simple loop machine, un pad et quelques pédales... mais surtout, avec beaucoup de talent.

Elle rebondit sur ses propres rythmes, s’invente de nouvelles couleurs. Elle joue avec les tensions et les émotions. Rien n'est jamais pareil. On va de surprise en surprise. Elle se joue des répétitions, rejette la facilité.

On entend des compos personnelles mais aussi un «Children Song» ou un «Strange Fruit» fantomatique. Intense, intime, vivant, dansant, joyeux, interpelant.

Essinam Dogbatse possède un réel univers. Je l'ai déjà dit et redit, c'est une artiste à suivre. Vraiment.

Un disque est en préparation. Espérons que nous y retrouverons toute la spontanéité et la magie d'un concert live. En attendant, soyez là où elle passe.

Merci à Roger Vantilt © pour la photo.

 

 

 

 

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19:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz station, esinam dogbatse |  Facebook |

10/05/2017

Samson Schmitt Trio au Sounds

Tout est parti d'une simple conversation entre le musicien Samson Schmitt, son manager Bertrand Squelard et Michel Van Achter, directeur du label Home Records. Une conversation. Et une simple proposition faite au guitariste manouche d'enregistrer, non pas avec son trio habituel, mais d'essayer quelque chose de différent et d'inédit.

Et pourquoi pas ? Le guitariste français est joueur. Il accepte.

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Bertrand Squelard et Michel Van Achter convoquent alors le violoniste Joachim Iannello et le pianiste Johan Dupont. La rencontre est plutôt concluante et après deux jours seulement le tout frais trio a déjà composé plus d’une demi-douzaine de très bons morceaux. Enthousiastes, Bertrand et Michel entrainent les trois amis en studio. 10 compos originales sont gravées. Et le résultat (Rire avec Charlie, paru chez Home Records) est des plus réussis. Il est surprenant aussi, car le trio va au-delà du « simple » (entre guillemets) jazz manouche. En effet, il mélange astucieusement le swing, le classique, un peu de bossa, un peu de chanson. Convaincant.

Alors, ce vendredi soir au Sounds, j'étais curieux de voir ce que cela donnait en live.

J'arrive à la fin du premier set. C’est « Caravan » que l’on joue. Fort. Et bien. Il n'y a pas à dire, même loin de la scène, on ressent la chaleur et la connivence. Rien n’est feint, tout est sincère.

Après un court break, les trois musiciens sont déjà de retour sur le podium. Ils ont envie de jouer, c’est sûr et certain. Ils ont envie d'être ensemble, de s’amuser. Et le plaisir est contagieux. Dans la salle, le public répond avec enthousiasme.

Après un doux et lyrique « Chopin In Spain », « Sweet Georgia Brown » enflamme le club. L’intro, en forme de défi entre violon et guitare, place la barre très haut. S'ensuivent « Djangology » et un autre thème issu du répertoire classique manouche. Mais le mélange guitare, violon et piano, offre une couleur très particulière à l’ensemble.

Tantôt swing, tantôt folk - tirant presque sur le western - tantôt valse ou mazurka, tout bouillonne. Etonnant. Tout se mélange avec beaucoup d'élégance et de fraîcheur. Le trio évite, ou contourne avec malice, le jazz manouche qu’on serait plus habitué d'entendre. L'exercice de style va plus loin qu’une simple dilution d’un style musical dans un autre. Ici, chaque musicien à son caractère, sa personnalité et son background. Et quand tout cela s'additionne et se partage avec autant de générosité, l'échange devient évident, facile et très riche.

« Manouche Attitude » et « Bertrand Swing » s’enchainent. Le public accompagne chaque morceau en clapant des mains et en tapant des pieds. Mais il n'arrive plus à suivre lorsque le trio termine, à 200 à la noire au moins, un « Rhapsody à six cordes » explosif…

Dans cette très chaude ambiance, le groupe ne peut refuser, en rappel, un hommage à Django avec une version de « Les yeux noirs », tout en nuance et volupté. Pur bonheur.

Chapeau, Samson, Joachim et Johan ! Et bien joué les gars !

 

 

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01/05/2017

David Linx & Michel Hatzigeorgiou - The Wordsmith - Jazz Station

 

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Un duo bassiste électrique et chanteur peut-il tenir en haleine un public pendant tout un concert ?

Quand il s’agit de Michel Hatzigeorgiou et David Linx, on se dit qu’il n’est plus question de défi, mais de simple formalité.

Pourtant, les deux musiciens ont le trac. Ils ont le trac comme s’ils montaient pour la première fois sur une scène. Ils ont le trac car, ce mercredi soir à la Jazz Station, ils présentent en avant-première The Wordsmith, un projet qui flottait dans l'esprit des deux musiciens depuis près de 25 ans. Plus qu'un projet : une terrible envie de se retrouver. Une envie de mélanger des mots finement choisis à des mélodies sophistiquées. Une envie qui se concrétise bientôt sur disque et enfin sur scène. De quoi avoir le trac.

Les deux hommes se regardent, se sourient, hésitent encore un quart de seconde.

Première note.

La magie opère.

La musique libère.

Et le duo nous emmène aussitôt avec lui.

La plupart des chansons racontent de vraies histoires, de vrais sentiments, pleins de réflexions et de poésies. David Linx jongle avec les mots et l’on comprend que le titre, «The Wordsmith», n’a pas été choisi au hasard. Il jongle avec les sons, avec les mélodies, avec les harmonies. Il écoute le chant de la basse d’Hatzi. Il le fait chanter. Ce sont de véritables échanges qui se produisent sur scène. Aucune démonstration de l’un ou l'autre musicien, chacun est là pour servir la musique et enrichir le propos. Il y a une telle profondeur et une telle vérité dans le chant et dans le jeu, qu’elles nous subjuguent.

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Ces deux-là nous invitent chez eux à partager des moments de véritable intimité et partager un peu de leurs vies au travers de morceaux comme «No More Unfinished Business», «I Walk Alone», «Downriver Bound». Pour partager un peu de Toots («Song For Jessica»), de Joni Mitchell («Black Crow») ou encore de Thelonious Monk («Round Midnight»). En les écoutant, ce sont mille images qui viennent et reviennent en tête. Comme lorsqu'on sirote un excellent whisky qui laisse se révéler des arômes insoupçonnés.

On se demande parfois d'où leur vient l'idée d'associer ces accords sortis d'on ne sait où ? Comment est-il possible de moduler avec autant de précision la voix, de faire s'épouser la respiration et les mots avec une telle justesse ? Tout à un sens. Tout prend son sens. Et c'est bien pour cela que nos deux musiciens peuvent se permettre de nous emmener sur de fausses pistes et de nous en faire découvrir d'autres... Et ainsi de nous captiver d'avantage. 

Ils nous remuent l’âme. Nous montrent encore une autre facette du jazz. Nous le font redécouvrir. Ils nous font vibrer, réfléchir et puis rire.

Une voix et une basse électrique… Est-ce possible ?

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Michel Hatzi le rappelait dans une émission de Philippe Baron : la basse électrique est avant tout… une guitare. Et le musicien nous démontre combien elle peut être musicale, chantante, harmonique… Avec talent, simplicité et évidence. A lui seul, il dessine les mélodies, les lignes rythmiques et encourage les scats de David Linx.

Linx ! Y a-t-il plus singulier que lui dans le monde des chanteurs de Jazz ? Dans le monde musical en général d'ailleurs ? Et finalement, ces deux musiciens sont-ils bien de ce monde ? C'est en tout cas dans celui-là que l’on aimerait vivre.

Alors, pour prolonger encore un peu le plaisir, le duo remonte une dernière fois sur scène pour nous offrir une somptueuse version de «Three Views Of A Secret». Jaco, Toots, David, Michel...

Oui, un duo bassiste électrique et chanteur peut tenir en haleine un public pendant tout un concert. Et bien au-delà.

Merci à © Olivier Lestoquoit pour les images !

A+

 

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26/04/2017

Jazz et paix.

Le 30 avril, c’est la journée internationale du jazz. Une journée qui célèbre le jazz comme un symbole mondial de paix et de dialogue entre toutes les cultures.

L’occasion était trop belle pour Garrett List et son Orchestra ViVo ! de marquer le coup.

Le 20 janvier 2017, avec le concours d’une trentaine de rhétoriciens de l’Institut de la Providence de Champion (Namur), ils ont enregistré au Théâtre de Namur, «Thoughts On The Oxymoron Military Intelligence». Un poème de Judith Malina (auteure, metteur en scène, actrice de théâtre et de cinéma, directrice et fondatrice avec Julian Beck du célèbre Living Theatre en 1947 à New York City) mis en musique par Garrett List et mis en scène par Anne Englebert.

Le texte est une véritable ode à la paix et dénonce l’escalade de violences provoquée par l’usage des armes ainsi que l’absurdité qui consiste à vivre dans la peur de l’autre.

Ce mercredi 26, Orchestra ViVo ! a proposé à différents médias, amis ou partenaires de diffuser et de partager le clip réalisé ce soir-là.

Jazzques ne pouvait que participer.

 

 

 

A vous de partager maintenant...

Peace.

 

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24/04/2017

Amaury Faye Trio à la Jazz Station

Il y a quelques années, j'avais croisé, presque fortuitement, Amaury Faye lors d'une série de tables rondes à propos du jazz, à Flagey. J'étais curieux de le voir et de l'entendre derrière un piano. J'en ai eu l'occasion quelques mois plus tard à l'Archiduc. Il y jouait en solo et j'en avais gardé une forte impression.

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Ce soir, c'est avec son trio (Louis Navarro à la contrebasse et Théo Lanau à la batterie) que le pianiste toulousain présente son tout nouvel album : Clearway (à paraître mi-mai chez Jazz Village).

Après une résidence de quelques jours à la Jazz Station et devant un nombreux public ce samedi, le trio attaque son concert avec « Believe It Or Not », un morceau très inspiré de la tradition post bop. On y descelle rapidement les influences d’un Chick Corea et surtout de Brad Mehldau.

La musique est dense, nerveuse, énergique et Amaury Faye n'est pas avare de notes. Il est sur tous les coups et il s’emploie à remplir l'espace avec ferveur, comme dans l’introduction en solo sur le second morceau. Avec agilité, il enchaîne accords et arpèges sur un rythme effréné et démontre un sens du voicing assez étonnant. Ses deux compagnons d’équipée ne sont pas en reste. Les interventions à la contrebasse de Navarro sont souvent brillantes et très musicales, quant au drumming de Lanau, il est ferme, claquant et bondissant. La cohésion entre les trois musiciens est indéniable. Bien sûr l’architecture des morceaux est plutôt « classique », mais lorsqu’ils sont joués avec un tel aplomb et autant de détermination, on ne peut que prendre du plaisir.

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Le trio calme alors un peu les ardeurs (si peu) avec « Vance », une ballade lumineuse qui se promène sur un rythme chaloupé. Mais il se relance très vite et s'amuse sur « An Oscar For Treadwell » de Charlie Parker. Ils ont dans les doigts l’histoire du bop, c’est certain. C'est toujours aussi rapide et tendu et les trois amis n’hésitent pas à s’éloigner du thème, à tourner autour, à s’en amuser. On retrouve chez eux l'essence et l’esprit de ceux qui ont fait l'art du trio, Mehldau en tête (pas le romantique, mais celui qui swingue). Amaury Faye ne peut cacher son amour pour le pianiste américain, et d’ailleurs, on ne lui en voudrait pas si, parfois, il s'en éloignait un peu.

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Et le trio continue de plus belle, telle une locomotive lancée à pleine allure. Il y a alors le pétillant « Off Roading », puis « Clearway Street », introduit par un excellent Théo Lanau à la batterie. Ensuite, le plus sobre « Bad Surprise » et un jubilatoire « Sunday Morning Blues » ou encore « Journey To The East Coast ». Il y a toujours cette envie d’énergie, de rythmes haletants dans ce trio. Toujours cette envie de faire monter l'adrénaline.

Le public est sous le charme. Celui de Marciac, où le trio aura l’honneur de défendre sa musique cet été, le sera sans doute tout autant.

On est curieux de voir comment évoluera le trio. Lors d’un prochain Jazz Tour peut-être ? A suivre avec intérêt.

 

 

 

A+

Merci, une fois encore à ©Roger Vantilt pour ses belles images.

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23/04/2017

Bram De Looze - Piano e Forte. Handelsbeurs - Gent.

Il a choisi trois pianos. Trois pianos qui ont chacun leur caractère, qui réagissent chacun à leur manière. Une aubaine pour un pianiste. Ou bien un casse-tête.

Trois pianos (et pas des moindres : un Pleyel de 1843, un Erard de 1836 et un pianoforte Anton Walter de 1795) pour lui tout seul, pour jouer, pour improviser, pour adapter son jeu et son phrasé à chaque clavier. Trois pianos pour Bram De Looze.

Ce vendredi 21 avril, les trois instruments sont alignés, légèrement de biais, sur la scène du Handelsbeurs.

Bram arrive. Avec un gong. Il le place juste à côté de lui et s'installe devant le Pleyel.

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Le son est un peu cristallin, un peu sec. Il faut que l'oreille s'habitue. De Looze improvise à partir d’un thème assez contemporain, tout en fluctuations. Quelques coups de gong retenus donnent un peu de graves au piano qui semble en avoir assez peu.

Le deuxième piano, le Erard, devant lequel s’assied maintenant le pianiste, possède un son plus chaud et plus rond. Plus velouté, plus étouffé aussi. Alors on s'amuse à comparer, à essayer de retenir le timbre de l’un, les sonorités de l’autre.

Le thème que développe Bram est légèrement plus romantique. Tout reste assez mystérieux cependant, mais les lignes mélodiques sont plus lisibles.

L'œil rieur, à la Anthony Perkins, le pianiste expose brièvement au public ses choix et son objectif avant de prendre place maintenant devant le troisième piano.

Il dépose sur les cordes une sorte de vibreur qui "tient" la note sur la même fréquence, à la manière d’un bourdon. L’artiste joue d’ailleurs avec les cordes, va dans le corps du piano pour les pincer ou les étouffer. Ici, le son résonne presque à la façon d'un clavecin et Bram accentue les dissonances dans un jeu rapide et nerveux, tempéré par une main gauche solide et très mobile.

Il retourne ensuite sur le Erard, pour jouer un thème plus lunaire. On sent le respect pour les instruments qui oblige le pianiste à adapter son jeu, pour dompter et faire sonner chaque piano.

En rappel, il choisit le Pleyel. On devine ici quelques notes "bleues" qui ne sont pas sans rappeler des inflexions à la Paul Bley.

Et on revoit encore son jugement, on essaie de se rappeler le son, les attaques, la manière de poser les mains, la façon de se positionner du pianiste. Et on applaudit la performance.

Le concert est finalement assez bref, mais l'exercice - sans doute plus intellectuel qu’émotionnel - est plutôt convaincant, intéressant et même amusant. C'est une belle façon d'ouvrir encore un peu plus ses oreilles aux sons, aux nuances, aux vibrations…

C'est aussi ça, un peu, le jazz.

 

 

 

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16:19 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bram de looze, handelsbeurs, gent, solo |  Facebook |

15/04/2017

Jean-Paul Estiévenart Trio à la Jazz Station

Jeudi 13 avril. Jazz Station. 20h 30. La salle se remplit, remplit, remplit.

On est venu écouter le trio du trompettiste Jean-Paul Estiévenart (avec Sam Gerstmans à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie) qui a publié fin 2016 l’un des meilleurs albums de l’année : Behind The Darkness.

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D'entrée de jeu, Jean-Paul Estiévenart prend les commandes et emmène ses compagnons dans un fabuleux parcours en forme de montagnes russes. Ça déboule à toute vitesse, ça virevolte, ça serpente, ça se dérobe et ça accélère encore. Le trompettiste enchaîne les triolets, lâche quelques inflexions orientales, riposte aux attaques d’Antoine Pierre, joue au chat et à la souri avec Sam Gerstmans. Ça rebondit, ça bouscule, ça frotte… Et après cinq ou six bonnes minutes d'une intensité incroyable, le trompettiste laisse au contrebassiste et au batteur le soin de terminer le voyage seuls, comme s’il avait été catapulté, propulsé, désintégré quelque part dans l’atmosphère… On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière que ce puissant et décoiffant «Lost End».

Sans laisser tomber le soufflé, le trio continue avec «Mixed Feelings» et nous emmène vers d’autres sommets. Mais ici, tout commence avec beaucoup de retenue. La mélodie complexe se dessine peu à peu, la pulsation s’accentue, la trompette crie, pleure, puis s’apaise à nouveau. Nos trois musiciens sont en parfaite osmose, chacun tient son rôle mais n’hésite jamais à aller jouer dans le jardin du voisin. Antoine Pierre jongle avec les tempos et les temps forts, et module les effets avec autant de subtilité que d’autorité. Ça peut flinguer à tout moment ! Sam Gerstmans est, quant à lui, le pilier rassurant, remarquable de précision, qui s’exprime dans un jeu d’une musicalité extrême, tout en nuances et en souplesse. Sur «Deep Heart», il joue le balancier sur trois notes un peu flottantes, répétées ad libitum, sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart improvise… Superbe.

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Je l'ai déjà dit (lors du concert avec Manolo Cabras, notamment), Estiévenart a un son ! Il incarne sa musique, il y met son cœur et tous ses sentiments. Avec sa trompette, il raconte des histoires. Son histoire. Il y met tout ce qu'il cache pudiquement derrière un humour caustique qu’il aime pratiquer lorsqu’il présente les morceaux.

Le trio lui-même, décidément très complice, ne se prend jamais au sérieux et se moque même des tics de jazzmen – attitudes, décompte, regards – tout en jouant sérieusement. Très sérieusement. Car, pour jouer, ça joue ! Et ils savent de quoi ils parlent. Ainsi, ils s'approprient «You Do Something To Me» de Cole Porter ou revisitent «We See», de Monk, comme peu oseraient le faire. Thelonious aurait été heureux d'entendre ça, tout comme John Coltrane l’aurait été en entendant ce que font nos trois gaillards avec le très casse-gueule «Giant Steps». Eblouissant !

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Faire quelque chose avec ces standards, les malaxer, les modeler, les triturer… les vivre ! Voilà ce que l'on attend du jazz. Ces trois-là ont un langage, une façon de communiquer, bien à eux. L'un ou l'autre peut faire dévier à tout moment la musique à droite ou à gauche, la ralentir ou lui donner de la vitesse sur un simple petit accord. Et ça marche. On ne sait jamais où ils vont. C'est comme une grande virée entre copains où chacun refait le monde et propose d’échanger des idées. Comme, par exemple, sur ce très éclaté et pourtant subjuguant «MOA», qui fait office de prélude au non moins fantastique «Les Doms» ou au tendu et tranchant «Bade Runner».

Ces gars s'amusent et nous amusent. Et nous laissent pantois d’admiration. Tout paraît si facile et si évident.

Qu’est ce qu’on attend pour exporter tout ça à travers l’Europe ?

 

 

Merci encore et toujours à ©Roger Vantilt pour ses superbes images.

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06/04/2017

Vortex Kwintet - Release party à l'Archiduc

Mercredi soir, il y a du monde sur le pas de la porte de l'Archiduc. Il y a du monde dans le bar aussi. Ça sent bon l'encaustique. Tout est ciré, tout est nickel.

Dans un coin, la batterie est montée, juste à côté du piano. La trompette, la contrebasse et le sax attendent sur la banquette. Juste en face, on a déroulé un standy. Dessus est écrit Vortex Kwintet et dessous sont étalés des CD’s à la pochette verte.

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Vortex, c'est le groupe du trompettiste Aristide D’Agostino, du saxophoniste Abel Jednak, du pianiste Alan Van Rompuy, du contrebassiste Emanuel Van Mieghem et du batteur Olivier Penu. C'est ce groupe qui a gagné le Jazz Contest 2016 à Malines. Grâce à cela, il a pu bénéficier d’un enregistrement studio. Et c'est le résultat de cette session qu'il présente ce soir.

Dans une ambiance déjà bien chaude, le groupe attaque de façon tonitruante, et sur un tempo élevé, «Black Katarina»(?). On y retrouve des réminiscences d’un Clifford Brown peut-être, mélangées à un son très actuel. C’est puissant et bourré d’énergie.

«B.I.T.C.» prend aussitôt le contrepied, le morceau se développe en douceur, presque en retenue, tout en gardant un tempo haletant. Il y a comme une fausse lenteur. Le jeu d’Alan Van Rompuy au piano est faussement minimaliste. Très concentré, il fait monter l’intensité.

Vortex a le sens de la scène, il capte l’attention du public, le tient en haleine, ne le lâche pas. Il enchaîne aussitôt avec «Parrots» et, ici aussi, le pianiste n’hésite pas à se mettre en avant. Il plaque les accords, prend des solos brefs, s’amuse avec les tempos qu’il devance ou attend. C'est comme s'il faisait des dérapages contrôlés, prenait des virages serrés ou, au contraire, très larges, à la limite de la sortie de route. Mais bien sûr, la rythmique est bien là et elle assure. Devant, le sax prend le contrepoint de la trompette, ondule avec vivacité entre les harmonies.

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Vortex n’a pas peur d’éparpiller les notes, de les jeter pour aller mieux recoller le puzzle. C’est le cas dans le dernier thème du premier set, qui finit par flirter avec un blues dansant, ou avec «Vortex», le bien nommé, qui démarre presque en free et s’amuse avec les call and response. Si «Song For Emmanuelle» est presque intimiste, «Pharaon 7» oscille entre calypso et valise orientale. La trompette va presque chercher les quarts de tons tandis qu’Abel Jednak étire les notes ondulantes sur son alto. Concis, précis, clair, le groupe a de la suite dans les idées.

Ce soir, l’Archiduc rappelle un peu l'ambiance new-yorkaise du Fat Cat où il faut se battre pour se faire entendre. Pas de souci, chez Vortex, tout le monde se donne.

Il y a toujours cette pulse, ce groove intérieur, ce swing même, parfois. Il y a un mélange de tradition et d’énergie urbaine, bien contemporaine.

Oui, Vortex a déjà un son bien à lui, alors, tenons-le bien à l’oreille…

 

 

Merci ©Mr Andrée pour les images.

A+

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28/03/2017

Manolo Cabras Quartet - Jazz Station

En septembre 2016, Manolo Cabras sortait Melys In Diotta (chez El Negocito Records) avec son nouveau quartet. Ce samedi 24 mars, la Jazz Station l’accueillait pour l’un des trop rares concerts de présentation de cet excellent album. Bien sûr, il y a eu quelques dates ici ou là (Hopper, Sounds, Lokerse Jazzklub ou Jazz In ‘t Park), mais il est quand même assez étonnant que ce groupe n’ait pas joué beaucoup plus souvent. La musique est sophistiquée et demande à l'auditeur de se plonger dans un certain mood ou un certain état d'esprit, certes, mais elle est tellement riche et tellement bien écrite qu'elle en devient rapidement accrocheuse et l’effort (l’effort?!) est vite récompensé. Il faut dire que ce jazz, joué par quatre musiciens à qui on ne la fait pas, a de quoi réjouir.

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Outre le vieux complice Marek Patrman (Erik Vermeulen, Ben Sluijs, Free Desmyter ou Augusto Pirodda...) dont le jeu est toujours autant impressionniste et tachiste que claquant et incisif, on retrouve Nicola Andrioli dans un registre qu'on ne lui prête que trop peu souvent. Il y a toujours chez ce dernier une délicatesse et un certain romantisme qu’on lui connait, mais il le dissimule ici dans un jeu très ouvert, parfois presque abstrait et souvent sombre. D'autre part, quand il s’agit de jouer vite et de ruer un peu dans les brancards (sur «E.S.D.A.», par exemple) il est là aussi. Et avec quelle présence !

Et puis que serait ce quartet sans l’apport précieux de Jean-Paul Estievenart, trompettiste tout-terrain à la fougue maîtrisée, sorte de caméléon à la personnalité de plus en plus affirmée ? C'est indéniable, Estiévenart s’est façonné un son, une griffe.

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Les premiers morceaux jouent beaucoup sur l'atmosphère et se construisent sur des ostinatos imposés avec une force tranquille par Cabras. Tandis que «Melys in Diotta» oscille entre mélancolie et danse éthylique, «E La Nave Và» évoque un néo-réalisme italien qui navigue entre le bonheur, la légèreté et le chaos. Puis, quand ça balance vers un free-bop très ouvert (à la William Parker, Hamid Drake et consorts), ça craque de partout, ça file et ça freine, ça tangue, c'est fragile et solide à la fois. Chacun des solistes s'exprime pleinement : un piano fougueux, une trompette hallucinée et un drumming explosif. Et nous, on prend un pied pas possible.

Et le second set continue un peu dans la même lignée. On installe d’abord une ambiance feutrée et inquiétante avec «Lena». Trompette bouchée, notes égrainées au piano, feulement des balais sur les tambours et des cordes qui impriment un battement régulier. Puis on va déterrer les racines du blues pour mieux le déstructurer («Uncle Stevie»). C'est ici que se révèle encore plus la force du jeu de Cabras : anguleux et mobile à la fois.

Enfin on se permet toutes les libertés rythmiques et mélodiques sur le vif et indomptable «E.S.D.A.» avant de clore ce concert intense avec un «No Comment» plein de délicatesse.

Ces quatre musiciens, à la personnalité forte, sont au service d'une musique aussi inventive et brûlante que spontanée et profonde. C'est une véritable musique d'échange, qui se joue sur l'instant dans laquelle rien n'est jamais figé. C’est un vrai jazz vivant qui ne demande qu'à être joué souvent sur scène, pour évoluer encore et encore et devenir énorme.

N’y a-t-il pas un club ou un endroit qui pourrait les accueillir plus régulièrement ?

 

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les photos.

 

 

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23/03/2017

Graceffa & Di Maio en duo à Sart-Risbart

Faut quand même être un peu fou, ou avoir la foi, pour aller se perdre un dimanche matin à Sart-Risbart, petit hameau du côté d’Incourt, et se retrouver dans une église !

Mais quand c'est Jules Imberechts (dit aussi Jules du Travers) qui vous propose de venir écouter le duo Fabrizio Graceffa et Lorenzo Di Maio, l’heure matinale et la distance n'offrent que peu de résistance.

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La petite église, qui accueille pas mal de fidèles (de Jules et du jazz), est un bel écrin de résonance pour les mélodies que distillent les deux guitaristes.

Fabrizio et Lorenzo se connaissent depuis longtemps mais ne jouent en duo que de façon assez sporadique (c’est Jean-Marie Hacquier, alors programmateur au Caveau du Max, qui est un peu à l’origine de ce projet qui a vu le jour en 2012).

Plutôt que des compos originales, les deux musiciens reprennent ici à leur compte les standards pop et jazz qui ont accompagnés leurs parcours respectifs.

« And I Love Her » des Beatles, « Georgia On My Mind » de Ray Charles, « I’ll Be Seeing You », ou « Night And Day » s’enchainent délicieusement.

Entre chaque morceau, Graceffa prend le temps d’expliquer au public le choix de ces thèmes à l’esprit plutôt crooner. Car crooner, c’est le fil rouge, le dénominateur commun qui unit le duo et lui permet de proposer un set très cohérent. « Can't Help Falling In Love » de Presley, « Someday My Prince Will Come », « Chega De Saudade » de Jobim ou même « La javanaise » de Gainsbourg magnifiquement remodelé, y trouvent une place naturelle.

Chacun des deux guitaristes se partage le travail. L'un s’occupe de l'harmonie, l'autre de la mélodie. Logique. C’est souvent Graceffa qui expose le thème, qui tourne autour et s’en éloigne, avant de laisser à Di Maio le soin de prendre un peu plus de libertés et d’improviser franchement. Les croisements et entrelacements s'opèrent avec délicatesse. Et les rôles s'inversent... Tout se joue avec beaucoup de respect mais aussi avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité.

Le duo s'autorise à sortir des sentiers pour explorer l’improvisation toujours vive, légère et aérienne. Les standards semblent alors s'emplir d'air et revivre une énième jeunesse. La musique circule avec pureté, sans maniérisme, presque sans effort. Serait–ce à cause de ce léger swing, de ce groove sous-jacent, de ce balancement, que cette musique semble si vivante et organique ? C’est certainement l’un des secrets.

C'est du plaisir qui s'échange, du bonheur simple qui flotte. Alors, on se laisse encore emporter par « The Shape Of My Hart » de Sting, « Fly Me To The Moon » ou le merveilleux « What A Wonderful World » d'Armstrong

Tout cela remplit le cœur d'une bonne dose de bonne humeur pour la journée, voire même pour la semaine.

C’est simple, c’est lumineux, c’est évident. Et l’on se dit qu’on a bien fait de se lever ce matin.

Merci à ©Alexis Moyson pour les images.

 

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12/03/2017

Reggie Washington - Rainbow Shadow - à l'Archiduc

Dimanche 26 février, il fait gris et pluvieux sur Bruxelles. Vers 17 heures, à l’Archiduc, Reggie Washington, Marvin Sewell, Pat Dorcean et DJ Grazzhoppa s’affairent autour des amplis, pédales, platines et guitares.

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Le quartet s’apprête a présenter du nouveau matériel issu du répertoire de Jef Lee Johnson, fabuleux guitariste américain – et ami fidèle de Reggie Washington - disparu bien trop tôt, en 2013 déjà.

Au vu du succès de « Rainbow Shadow », sorti en 2015, et du nombre de petites perles (encore trop souvent méconnues) écrites par Jef Lee Johnson, ce second opus est bien légitime. Pour cette deuxième salve d’hommage, dont un album est prévu pour l’automne 2017, on filme et on enregistre aussi.

C’est donc la même équipe qui entame le premier concert d’une série de trente à travers toute l’Europe. Petite différence cette fois, Reggie Washington chante beaucoup plus et assume totalement. C'est sans doute, comme il le dit lui-même, une petite voix (celle de Jef) qui l'a conforté et poussé à oser. Et franchement, il a bien fait. Avec simplicité et sincérité, il donne encore plus d'âme aux chansons. Il n'en fait pas des tonnes - cela ressemble d'ailleurs à son jeu de basse - mais c’est tellement juste et indispensable.

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Après « Crow’s Rainbow », qui sert presque d’indicatif, on découvre donc « RSJ », « Moon Keeps Telling Me Things » ou encore « April Rain ».

Reggie Washington, rayonne de bonheur, il dirige sans rien imposer et le groupe joue l'utilité de la musique, dépouillée d'effet, pour ne garder que la sincérité. Bien sûr Marvin Sewel s’échappe dans quelques solos qui mêlent sensualité et rage. Le blues est profond et la stridence de certains riffs claquent comme des cris. Il pince les cordes et les fait résonner avec profondeur, s’accompagne d’un léger vibrato tout naturel et use parfois d’un bottleneck pour apaiser l’ensemble.

Le drumming de Pat Dorcéan est sec et tranchant, puissant et profond aussi. Ses coups de cymbales et ses rimshots apportent des touches de luminosité et de brillance aux morceaux. Et ça groove tout le temps. Et puis, cette fois-ci encore, les interventions de DJ Grazzhoppa sont totalement justifiées. Il vient injecter des sons, quelques samples rappelant la voix de Jef, et des scratches qui nourrissent l'esprit d’une musique autant traditionnelle qu’actuelle.

Ce quartet est une sorte de synthèse entre le jazz, le blues, la soul et le rock. C’est à la fois intense, parfois furieux, brillant et délicatement tourmenté. C’est l’esprit de Jef Lee Johnson qui flotte. Et c'est un vrai bonheur. On se réjouit d’entendre bientôt le résultat sur disque (il s'enregistre ce mois-ci du côté de Marseille) et de retrouver le groupe sur scène au plus vite.

 

 

 

A+

Merci à © Jason Bickley pour les images.

 

 

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05/03/2017

LABtrio à la Jazz Station

Volzet !

Il n’y avait plus une place de libre à la Jazz Station ce samedi 25 mars pour le concert de LABtrio. Pour ses dix ans, le groupe a fait salle (archi) comble.

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Bien sûr, le trio n'a pas attendu dix ans pour remplir les salles ! Il faut dire qu’avec le jazz que proposent ces talentueux musiciens, c'est un peu normal. Ou alors, ce serait à désespérer de tout.

On le sentait venir, il y a dix ans déjà. 10 ans ! C'était hier, au Jazz Marathon, par exemple, lorsqu’ils avaient déjà éclaboussé la place Fernand Coq de leur talent. De l'eau est passée sous les ponts et après Fluxus et The Howls Are Not What They Seem, voici déjà le troisième album : Nature City.

Bram De Looze au piano, Anneleen Boehme à la contrebasse et Lander Gyselinck aux drums s’entendent à merveille pour encore faire avancer l’art du trio. L'art de tendre la musique au maximum, de l'amener toujours plus loin, jusqu’à la limite de la cassure. Rythmiquement c'est assez passionnant et jubilatoire. Dans les méandres de ces constructions plutôt élaborées, un groove sourd monte inexorablement. Tout en évidence. Presque avec désinvolture.

« Elevator », par exemple, ne cesse d’évoluer, d’accélérer imperceptiblement, puis il dévie abruptement. L’entente entre les trois musiciens est bluffante. Ils sont vraiment connectés et peuvent se permettre toutes les acrobaties. Parfois, la contrebasse joue à l'unisson avec le piano, le temps d'exposer le thème, puis les phrases mélodiques se découpent, comme cassées par le jeu tachiste de Lander Gyselinck. C’est fin, nerveux, dégraissé jusqu’à l’os.

LABtrio fusionne l’intellect et le bestial.

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Même si « Ihor » semble plus abstrait, la musique n’en est pas moins limpide. Et que dire alors de ces thèmes de Bach dans lesquels l'improvisation prend tout son sens… On sait que musique baroque, à l'époque, était propice aux improvisations et notre trio nous le rappelle ici de façon brillante. Si la musique évolue dans une sphère proche de celles des Vijay Iyer, Craig Taborn voire même de Kris Davis, l'univers de LABtrio est vraiment personnel. À la fois avant-gardiste et terriblement accessible. Ces trois-là ont un son, une respiration, un timbre bien à eux. « Mental Floss » claque et électrise, « Low Fat » ne manque pas d'humour ni de détachement. Quant à la version de « Twin Peaks », elle est d’une sobriété et d’une intensité hypnotisantes.

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LABtrio malaxe la musique, la sculpte, la fait vivre puis l’arrête, la suspend pour mieux la catapulter. Les musiciens se suivent se relaient, s’accrochent, se propulsent. LABtrio ne se cache derrière aucun artifice et développe un langage bien à lui. Autant de spontanéité et d’inventivité distillées dans des compositions plutôt complexes et tissées de façon aussi précises, forcent l’admiration. Du très haut niveau.

Et ils n’ont que dix ans !

 

A+

Merci à ©Roger Vantilt pour les images

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04/03/2017

Raffaele Casarano et Mirko Signorile duo au Sounds

Voilà des mois que je n'avais plus mis - bien malgré moi - les pieds au Sounds. Vendredi 24 mars, j’avais enfin trouvé le temps et l’occasion pour aller revoir Sergio et Rosy – et goûter les excellentes pâtes maison, bien sûr - mais aussi pour y écouter Raffaelle Casarano (que j'avais récemment vu au Tournai Jazz Festival avec Manu Katché).

mirko signorile,raffaele casarano,sounds

Le saxophoniste italien vient de publier un nouveau disque, « Medina », avec son quintette mais aussi avec l’Orchestra Sinfonica Tito Schipa. Mais un orchestre symphonique, c’est un peu grand à faire rentrer dans un club. Alors, comme il a l’habitude de le faire à travers l’Europe, c’est en duo avec le pianiste Mirko Signorile qu’il présente la plupart des morceaux du disque (que je vous recommande, si vous aimez le lyrisme, l'humour, la fraîcheur… et les cordes). Décision radicale, mais payante.

Il y a du monde ce soir et l'ambiance est chaude. Pour capter l’attention du public, le saxophoniste et le pianiste entament un long morceau introspectif et atmosphérique.

La musique évolue par cycles et les nappes mélodiques s’enrichissent au fur et à mesure.

Puis on enchaîne dans un tout autre style avec un « My Romance » aux accents bop bien trempés. Mirko Signorile en profite pour développer un jeu plus tranchant et percussif. Puis on repart dans plus de lyrisme.

Casarano utilise avec parcimonie une pédale reverb, à la manière de Paolo Fresu, qui donne beaucoup de profondeur et de relief à un son parfois éthéré. Son jeu est parfois feutré mais aussi parfois très pincé, un peu à la Jan Garbarek. On pourrait d’ailleurs presque imaginer des musiques plutôt nordiques, dans l’esprit, que latines, s'il n'y avait pas la pulse et le phrasé chantant de Signorile au piano. Pourtant, les compositions de Casarano sont souvent lyriques et chantantes. Dans chacune d’elles, on sent poindre rapidement une mélodie pleine de romantisme. Les histoires qu'il raconte sont assez imagées. « L’istrione » ou « Un amico immaginario », par exemples, faites d'accélérations ou de décélérations souples, hésitent entre les sentiments lumineux et sombres. L’équilibre est toujours bien dosé, entre une larme et un sourire, comme disait l’ami Toots.

Le second set est un peu plus nerveux avec « Ballatta per Bodini », qui commence en douceur pour se terminer de façon plus exaltée, ou encore avec la reprise d’une chanson pop de Pino Daniele. Et comme l’ambiance monte, et qu'il n'a pas d'orchestre symphonique sous la main, Casarano fait participer le public et l’entraine à fredonner la mélodie de « Click clock ». Une belle façon de donner un dernier coup de légèreté dans un concert fait de douceur et tendresse.

 

 

 

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22:40 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mirko signorile, raffaele casarano, sounds |  Facebook |

21/02/2017

Orchestra Nazionale Della Luna - au Marni

Orchestra Nazionale Della Luna est né d’une rencontre entre le saxophoniste Manu Hermia et le pianiste finlandais Kari Ikonen, un peu par hasard, quelque part en Suisse. A eux, se sont ajoutés le batteur Teun Verbruggen et le contrebassiste français Sébastien Boisseau. Un mélange explosif et de haut vol qui ne vient, malgré ce que le nom peut évoquer, ni de la lune, ni d’Italie. Quoique.

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Ce soir dans un Théâtre Marni bien rempli (qui devait pourtant faire face à Mehldau à Bozar et à Pierani et Wollny à Flagey !), tout a commencé par une sorte d’indicatif comme on en entendait dans les cirques d’antan. Nerveux, fellinien, bourré d’énergie et de changements soudains de tempo et de métriques ! C’est sûr, nous voilà embarqués sur une autre planète !

Nos quatre musiciens se donnent pour objectif d’ouvrir au maximum la musique, d’en repousser les limites, de s’écouter, de dialoguer, d’explorer et de prendre les compos de l’album comme un simple point de départ.

« Karibou » et son rythme chaloupé, introduit à la flûte, invite à l'improvisation. Kari Ikonen insuffle d’étranges mélodies psyché au Moog tout en s’accompagnant au Fender Rhodes.

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Puis, c’est « Luna 17 B », inspiré des missions spatiales russes des années ‘70.

On flotte d’abord entre mystère et atmosphères spectrales avant que la musique ne s’éparpille par petits morceaux. Ici ou là, on récupère une mélodie lointaine et perdue. Par bribes, elle se forme, s’agglomère, prend du volume. La contrebasse de Boisseau semble donner une direction mais la batterie de Verbruggen brouille les pistes, le soprano d’Hermia part en éclaireur avant que Ikonen impose la pulsation qui remet tout le monde sur le chemin. L'histoire, racontée en pointillée, est fascinante.

« Begemot » s'appuie sur des percus instiguées par Boisseau et Verbruggen qui propulsent Ikonen dans un jeu quasi bop moderne. Le groove se précise, la respiration s'accélère, le moog siffle, le sax monte en puissance. Boisseau fait rebondir les sons sur sa contrebasse, joue pizzicato, frappe la caisse, pince ou fouette les cordes en parfait accord avec le jeu incisif, dépouillé et inventif de Verbruggen.

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Ce quartette retourne à l'essence même du jazz, c'est à dire en partant de (presque) rien pour bâtir un dialogue, un rythme et s'en amuser. Chaque morceau est propice aux impros, aux échanges d’idées. On deviendrait fou à l’écoute d’ « Anastasia Anastasia Sian » qui part dans tous les sens. On sent du John Coltrane, mais aussi des influences de jazzmen bien plus actuels, Shabaka Hutchings ou Rudresh Mahanthappa en tête.

« Nostalgie d’un absolu » est plus onirique et calme… avant la dernière tempête... « Truth », enfle jusqu'à l'explosion et s’offre en bouquet un final hallucinant !

Voilà un quartette bien dans son jazz, bien dans sa tête, bien dans son époque… Mais, finalement, ne viendrait-il pas d’une autre planète quand même ?

 

 

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les photos

20/02/2017

Tournai Jazz Festival 2017

Privé des habituelles salles de la Maison de la Culture, à cause de travaux, le Tournai Jazz Festival se devait de trouver un nouvel endroit pour sa 6ème édition. Quand on sait que les salles de spectacles ne sont pas légion dans cette ville, ce n’était pas gagné.

Face à l’adversité, certains auraient jeté l’éponge, mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme débordant d’une équipe de bénévoles dévouée au jazz et à la bonne cause (rappelons que la plupart des bénéfices sont reversés, via le Fifty One Club, aux plus démunis).

C’est donc en plein centre de la ville, sur la Grand Place, que le festival s’est installé. Et pour cinq jours ! D’une part sous le beau chapiteau du Magic Mirrors et d’autre part à la Halle aux Draps. Le résultat : carton plein ! Le public tournaisien – et même celui venu de bien plus loin - a répondu présent, et le festival a affiché complet du mercredi au dimanche.

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Comme chaque année, les organisateurs avaient alternés concerts de groupes locaux, belges et internationaux. Ce sont les français de Polvèche Quintet qui ont d’abord partagé la scène avec les tournaisiens d’Uncle Waldo et de Glass Museum.

Le lendemain, c’est l’Âme des Poètes qui a émerveillé le Magic Mirrors avant de laisser la place, à la Halle aux Draps, à CharlElie Couture. C’était, pour ce dernier, le seul et unique concert en Europe. Concert bien légitime dans le cadre de ce festival , quand on connaît l’excellent album blues « Lafayette » que le célèbre chanteur français, expatrié à New York, vient de sortir. Et, en trio, ce soir, on peut dire qu’il a conquis tout le monde.

En fin de soirée, Récital Boxon, emmené par la chanteuse Maïa Chauvier, bousculait un peu le public avec ses chansons engagées à la poésie incisive, dans un mélange de jazz, de folk, de rock et de spoken words. Un groupe à suivre.

Vendredi, déjà le troisième jour !

Le Magic Mirrors est l'écrin idéal pour la musique scintillante, groovy et poétique de Lorenzo Di Maio. Le quintette du guitariste a sorti un premier album (Black Rainbow) très réussi qui a été salué par une presse belge et internationale unanimes. Ce soir encore, le groupe démontre tout son potentiel et ses qualités. Du groove d'abord avec « Lonesome Traveller », puis le nerveux « No Other Way » dans lequel Nicola Andrioli (p) et Jean-Paul Estiévenart (tp) surenchérissent de maestria. Les doigts du pianiste s'affolent sur le clavier pour provoquer le trompettiste qui n'attend que ça. Estiévenart invente, malaxe, tord, étire et hache les notes avec un appétit féroce. « Black Rainbow » ou « Détachement », tout en douceur et en esprit americana, laissent divaguer la guitare chaude et languissante de Di Maio, soutenue par la basse sensuelle de Cédric Raymond. On ressent chez ce denier le côté multi instrumentiste qui lui permet de sortir des plans auxquels on ne s’attend pas. Il joue vraiment avec le groupe. C'est un peu pareil pour Antoine Pierre aux drums, qui découpe, précède ou construit, presque abstraitement, les thèmes en gardant une pulsation précise. Avec le très milesien « Open D », boosté par un intenable Nicola Andrioli au Fender Rhodes, suivi du jubilatoire « Santo Spirito », Lorenzo Di Maio Quintet conclu un concert de grande efficacité.

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Le temps de traverser la Grand Place et nous voilà à la Halle aux Draps. Soulignons le travail remarquable sur l’acoustique faite par toute l’équipe de techniciens de la Maison de la Culture. Pas facile, en effet, de sonoriser la cour intérieure couverte, d’un édifice tout en pierres datant de la Renaissance. Mais l’endroit est sublime et se prête, ici aussi, merveilleusement bien à la musique toute en atmosphère d'Anouar Brahem. Le oudiste, accompagné par Björn Meyer à la basse, Klaus Gering à la clarinette basse, François Couturier au piano et par l’Orchestre de Chambre de Wallonie conduit par Frank Braley, entame un long morceau contemplatif dont il a le secret. Le tunisien reprend principalement le répertoire de son album « Souvenance », sorti chez ECM en 2015. La basse électrique, au son très mat, fait écho au oud, léger comme le vent. Tandis que les cordes déroulent un tapis ondulant et mouvant, la clarinette basse sonde les mystères de la mélancolie. Le piano quant à lui, dialogue sobrement avec l’orchestre et amène une pointe de fraîcheur. Nous sommes à la croisée de la musique arabe, du jazz et du classique. Quelques rares interludes improvisés des solistes permettent les transitions bienvenues entre les morceaux qui, malgré leur éblouissante écriture, semblent parfois s’étaler juste un peu trop. On voyage dans un grand paysage harmonique, jamais grandiloquent ni étouffant, on plane et on se recueille presque. Il faut remarquer et saluer aussi la qualité d'écoute d’un public subjugué, respectueux, attentif et très enthousiaste. Ce qui est toujours agréable.

La transition est parfaite entre la musique d’Anouar Brahem et celle de Quentin Dujardin et Ivan Paduart, qui présentaient « Catharsis » en quintette, dans un Magic Mirrors noir de monde. Ici aussi, il s’agit de tirer un trait d'union entre la musique méditerranéenne, défendue par le guitariste, et le jazz plus affirmé délivré avec vigueur par le pianiste. Au duo de base, s’ajoutent le magnifique trompettiste Bert Joris – qui vient de sortir une perle avec le BJO - le bassiste électrique Théo de Jong et le batteur Manu Katché. Ici, c’est le groove et le swing moderne qui prennent rapidement le dessus. « Délivrance » puis « Far Ahead » donnent le ton. Les échanges sont vifs mais nuancés. « Retrouvailles » est plus intimiste et la guitare de Dujardin est bien mise en avant. Le jeu est fin, équilibré et brillant. Tout comme Paduart, Dujardin ne cherche pas nécessairement les accords complexes, du moins en apparence, mais essaie toujours de faire passer l'émotion au travers d’un jeu subtil et vivant. Associés au son enrobant mais toujours limpide de Bert Joris, les morceaux délivrent toutes leurs saveurs, à la fois épicées et sucrées. Entre Manu Katché, au jeu sec et tendu et Ivan Paduart, plus aérien mais aussi parfois très percussif, l’entente est parfaite. La musique bouge, se transforme, se déplace. Le jazz se mélange aux rythmes hispanisants et dansants, voire funky, comme sur un « Human Being », par exemple, dans lequel Théo de Jong fait éclater tout son talent avant que Katché ne conclue la soirée d’un solo époustouflant.

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Samedi, ça ne fait que commencer !

Le pari était plutôt osé de programmer le premier concert de samedi à 15 h30. Mais, bonne surprise : même si le Magic Mirrors n'est pas rempli au début du concert, il se comblera très vite pour accueillir le Heptatomic de Eve Beuvens ! Voilà qui confirme une réelle curiosité et un engouement certain du public tournaisien pour le jazz. Au fil du temps, le projet de la pianiste a pris du corps. A l'esprit migusien qui en avait surpris plus d'un lors de sa création au Gaume Jazz en 2013, Heptatomic semble y avoir ajouter une pointe George Russel, de Lennie Tristano ou même peut-être de Gunter Shuller. Toutes ses influences, conscientes ou pas, nourrissent un jazz moderne, acéré et franchement jubilatoire. La musique est angulaire mais ne manque certainement pas de swing. Elle rebondit, elle fonce, elle attend, elle recule pour mieux sauter. Et c'est tout bonus pour les solistes. Sam Comerford (ts), Grégoire Tirtiaux (as) et Jean-Paul Estiévenart se relaient tour à tour pour emmener la musique toujours plus loin. Benjamin Sauzereau inocule l’ensemble de riffs diaphanes dans un jeu très personnel, quant à Manolo Cabras, faisant claquer les cordes de sa basse et Lionel Beuvens à la batterie, ils assurent une rythmique des plus efficaces. Mélangeant nouveaux et anciens thèmes, Eve Beuvens et sa troupe arrivent à capter l'attention du public et à rendre toute cette émotion, énergique ou fragile, avec assurance. Bien équilibré et bien pensé, entre complexité et sensibilité, le set se prolonge par un rappel auquel Eve elle-même ne s'attendait pas, prouvant ainsi la qualité du projet et l’intérêt du public pour celui-ci.

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Vers 17h30, la Halle aux Draps a fait le plein pour accueillir le duo du pianiste Jacky Terrasson et du buggliste Stéphane Belmondo. Ceux-ci présentent le très intimiste album « Mother » sorti l'année dernière. Entre ballades originales et standards, joués sobrement et avec une pointe d'humour, la musique berce l'auditoire avec bienveillance. Il faut un petit temps pour que le concert trouve sa voie, mais quand l'inspiration vient, on sent les deux musiciens totalement complices. Ils n'hésitent pas à parsemer les thèmes de citations. Ils déconstruisent et remontent à leur façon des airs que l’on connaît presque par cœur. Le duo mixe les moments de mélancolie et les moments de totale désinvolture. Le jeu de Terrasson est à la fois romantique et rythmiquement ferme. Belmondo n'hésite jamais à désamorcer la tension qui risquerait d’envahir un peu trop la musique. Du coup, après l’émouvant « You Don’t Know What Love Is » et surtout « La chanson d’Hélène », délivrés avec une sensibilité à fleur de peau, « Les valseuses », « Fun Key » ou encore « Pompignan » se dégustent avec un plaisir non feint.

Sur les coups de 19h 30, la salle est archi comble lorsque Kyle Eastwood monte sur scène. Le démarrage est explosif et ne donne aucun doute sur l'objectif de la musique que le contrebassiste défend. « Proceco Smile » et « Bullet Train » déboulent avec furie. C’est clair, Eastwood veut, comme il le dit lui-même, payer son tribu à la musique des années ‘50, celle des Blakey, Morgan et Silver. Loin d'en faire une simple copie, Eastwood et ses compagnons insufflent un son bien actuel et décomplexé. Quentin Collins à la trompette et Brandon Allen au sax se relaient pour faire monter l’intensité. Ça y va à l'énergie. Franck Agulhon fouette et frappe dans un pulse toute maîtrisée ses fûts, tandis qu’au piano, Andrew McCormack distille des phrases bop bien senties. Le leader impressionne aussi dans son jeu à l’archet, sur « Marrakech » notamment. On le préfèrera à la basse acoustique qu’à l’électrique, qui est pourtant son instrument de prédilection. En effet, la version de « Dolphin Dance » un peu trop respectueuse et « Letter From Iwo Jima » en duo basse électrique et piano, font légèrement baisser l’enthousiasme. Après ce passage un peu plus faible et d’autres moments presque trop pop, le groupe reprend des forces avec « Caipirinha » et un « Big Noise From Winnetka » enflammé. Quant au « Boogie Stop Shuffle » en rappel et entamé en solo, il sera concis, direct et intense comme on l’aime.

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A son tour, Manu Katché a fait salle comble et a soigné la mise en scène. Arrivée de star dans la pénombre tandis que le groupe entame l’intro d’ « Unstatic », du nom du très bon album sorti récemment. Comme sur le disque, Katché suit fidèlement l’ordre des morceaux. Il laisse juste l’espace qu’il faut aux saxophonistes, Raffaele Casarano et Torre Brunborg, pour improviser. Jim Watson se partage entre le piano et le Fender, distillant des notes plus soul. Quant à Jérôme Regard, il assure avec fermeté un tempo solide. Il faut quand même laisser à Manu Katché un style et un son particuliers, reconnaissables entre cent. Sa façon de faire sonner les cymbales, de redoubler les coups sur les caisses claires et les toms, tout en gardant un gros son bien marqué, est assez unique. « City », Blossom » ou « Daze Days » défilent. Le groupe reste assez proche des mélodies, très écrites, enregistrées sur l'album. Cela en rassure certains et laisse un petit goût de trop peu à ceux qui aiment les surprises. Mais en rappel, l’éternel « Cherokee » permet à tous de vraiment se lâcher. Et c’est bon ! Trois rappels se succèdent alors pour combler un public très enthousiaste.

Et comme si cela ne suffit pas, le festival a encore prévu un concert ! Il est près de minuit quand le Nu Jazz Project du trompettiste François Legrain monte sur la scène du Magic Mirrors qui ne désemplit pas. « Do You Know Where You’re Coming From ? », « Siegfried », « Keep Me In Mind » s’enchainent. Le public est toujours là et danse sur les rythmes jazz, drum ‘n bass et hip hop du collectif. Le mélange fonctionne assurément bien. Les cuivres sonnent ( Dominique Della-Nave au trombone, Maayan Smith au sax), le drumming de Sylvio Iascio est puissant, DJ Odilon crache les scratchs, soutenu par Brieuc Angenot à la basse. Quant à Dorian Dumont au piano électrique, il s’immisce entre les voix de Soul T et Angela Ricci qui assurent un flow parfait.

 

Come Sunday.

Pour les insatiables et les lève-tôt, l’organisation avait prévu, dès 11h du matin, une série d’animations et de concerts gratuits ! A commencer d’abord par une évocation de Boris Vian, puis des concerts des élèves du conservatoire de Tournai. Vers 16h. c’est le big band JMO, sous la houlette du jeune pianiste Gilles Carlier, qui propose ses compositions originales et des standards peu joués, dans des arrangements qui ne craignent pas la sophistication. Plutôt osé pour un band d’amateurs. Mais le travail et l'audace paie. On remarquera ainsi quelques bons solistes tels que le saxophoniste Thomas Van Ingelgem sur un « Chronométrie » assez complexe, un trompettiste sur « Walkin' Tiptoe » de Bert Joris ou encore l’excellente chanteuse Sarah Butruille, sur « Avalon » de Natalie Cole, entre autres.

Et pour conclure ces cinq jours intenses, Fabrice Alleman met un point d’honneur à offrir un concert sublime et sans faille, malgré un léger problème technique et une courte panne qui prive le chapiteau de lumière, mais pas de musique, pendant quelques minutes. « Obviously » est sorti en 2013 déjà, et ne cesse de bonifier. Ce projet qui allie jazz sensuel et rythmes groovy n’oublie pas la tendresse dans les compositions magnifiées par le jeu aérien et à la fois déterminé de Nathalie Loriers. « Regard croisés » se développe tout en douceur et volupté. « Suite Of The Day » qui se décline en trois parties reste un must du répertoire d’Alleman. Le sax se déploie, crie puis s'amuse et laisse la place au Fender Rhodes, très soul et groovy, de Nathalie Loriers. Et le final, plus funk jazz et un peu canaille, embrase la salle. Lionel Beuvens et Reggie Washington assurent une rythmique parfaite. « Take It As It Is », en duo piano/soprano, et même sifflée, est une ballade sensible et romantique d’où s’échappent de belles notes bleues. Pour terminer, « Open Your Door », rageur et revendicatif, et « Crazy Races », tendu et galopant, vont titiller les limites du « out ». Ces nouveaux morceaux donnent encore plus de corps à un projet qui mêle humanisme et rage, bonheur et inquiétudes. Et qui devrait continuer à évoluer.

Une fois de plus, le Tournai Jazz festival a tenu toutes ses promesses. Il y en a eu pour tous les goûts ! C’était un cadeau pour ceux qui ne connaissaient pas le bon jazz, ou s’en faisait une fausse idée, et pour ceux qui ne jurent que par lui.

On se donne déjà rendez-vous en 2018 avec le même plaisir et la même gourmandise.

 A+

Photos : © JC Thibaut

 

04/01/2017

Malcolm Braff Trio à l'Archiduc

On n'a pas souvent l'occasion de voir et d’entendre Malcolm Braff en Belgique. Qui plus est en trio ! Ce pianiste m’a toujours impressionné, que ce soit avec Erik Truffaz, Samuel Blaser ou avec ses amis africains et autres. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Stéphane Galland (et son projet LOBI) au Jazz Middelheim en 2013.

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Ce dimanche soir (le 18 décembre), il était à l’Archiduc avec Reggie Washington (eb) et Lukas Koenig (dm).

Ce trio existe depuis cinq ou six ans déjà mais n'a pas joué très souvent, ou, en tous cas, trop rarement, malgré l’enregistrement d’un album sorti chez Enja Records en 2011 et qui, je l’avoue honteusement, m’avait échappé.

Malcolm Braff, c’est un jeu intense, sec et puissant. Toujours à la recherche - souvent en tous cas – d’une rythmique percussive. Avec lui, les sons claquent et les phrases sont courtes, précises, concises, presque sèches. Pourtant, même quand il bloque les cordes, cela ne l'empêche pas de dessiner des paysages harmoniques pleins de brillance. C'est un des paradoxes qui font sa personnalité.

Avec ce trio, les tableaux qu’il propose grouillent d'une foule de personnages invisibles, de ciels changeants, de vents chauds, de courses échevelées, de rage, de folies et de poésie. Avec Reggie Washington, qui module chacune de ses lignes de basse, qui pousse, anticipe et fait bouillir l'ensemble, et Lukas Koenig qui groove un maximum en alternant les break, les accélérations et les temps suspendus dans un jeu hyper sec et tendu, Malcolm Braff invente, s’envole, s’échappe.

Il y a une dynamique incroyable entre les trois musiciens. Il faut entendre comment ils découpent « Poinciana » (ou du moins un thème qui lui ressemble), comment ils le réinventent, le malaxent, le tordent. La musique est très ouverte et laisse des espaces immenses à l’improvisation que chaque musicien utilise avec intelligence et maîtrise. Plusieurs fois, on se demande comme ils (et surtout Braff) choisissent leurs notes. La musique est toujours là où on ne l’attend pas : elle est surprenante, puissante, déterminée.

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Braff joue avec le jazz comme un ours joue avec une souris. Il en fait ce qu’il veut. Il introduit quelques citations de « A Love Supreme » par-ci ou prend des chemins de traverses par-là. Comme sur « Berimbau » (de Baden Powell et Vinicius de Moraes), retravaillé façon soul et reggae (je sais, ça n’existe pas, et pourtant je l’ai entendu !). Et puis le trio est innervé par un funk souterrain de Reggie Washington, qui n’a pas son pareil pour faire onduler la rythmique. « Sexy M. F. » de Prince (mélangé à quelques riffs de « Sex Machine » de James Brown) nous emmène sur des routes accidentées et des dérives hallucinantes. Chaque morceau monte en puissance. Toujours. On passe des paliers que l'on n'ose imaginer. Rien ne nous laisse indifférent. Surtout pas ce blues introspectif (« Empathy For The Devil » ) dans lequel on pourrait entendre des échos d'un Lennie Tristano, bourré d'âme, de sang et de larmes. La musique fait feu de tout bois et passe de l’Afrique au Brésil, du blues au funk, du jazz contemporain à la musique des îles, celle qui n'est pas édulcorée, celle qui a vécu, celle qui est charnelle, voire brutale. Quelle claque, quel bonheur !

Ce trio possède un son hors du commun et une énergie débordante qui donnent une pêche incroyable.

Braff, Washington et Koenig, c’est une certaine façon d'envisager le trio jazz. Et il est urgent de l’entendre.

Dire que j’aurais pu passer à côté de ça ! A revoir vite !

 

 

A+

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01/01/2017

Chris Joris & Family in Mechelen

C’est tout de blanc vêtu que le maître de cérémonie monte sur scène, entouré de ses enfants (Yassin, Saskia et Naïma) et de ses amis, (Free Desmyter, Bart Borremans, Christof Millet, Lara Roseel et Sjarel Van den Bergh) qui font quasiment partie de la famille aussi.

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Chris Joris est fier et heureux – et c’est bien légitime – de présenter au public du CC Mechelen, ce samedi 17 décembre, son tout dernier bébé : Home And Old Stories (De Werf). Un album généreux et éclectique, rempli de musiques influencées par un parcours personnel riche mais aussi par celui de ses enfants. On touche au blues, à la musique africaine, au folk, à la pop et au jazz bien sûr. Aussi diversifié qu’il soit, ce projet garde une belle ligne de conduite, un fil rouge fragile, subtil et plein d’âme, qui le rend plus qu’attachant.

On connaît Chris leader, percussionniste parmi les percussionnistes, sideman des plus grands, chroniqueur, artiste peintre, philosophe aussi sans doute, figure emblématique du jazz belge et, sans conteste, l’une des fiertés de Malines. Le concert, organisé par Jazzzolder, a donc fait salle comble !

Accompagné à l’harmonica par Sjarel Van den Bergh, Chris entame une impro au likembe. L’Afrique et blues se mélangent pour rappeler ce que sont les vraies racines de la vraie musique. Et puis c’est parti, avec une certaine désinvolture, une dose de légèreté, un peu d’insouciance et un vrai sens du partage pour deux beaux sets de musique vivante.

« My Way », chanson incantatoire nous tire vers le haut, « Brocante » vacille entre milonga, bop et musique afro cubaine. Bart Borremans tire des pleurs et des rires de son sax et la marche éthylique nous amène vers un thème joyeux, permettant à Free Desmyter de lâcher des impros grondantes et volubiles. Chris passe des congas à la batterie puis au berimbau… Le programme semble changer suivant l'humeur du leader dans un joyeux et tendre bordel. C'est un vrai concert en famille auquel nous sommes invités.

Chris laisse beaucoup de libertés à chacun de ses musiciens. Il leur fait confiance. C’est réciproque et cela ressent dans la musique. Alors, il y a « Both Sides Know », superbe et touchant morceau de Joni Mitchell, magnifié par Naïma Joris, chanteuse exceptionnelle et magnétique. Avec détachement et simplicité, sans aucune gestuelle exagérée, maîtrisant admirablement une voix chaude et légèrement brisée, elle met au premier plan les vraies émotions. Frissons garantis. Et les bonheurs s’enchaînent, avec un Monk revisité et déglingué, avec « Far Away » - chanté avec délicatesse par Yassin Joris – qui montre qu’il n’est pas seulement qu’un excellent et inventif guitariste. Un peu avant la pause, il y aura encore un thème, nouveau et vénéneux, dans lequel on perçoit une touche de Pharoah Sanders dans le jeu enflammé de Borremans. Ensuite « Eventide » qui met en avant la basse profonde de Lara Roseel, puis l’envoûtant « Grinnin’ In Your Face », puis des joutes entre percussionnistes, des moments plus rock, d’autres plus roots… Et toujours plein de plaisir à partager.

Comme il faut se laisser le temps de se laisser prendre par le disque, afin de profiter de toutes ses richesses, il faut se laisser porter par un concert de Chris Joris. Lui faire confiance. C’est simple, ça vous rentre dans la peau et ça fait un bien fou.

A+

 

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13/11/2016

Tout Finira Bien - album release à la Maison Horta

Ambiance particulière ce 11 novembre pour un concert particulier d'un groupe non moins particulier : Tout Finira Bien. J’avais déjà parlé de ce quintet à l'époque (en 2012, lors d’un concert à la Jazz Station). Depuis, le groupe, emmené par le charismatique et lunaire Gilles Bourgain, a fait du chemin, silencieusement, doucement. Il a été lauréat de la Biennale de la Chanson Française fin 2014 et s'amuse toujours à défendre une certaine chanson française, un poil sarcastique, légèrement désuète, mâtinée de jazz et de folklore inventé. Il sort actuellement son second album, Au Cœur, chez Igloo.

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Toujours en recherche de différence, Tout Finira Bien a choisi la Maison Horta pour le concert de lancement. Ambiance étrange donc, entre retenue et respect, lorsque les musiciens accueillent dans le salon de musique, le bien nommé, le public qui se serre entre embrasures, colonnettes et arabesques de la salle à manger. « Magnificence » et « Au-delà des aléas » nous réchauffent un peu, puis, tout le monde se disperse pour profiter d’une visite guidée de la maison, tandis que la musique l’envahit.

Au détours des pièces, on retrouve ici Stephan Caracci au xylophone, là Jordi Grognard et Yann Lecollaire aux saxes, ailleurs Simon Tailleu à la contrebasse et, bien entendu, Gilles Bourgain qui déclame ses histoires étranges. Les morceaux de l’album se déclinent en solo ou duo et prennent possession des lieux par petites touches. L'atmosphère se détend. On a pris ses aises, on se sent chez soi.

Alors, on rejoint l’atelier du Baron Horta pour un concert «presque normal». Cette fois-ci, tout le monde est assis et le groupe est réuni. Et Tout Finira Bien nous offre ses petites perles : un « Juste avant » désabusé, un « Cimetière de mots d’amour » délicatement douloureux, un très drôle « Tout petit », un « D(é)rive » énigmatique et répétitif, un « Tom » lucide et acerbe ou encore un « Rosa » poétique…

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Bourgain joue avec le monde et les mots qu’il tord, fait s'entrechoquer ou rebondir, tandis que les saxes virevoltent avec douceur (façon jazz de chambre) ou rage (clin d’œil furtif à Sanders ou Shepp). La contrebasse entretient le mystère, les arrangements sont ciselés, surprenants et parfois désarçonnants. Si la musique est souvent mélancolique, voire sombre, elle ne manque pourtant jamais d’une pointe d'humour qui permet de prendre un peu de recul. La force de ces histoires permet de pallier à la voix parfois peu assurée du chanteur. Mais c’est aussi cela qui fait son charme (un peu Boris Vian, un peu Albin de la Simone).

Et pour conclure cette soirée un peu hors du temps, le groupe présente trois clips vidéo - que l'on verra bientôt - qui correspondent, eux aussi, à l’univers décidément personnel et très attachant de Tout Finira Bien.

A (re)découvrir et à savourer.

 

 

A+

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19/09/2016

Charlier Sourisse Hertmans à l'Archiduc

C’était le troisième concert du trio Charlier Sourisse Hertmans.

Le troisième et le dernier. Pour l’instant !

En effet, après l’avoir écouter à l’Archiduc ce dimanche soir, on est en droit de se demander pourquoi l’aventure devrait s’arrêter là ? Et, entre nous, nos trois compères se posent la même question. Il se pourrait donc bien qu’il y ait une suite… On s’en réjouit déjà et on croise les doigts.

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On ne présente plus André Charlier (dm) ni Benoit Sourisse (orgue), l’une des rythmiques les plus infernales de l’hexagone. C’est bien plus qu’une rythmique d’ailleurs. Le duo joue ensemble depuis plus de vingt ans et a porté (et plus encore) les musiques de Didier Lockwood, J.J. Milteau, Captain Mercier, Michel Petrucciani, Jean-Marie Ecay ou Olivier Ker Ourio, pour ne citer que ceux-là… Autant dire que pour Peter Hertmans (doit-on aussi le présenter ?… Ode For Joe, Jean-Pierre Catoul, Greeting From Mercury, BJO, sans oublier son quartette…) c’est une aubaine formidable.

Le guitariste ne se fait donc pas prier pour plonger à pieds joints dans un très vitaminé « I Should Care » puis un « Something You Said », de son cru, tout aussi relevé.

André Charlier fait bourdonner ses fûts en mélangeant baguettes et balais, laisse résonner longuement les cymbales, fait claquer les rimshots… Ça sonne « profond ». Sa frappe est sèche, précise et déterminée. Ici, on ne se cache pas ! De son côté, Benoît Sourisse accentue les lignes de basse et fait s’envoler les harmonies. Il dose avec aisance la virulence et la douceur.

« How My Heart Sings » swingue fébrilement et rappelle que, même sous la mélancolie légendaire de ses ballades, Bill Evans swinguait méchamment, ce que l’on a tendance à oublier un peu vite. Ici, dès l’intro, l'évidence saute aux oreilles. Ça balance et ça groove. Mais ça voyage aussi, car ce thème est sinueux et vallonné, avec de douces accélérations et des suspensions tendues. De Bill Evans, il en est encore question avec « Tomato Kiss », écrit par Larry Schneider, qui figure sur l’album « Affinity » enregistré avec le regretté Toots Thielemans. Peter Hetmans démontre ici qu'il sait, lui aussi, faire monter la température. Il enchaîne les chorus avec frénésie et virtuosité. Quant à Sourisse, une fois encore, il ajoute un supplément de soul et enflamme l’ensemble dans un discours toujours plus élaboré, touffu et vif. Dans une telle frénésie, Charlier ne peut que faire éclater le final dans un solo fabuleux, très découpé et très imaginatif, sur un ostinato obsessionnel du guitariste. La claque !

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Le second set démarre sur chapeaux de roues avec un « Gravé dans la cire » de feu et un « Inner Urge » d'enfer. La rythmique maintient la pression, les lignes de basse de Sourisse, décidemment intenable, pousse Peter Hertmans à être encore plus incisif. Et Charlier monte en puissance avec toujours autant de lisibilité et de précision.

Alors on calme un peu le jeu. Le tempo chaloupé de « La belle Hélène » (de Kenny Wheeler) montre un Hertmans plus blues folk, presque « naturaliste », comme sur « Streched Nude ».

Et puis c’est reparti. « What Is This Thing Called Love » ( ?) est tonitruant et son final surprenant est plein de rebondissements. On mélange blues, jazz et presque du rock. Jusqu'au bout, jusqu’à la dernière note, le trio ne lâche jamais rien. Le plaisir est communicatif, chacun s’amuse à surprendre l’autre et à se découvrir un peu plus à chaque fois. Et jamais ils n'oublient le groove ni le swing. Espérons qu’ils n’oublient pas non plus de se retrouver bientôt et de remettre ça. Nous, on est déjà prêt.

A+

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18/09/2016

Igor Gehenot quartet feat. Alex Tassel - Marni Jazz Festival 2016

Après deux albums et plus ou moins six ans d’existence, Igor Gehenot a décidé de mettre au frigo son trio (avec Teun Verbruggen et Philippe Aerts) pour tenter une nouvelle aventure, en quartette cette fois, avec le batteur luxembourgeois Jérôme Klein, le contrebassiste suédois Viktor Nyberg et le bugliste français Alex Tassel.

Il présentait ce tout nouveau projet ce vendredi soir au Théâtre Marni.

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La salle est plongée dans le noir tandis que les musiciens s’installent. L’ambiance est très « nordique », spectrale et intimiste. Les notes de piano s’éparpillent doucement, en toute légèreté. Le son feutré du bugle vient dérouler un tapis ouaté.

Puis le groupe attaque un « December 15 » dont l’esthétique n’est pas sans rappeler celle d’E.S.T. Cette rythmique alerte et régulière permet à Gehenot de prendre de belles envolées et à Tassel de développer quelques motifs lumineux dont il a le secret.

On replonge ensuite dans une ballade crépusculaire et romantique (« Sleepless Night »), soutenue par une basse mystérieuse et un drumming douillet. On se rapproche un peu des errances milesiennes, nocturnes et légèrement mélancoliques… Une composition du batteur, introduite lestement par Viktor Nyberg, ravive un peu l’ensemble. Mais tout cela reste peut-être un peu trop compact, cela manque parfois d'éclats et de dynamique. Ça « joue tout le temps » et on voudrait (enfin, moi) un peu plus de respirations. Plus d’élan aussi… Igor et ses acolytes semblent encore hésiter entre deux mondes et, du coup, cela reste « simplement » joli, parfois trop attendu, sans trop de prises de risques. Bien sûr, le toucher d'Igor fait mouche, sur « Abyss » ou « Stay Tuned » notamment, et, sur « Stater Kit », quand les nuances sont plus maîtrisées, Tassel peut vraiment s'exprimer.

On sent le projet encore un peu frais, un peu nébuleux, cherchant encore son équilibre et une véritable identité qui se démarquerait plus clairement du trio.

Mais le quartette n'en est qu'à ses débuts - après tout, c’était le tout premier concert - et il aura encore l’occasion de jouer et d’aiguiser son répertoire. On se fera donc un plaisir de suivre son évolution. Cela n’en sera que plus excitant.

A+

Photo : ©Olivier Lestoquoit

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16/09/2016

Lorenzo Di Maio - Black Rainbow - Marni Jazz Festival 2016

Lorenzo Di Maio a le sens de la composition, on vient de s'en rendre compte avec la parution de son tout nouvel, et premier, album personnel Black Rainbow (chez Igloo). Mais il a aussi le sens de la scène.

On s’en est rendu compte lors du « release » concert de ce mercredi soir au Marni. On voit qu’il y a pensé, qu’il l’a mis en scène. Rien de bling bling ni de fake, rassurez-vous, mais une occupation simple et efficace de l’espace et une présence affable et sincère en contact direct avec le public.

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Après un premier morceau (« Détachement »), tout en atmosphère et en langueur, qui permet déjà d’entendre un sublime Nicola Andrioli au Fender Rhodes, le quintette enchaine aussitôt avec « No Other Way », plus incisif, claquant et nerveux, qui permet à Jean-Paul Estiévenart de marquer son territoire.

En deux morceaux, Lorenzo Di Maio a posé les bases de son univers équilibré entre tendresse et entrain, mélancolie et exaltation, sérénité et excitation. Mais cela ne se résume pas qu’à ça : la musique du guitariste n’est pas noire ou blanche, elle se décline en nuances de gris de toutes les couleurs. Et elle est partagée par un groupe d’excellents musiciens et amis qui trouvent tous la possibilité de s’exprimer librement… tout en suivant la ligne de conduite du leader.

Avec « September Song », on découvre encore une autre facette de Nicola Andrioli (allez écouter son jeu débridé avec Manolo Cabras, tendre avec Barbara Wiernik, ou pétillant avec Philip Catherine, et vous aurez un tout petit aperçu des talents de ce pianiste caméléon). Ici, il est virevoltant et inattendu et il attaque « sévère » en gardant toujours une extrême musicalité.

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Sur « Black Rainbow », qui donne le nom à l'album, c’est Cédric Raymond qui profite des grands espaces pour délivrer des solos de contrebasse pleins de tonicité.

Et puis il y a « Lonesome Traveler », construit sur base d’un ostinato qui s'efface au cours du morceau mais qui reste sous-jacent. C’est comme le rythme d’une locomotive qui ne s'arrête jamais et qui promène le groupe au travers de différents sentiments : la joie, l'émerveillement, le doute, l'excitation, la contemplation… Chaque musicien amène son histoire. Antoine Pierre, excellent de bout en bout, joue le chien fou dans un drumming « désarticulé », Cédric Raymond évoque le vent chaud et rassurant, Jean-Paul Estiévenart joue le curieux et l’optimiste, Nicola Andrioli se fait philosophe et sage, quant à Lorenzo Di Maio, il explore, s’émerveille, se réinvente.

On peut sans doute trouver des références à Bill Frisell, mais sur « Open D », par exemple, on trouve aussi des traces de blues et de jazz électrique, un peu comme si J.J. Cale avait rencontré la bande du Miles electric. « Santo Spirito », tissé de métriques complexes, fait d'accélérations et de virages à 180°, de solos fiévreux et d’un final explosif d’Antoine Pierre, rend hommage, lui, à l’oncle du guitariste : le batteur Santo Scinta. On conclura avec un « Back Home » langoureux et, en cadeau un inédit plein de fougue.

Il y a décidément beaucoup de maturité dans ce groupe et beaucoup de sensibilité aussi.

Black Rainbow mélange les influences blues, folk, rock et jazz dans une étonnante cohésion sonore. La musique est riche et variée, mais garde toujours une ligne de conduite bien définie. Même s’il ne se met pas plus en avant que les autres - pour toujours laisser toute la place à la musique - Di Maio possède bien la carrure d’un leader. On s’en doutait déjà un peu, mais on en a la confirmation. Et ce groupe a vraiment un bel avenir.

 

 

A+

Photos : merci ©Olivier Lestoquoit !

 

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15/09/2016

September Jazz à Bruges

September Jazz à Bruges, c'est un peu le mini festival qui lance la saison du jazz à Bruges et du Werf en particulier. On annonce pour cette fin 2016, par exemples, des concerts de Louis Sclavis, Urbex, Aka Moon, Barry Altschul, Joe Fonda, Nathalie Loriers et surtout une Label Night au Concertgebouw avec une pléiade de jazzmen maison (Kris et Bart Defoort, Trio Grande, Schnitzl, Chris Joris, MikMâäk, Steven Delannoye et d’autres encore…).

Mais revenons dans la cour de l'école primaire du Ganzenveer.

L'air est encore doux par cette belle soirée de septembre et il y a vraiment pas mal de monde. Sur la scène, dans le fond de la cour de récré, Too Noisy Fish a déjà entamé son set.

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Peter Vandenberghe (p), Kristof Roseeuw (cb) et Teun Verbruggen (dm) proposent une musique aux structures qui paraissent, si pas complexes, presque chaotiques. Les trois musiciens semblent rebondir et se cogner contre des murs invisibles. La musique vacille entre furie et folie contrôlée. A tout moment, elle peut prendre une autre route. Too Noisy Fish réalise une sorte de raccourci entre un bop effréné et un jazz contemporain aux accents rock non dénué d'humour (et qui n'aurait pas déplu à un certain Zappa) et font aussi références à Spike Jones ou aux musiques de vidéo games. Les arrangements et les effets parfois bruitistes sont très évocateurs et bâtissent des atmosphères qui définissent presque un cadre. Tout est musique et, avec ce jazz parfois très libre, presque abstrait, aux changements de tempos et de directions brusques, les trois musiciens se doivent d’être hyper complices. Ils peuvent ainsi donner vie à « Segmenten » (emprunté partiellement à Charlie Parker) ou entretenir le mystère de « PTMA » (Rosseeuw, excellent à l’archet) dans une dramaturgie sombre et un final rageur. « In Dust We Trust » profite d'un motif répétitif léger, tout en clin d'œil, qui laisse l'impro s'emparer finalement du morceau. Quant aux titres « Turkish Laundry » ou « Defenestration », ils parlent (presque) d’eux-mêmes tant cette musique est imagée.

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Le saxophoniste italien Francesco Bearzatti et son Tinissima Quartet présentent le nouvel album dédié, cette fois-ci, à Woody Guthrie. Après Malcolm X, Monk ou Tina Modotti, le groupe continu à mettre en avant ou à faire revivre la mémoire de personnages qui se sont battus, à leur manière, contre les dictatures, le racisme, le fascisme ou certains dogmes. Avec Woody Guthrie, la musique du quartette prend évidemment de nouvelles couleurs. Bien sûr, le country folk est très présent mais, comme à chaque fois, Bearzatti arrive à englober cela dans l'idiome jazz. Sur ces blues folk, il aménage des plages d'impros dans lesquelles Giovanni Falzone ou Bearzzatti lui-même peuvent laisser libre cours à leur imagination. Le trompettiste en profite un maximum, pour notre plus grand bonheur. Le son est hyper clair et brillant, et Falzone n’est pas avare d'effets growl ou d’effets de langue. Il répond à Bearzatti, va le provoquer, il prend la poudre d’escampette puis revient. Puis ce sont des duels entre trompette et sax où chacun envoie et surenchéri sur des tempos d'enfer. Bearzatti ne demande que ça, il accentue les intervalles, fait grincer son sax ou, au contraire, va fouiller dans les graves comme on creuse le sol gras pour chercher de l'or. Zenno De Rossi fait galoper sa batterie et Danilo Gallo accentue les effets bluesy avec ses cordes « lâches » et très vibrantes. « Dust Bowl », « Okemah », « One For Sacco And Vanzetti » nous font voyager à travers tous les États-Unis et dans toutes les époques. On imagine les étendues arides, brûlées par le soleil de l'ouest américain, on passe du blues au swing en faisant un crochet par le stride et le rock & roll. On pousse presque une pointe jusqu’à la Nouvelle Orléans. L’énergie fait parfois place à des moments légèrement plus apaisés, mais toujours tendus. Si il y a de la rage, il y a aussi des pointes d’amertume, de fatigue et de lamentations… qui redonnent pourtant de l’espoir. «This Land Is Your Land », le morceau emblématique de Guthrie pousse les deux soufflants à se mélanger au public qui chante et clappe des mains. Rien n’est perdu, il faut se battre et il faut fêter ça !

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La fête, c'est aussi Raf De Backer et son soul jazz, en trio avec Cédric Raymond et Dré Pallemaerts. On n’a pas si souvent l'occasion d’entendre Dré dans ce registre (on se rappelle quand même quelques concerts avec Eric Legnini) et il est, ici aussi, merveilleux et d’une efficacité redoutable. Il y a tellement de souplesse, de groove et de nuance dans son jeu, que c’en est presque incroyable. Du coup le jeu de Raf en est presque magnifié. On s'imagine être à l'époque des Ramsey Lewis et Les McCan. Cedric Raymond impose une basse chantante et ferme à la fois. Le toucher de Raf est brillant clair et vif. Sans avoir l'air d'y toucher, tout cela ondule avec sensualité. Il y a du relief dans chacun des morceaux, des nuances de bleu et d’orange. On reconnaît « Oh The Joy », « Joe The Farmer »… On reconnaît... car Raf ne parle pas au public et c’est bien dommage, car cela enlève peut-être un tout petit peu de la complicité que cette musique procure.

Il est tard, il y a encore du monde dans la cour de l’école, on prend un dernier verre et on se promet de revenir très vite du côté de Bruges.

A+

Merci à ©Willy Schuyten pour les photos !

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11/09/2016

Nathalie Loriers, Tineke Postma et Nic Thys au Marni Jazz Festival 2016

Retour au Théâtre Marni pour la troisième soirée du Marni Jazz Festival 2016. Je n’ai pas eu l’occasion d’assister au concert, la veille, de Denise King qui, d’après les échos que j’en ai eu, a mis « le feu » à un show entre jazz, gospel et soul… Tant pis pour moi.

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Ce vendredi soir, l’ambiance est bien plus feutrée, place au trio de la pianiste Nathalie Loriers, Tineke Postma (ts, ss) et Nic Thys (cb).

Tout commence en fragilité et douceur. Les doigts agiles de Nathalie frôlent les touches du piano et égrènent avec sensibilité « Luiza » d’Antonio Carlos Jobim. Tineke Postma effleure à peine la mélodie et joue les respirations avec une finesse remarquable. Entre elles, Nic Thys fait balancer doucement le tempo.

Avec cette bossa triste, c’est comme si on venait de déballer une boîtes de couleurs - des couleurs bien choisies - qui vont nuancer l’ensemble de la soirée.

Nathalie Loriers annonce alors qu’un nouvel album est en préparation, que l’enregistrement est prévu dans les jours à venir et que ce concert est l’occasion de présenter et répéter une dernière fois les nouvelles compositions avant d’entrer en studio. Voilà une bonne nouvelle.

On découvre donc « Everything We Need », une composition inspirée de Lennie Tristano. Tineke Postma expose le thème, tisse les harmonies et emballe les mélodies, puis laisse la place à Nathalie Loriers. Le jeu est d'une extrême clarté. Les notes s'enfilent les unes aux autres sur un swing tout en décalage et en relief. La pianiste n’a pas peur du vide. Il faut dire qu’il y a autant de musique dans ses silences et ses retenues que dans ses accords, et que tout cela renforce indéniablement la tension et la brillance. La musique circule, bouge, s’échange. C’est intelligent et évident à la fois. Nic Thys conclut en reprenant une dernière fois le thème. Il brode, invente et s'envole encore. Tout y est ! C’est un modèle de composition comme on n'en fait plus ! Et, oui, on ressent l’esprit, la science et toute la liberté que donnaient à entendre Tristano, Warne March et Lee Konitz à l’époque... la contemporanéité en plus.

Le trio s’inspire aussi, avec une certaine logique, de Clare Fischer. « And Then Love Comes » se fait mystérieux, sensuel et crépusculaire. Le genre de musique qui tangue et titube légèrement. Une musique dans laquelle on imagine les dernières lueurs d'un bar qui va fermer, une ville presque endormie dans laquelle on a encore envie de déambuler pour ne pas rentrer chez soi où, de toute façon, personne ne vous attend... Ambiance.

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« Take The Cake » est beaucoup plus nerveux et optimiste. Plus bop peut-être. Un peu à la « St Thomas » de Sonny Rollins, aussi. Le piano et le sax jouent au chat et à la souri tandis que la contrebasse entretient les fausses pistes.

« Dansao », qui fait à nouveau un clin d’œil à la bossa, est enlevé et joyeux, tandis que « We Will Meet Again » ramène le trio vers l’introspection et le recueillement.

Oui, ce prochain album promet !

Bien sûr, ce soir, il y avait aussi des morceaux plus anciens, comme ce « Canzoncina » dans lequel Tineke Postma, au soprano, virevolte avec aisance. Une sorte de fausse valse, lumineuse et sinueuse à souhait, faite d’accélérations douces qui amènent les musiciens à improviser sur des chemins inconnus. Puis, il y a aussi une version sublime du « Peuple des silencieux » (morceau qui avait donné le nom à l’album précédent). Cette ballade élégiaque, légèrement triste et d'un romantisme exempt de sentimentalisme appuyé, est tout bonnement sublime. Il y a comme une fatalité, une évidence, dans le discours. Chaque musicien construit vraiment le morceau, aucun solo ne sert de « remplissage » ou ne sert d’espace pour rouler des mécaniques. Ici, tout a un sens. Une belle leçon.

Le trio, et celui-ci en particulier, va vraiment très bien à Nathalie Loriers. On la sent plus libérée que jamais. On sent toute la limpidité du propos et l’objectif de la musique. On sent toute la complicité et le bonheur de jouer ensemble. Et on sent que tout le monde est sur la même longueur d’ondes.

Ça tombe bien, nous aussi.

 

 

A+

Merci à Olivier Lestoquoit pour les images !

 

 

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19:16 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marni, nathalie loriers, tineke postma, nic thys |  Facebook |

10/09/2016

Jef Neve Solo - Marni Jazz Festival

Après la basse, le sax ou la guitare, c'est le piano qui est à l'honneur au Marni Jazz Festival cette année. Et pour donner le coup d’envoi de l’édition 2016, un concert en solo s’imposait. Et Jef Neve était tout désigné.

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Le pianiste belge a roulé sa bosse un peu partout autour du monde, dans diverses configurations : en trio avec Teun Verbruggen et Piet Verbist, en duo avec Pascal Schumacher ou José James, mais aussi en octet avec un band de soufflants (« Sons Of The New World »). Il a aussi écrit pour le cinéma (« In Flanders Fields » ou « La merditude des choses ».) On l’a vu entouré d’un orchestre symphonique dans un registre de musique classique… Bref, Jef est plutôt actif et avide d’expériences nouvelles.

One est son premier album solo, sorti fin 2014 déjà. Le solo, c’est le passage quasi obligé et une épreuve pas toujours évidente pour un pianiste, que Jef Neve a surmonté avec grand brio, élégance et sensibilité.

Il est huit heures, place au live.

Dans une ambiance toute bleutée et intimiste, le musicien s’installe, tout sourire, devant le grand piano. Il plonge la tête dans le clavier et les mains dans les cordes. L’intro est grondante, grave et intense. Puis, subtilement, le thème de « Lush Life » apparaît, joué avec emphase, presque Gershwinien. Comme sur l’album, on est impressionné et séduit par le chemin qu’il fait prendre à ce morceau emblématique. « Could It Be True » opère un peu sur le même principe et révèle totalement la « Neve Touch » : un lyrisme dans les arrangements, des fulgurances rythmiques, des accords ornementés avec élégance, de la légèreté qui côtoie la noirceur.

Le pianiste donne tout ce qu’il a, il tape du pied pour marquer le tempo, il n’hésite pas à se lever de son tabouret pour accentuer certains passages, il s’accompagne même en sifflant la mélodie. Son jeu est très physique. Il provoque la tempête puis calme les ardeurs, fait des allers et retours entre un jazz « big band » et la musique symphonique.

Et puis vient sa version de « I Mean You » de Monk. Un pur bonheur. La musique s’offre comme dans un striptease. Elle démarre avec puissance et exubérance puis s’effeuille petit à petit pour dévoiler le thème dans une sorte de ragtime des plus dépouillés ! Joli tour de force.

Jef est charismatique et aussi très pédagogue. Il communique beaucoup avec le public, donne son point de vue sur la société, explique ses choix, partage ses sentiments. « A Case Of You » de Joni Mitchell, « Bluesette », en hommage à Toots, ou encore « The Tree Through The Wall » n’en sont que plus touchants. Parfois, il joue aussi sur un motif de percussions samplé ou s’amuse avec les lumières et l’espace. Il refuse un certain conformisme. Tant mieux. Et en rappel, son « Formidable », emprunté à Stromae, nous laisse d’ailleurs presque sans voix.

Jef Neve est un raconteur d'histoires, un musicien ancré dans la société actuelle avec un pied dans le romantisme des années folles, et il dégage toujours cette petite lueur d'optimisme et d’espoir dans des musiques parfois sombres et souvent voluptueuses...

Franchement, de la belle ouvrage.

 

Jef Neve recording 'One' at Abbey Road Studios from Hotmilk Films on Vimeo.

 

Photo : merci à Olivier Lestoquoit

A+

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00:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marni, jef neve, one |  Facebook |

06/09/2016

Jazz Contest Mechelen - 2016

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Mais qu’est ce qui m’a pris d’avoir accepté d’être membre d’un jury pour un concours ?

Remarquez, je l’ai déjà fait quelques fois et… oui, j’aime ça.

Chaque fois c’est excitant, car on découvre des musiciens, des talents, de belles personnes. Et puis, on s’oblige à aiguiser une oreille critique. Mais ce n’est pas toujours simple. D’ailleurs, ce n’est jamais simple !

Il y a autant de jazz qu’il y a de musiciens ! Autant comparer des pommes et des poires.

Bien sûr, il y a des choses que l’on aime spontanément et d’autres un peu moins. Question de goût. Mais, lorsque l’on est dans un jury, il faut pouvoir aller au-delà de ça. Et remettre le compteur à zéro.

Alors, quand il faut désigner un « vainqueur », c’est souvent un déchirement. Ha ! Si seulement il y avait un, et un seul, très bon groupe ou très bon musicien ! Et en face, des mauvais, des très mauvais, ce serait facile. Mais non, le niveau est souvent très élevé. C’est qu’ils jouent bien tous ces jeunes ! Alors, on voudrait que tout le monde gagne, comme chez Jaques Martin (pour les plus vieux d’entre nous qui connaissent) ! Et si, en plus, il n’y a qu’un seul prix (pas de récompense pour le deuxième ni troisième) c’est encore plus terrible.

Cette année, comme il y a deux ans et comme l’année dernière, je participais au Jazz Contest Mechelen. Un concours organisé par la fine équipe de Jazzzolder. Et quand on dit « organisé », c’est vraiment « organisé » ! Tout est parfait, tout est réglé, tout est prévu et l’accueil, tant pour le jury que pour les candidats et le public, est un exemple. Un vrai bonheur.

Cette année, il y avait devant le jury (Anne Wolf (p), Ondine Quackelbeen (Jazz Studio), Mik Torfs (JazzLab Series), Patrick Bivort (Jazzmozaiek, RTBF), le président Chris Joris (perc) et moi) quatre groupes issus des demi-finales (qui s’étaient déroulées quelques mois auparavant). Chacun d’eux avait 30 minutes pour convaincre.

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Fhree est un trio venu tout droit de Hollande. Ils avaient plutôt fait bonne impression lors des « éliminatoires ». Mais ici, ce soir, on les sentait peut-être un peu fébriles. Cela n’a pas vraiment décollé. Même si l’on remarquait quand même les très bons solos du guitariste Jheynner Argote-Frias, le drumming de Guillermo Martin Viana ou quelques belles phrases de Fernan Mejuto Vazquez (keys).

Vortex ensuite, quant à lui, est rentré directement dans le jeu. Un set puissant, dynamique, une attitude sur scène parfaite. Des compos brillantes, qui font un clin d’œil à Ornette Coleman ou à Miles, un pianiste plein de personnalité (Alan Van Rompuy obtiendra d’ailleurs le prix du meilleur soliste), un leader charismatique au jeu bien déterminé (le trompettiste Aristide D’Agostino) et un ensemble qui tient la route (Joos Vanduren au sax, Emmanuel Van Mieghem à la basse et Olivier Penu au drums). Bref un groupe soudé, un jazz généreux et évident.

Il y avait aussi JE Trio (Johannes Engelhardt à la basse, Paul Janoschka au piano et Jonas Kaltenbach aux drums) venu d’Allemagne. Une exécution parfaite, un niveau assez bluffant. Peut-être juste un poil rigide ? Des compos excessivement bien écrites et superbement exécutées. Il manquait peut-être cette toute petite pointe de lâcher prise, de décontraction qui aurait rendu ce jazz encore plus touchant.

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Touchant, c’était le cas de la pianiste Marie Fikry et son quintet. Une belle présence, un jeu très fluide au piano, des compos originales qui flirtent parfois avec la musique du monde. On remarque aussi un percussionniste plutôt prometteur, Simon Leleux, Jordi Cassagne (cb), Artur Hitz (sax), Lucas Venderputten (dm). Une bien belle équipe en fait. C’est du bonheur et de l’intelligence qui flotte dans l’air.

Alors le jury se retire, discute, délibère. Longuement, intensément. Il y a des évidences. Et des doutes. Pas simple. Pas le temps d’écouter Jelle Van Giel Group qui passe sur scène pendant ce temps-là.

Il ne faut qu’un seul gagnant… Et ce sera Vortex.

On est tellement content pour eux. Et tellement frustré de ne pas pouvoir « offrir » d’autres prix aux autres.

Alors, retenez les noms de JE Trio, de Marie Fikry, de Fhree et Vortex bien sûr. Et allez les écouter. Allez les applaudir. Vous verrez, vous ne serez pas déçu.

Et votre présence sera certainement leur plus belle récompense.

 

A+

Pictures : ©silvdbphotography

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04/09/2016

Sons Of Kemet - Feeërieën Brussels

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Mercredi 24 août, Parc de Bruxelles, il fait un peu lourd, mais une légère brise rend la soirée bien agréable. Avec ce très beau temps, et malgré un service de sécurité un peu renforcé, qui reste quand même sobre et discret, les Feeërieën, organisées par l’AB, attirent pas mal de monde. Et c’est, culturellement parlant, plutôt rassurant. On a laissé en dehors de la zone les centaines de chasseurs de Pokemon Go, les yeux rivés sur leurs Smartphones, et on attend tranquillement, assis dans l’herbe ou sur un banc, Sons Of Kemet.

Vers 20h30, le monde s'agglutine un peu plus encore autour du kiosque quand les quatre Enfants de l’Ancienne Egypte (Shabaka Hutchings (ts), Theon Cross (tb), et les deux batteurs, Sebastian Rochford et Tom Skinner), montent sur scène. Formé vers 2012 ce groupe anglais mélange autant le jazz, le rock, la musique des îles, la musique éthiopienne que celle de La Nouvelle-Orléans.

Soutenues par le tuba haletant et un double drumming obsessionnel, les premières phrases du sax sont courtes, hachées et nerveuses. La musique bourdonne et vibre comme si il y avait une invasion de criquets. Puis le tuba rugit comme un éléphant qui charge. La machine est lancée. Elle s'emballe. Les pulsations s'accélèrent.

On reconnaît peut-être « Breadfruit » ou « In Memory Of Samir Awad » et son rythme chaloupé. Mais l’esprit festival en plein air et le retour du public, plutôt chaud, attisent la ferveur musicale.

Le tuba répond au sax qui crache et hurle. Les deux batteurs frappent de plus en plus fort, à l’unisson ou en contrepoint. Ça gronde. Ça sonne autant Fela Kuti que The Thing de Mats Gustafsson. Afrobeat, makossa, free jazz, tout se mélange sans aucun temps mort. Une intro au tuba, jouant sur les infra basses, fait remonter à la surface les rythmes tribaux, ceux qui nourrissent les racines d'un jazz ancestral qui ne fera le voyage vers les States que bien plus tard.

Sons Of Kemet nous envoient à la figure un « Tiger » (?) convulsif, un « Inner Babylon » puissant et d’autres morceaux dans une même rage furieuse. Puis, on fait de la place à un morceau plus venimeux, qui devient vite entêtant. Il résonne comme une transe africaine, comme un exorcisme. Et la fanfare se remet à rugir de plus belle et à exulter aux sons de « In The Castle Of My Skin » ou « Play Mass »…

La scène est bleue, rouge, jaune, le public tremble et saute sur ces rythmes effrénés. C’est la fête au gros son et au « lâchage ». C’est la fête et ça libère. Ces quatre-la sont une fanfare africaine à eux seuls.

Sons Of Kemet seront de retour à Flagey, en janvier de l’année prochaine. En attendant, vous pouvez toujours vous mettre dans l’oreille leurs albums : Burn ou Lest We Forget What We Came Here To Do.

A bon entendeur…

 

 

A+

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27/08/2016

Stefan Lakatos & Dominique Ponty + Condor Gruppe plays Moondog

Ok, d’accord, ce n’est pas vraiment du jazz. Mais quand même. Et puis, le jazz, ça commence où et ça finit où ? Vaste question.

Ce mardi 23, au Parc de Bruxelles dans le cadre des Feeërieën organisées par l'AB, on rendait hommage à Moondog ! Moondog, ce musicien inclassable qui passa une grande partie de sa vie à jouer sa musique dans les rues de Manhattan. Cet homme que l’on surnomma le « Viking de la 6e avenue » à cause de son accoutrement. Cet homme à la vie étonnante, aveuglé à l'âge de 15 ans par l’explosion d’un bâton de dynamite, marqué à vie par la musique des Indiens d’Amérique qu’il a entendu vers 5 ans, qui rencontra aussi bien Charlie Parker que Leonard Bernstein et qui avait l’oreille absolue.

Ce musicien, rythmicien hors pair et compositeur, disparu en 1999, aurait eu 100 ans cette année.

C’est aux anversois passablement décalés, Condor Gruppe, que l’on a « ouvert la scène » ce soir. Le groupe vient en effet de sortir un très bel album hommage à Moondog : « Frog Bog ».

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Mais avant ça, il y a d’abord le concert en duo du percussionniste Stefan Lakatos et de la pianiste Dominique Ponty, tous deux élèves et derniers accompagnateurs du défunt « Viking »…

A eux deux, ils reprennent le plus fidèlement possible la musique de Moondog.

« Elf Dance », « Carnival », « Canon » sont des œuvres courtes, comme la plupart des compositions de l’artiste. « Car je n'ai pas plus à dire, avait dit le maître. Si vous aimez la mélodie vous pouvez la répéter trois ou quatre fois. Tant que ça vous plait... ».

Mine de rien, c'est complexe et rigoureux. Tandis que Dominique Ponty phrase avec précision et fermeté, Stefan Lakatos mélange les tempos et les rythmes sur la Trimba, l'instrument inventé par Moondog. Il s’agit d’un montage de tubes triangulaires en bois, de différentes sections, sur lesquels Lakatos frappe avec une clave ou des maracas. Le son est hypnotique, flottant, léger et sourd à la fois. La musique est un mélange de menuets, de cantates et de rythmes lancinants inspirés par ceux des Indiens d'Amérique. Ce que Moondog appelait « son jazz ». « Fleur de Lis », « Mood Montreux » ou encore « Mother’s Whistler » sont de véritables petites perles qui se laissent découvrir encore et encore.

Après un petit quart d'heure, le temps de se sustenter et se réhydrater, Condor Gruppe a pris place sur la scène. Sax, trompette, bongos, wurlitzer vintage, guitares, drums… ici, Michiel Van Cleuvenbergen et ses complices exploitent la musique de Moondog de façon plus rock ou funky. On revisite, on réarrange, on s’en inspire. Condor Gruppe brode autour des courtes compositions. Bien entendu, la mélodie, le style incantatoire et le sens de la répétition sont bien là. Et tout le monde danse et s’amuse sur « Bird’s Lament », le « tube » (un peu comme le « Yekermo Sew » de Mulatu Astatke) qui cache une forêt de compos incroyables. Il y «Frog Bog », « Viking » ou encore « All Is Loneliness » (repris en son temps par Janis Joplin) et  une longue version de « Single Foot »…

La nuit est tombée. Des lumières rouges et bleues lèches les arbres et se perdent dans les feuillages. L'air est doux et encore chaud. L'ambiance est détendue, légère et insouciante. Feeërieën porte bien son nom. Moondog n’est pas mort.

 

 

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19/08/2016

Natacha Wuyts trio au Music Village

Cela faisait un bon moment que je voulais aller réécouter Natacha Wuyts. Je crois que la dernière fois que je l’ai vue sur scène, c’était à Jazz à Liège, il y a cinq ou six ans ! C’est dire ! Bien sûr, j’ai continué à suivre son parcours (merci internet) mais, la scène ou les clubs, c’est quand même ce qu’il y a de mieux. Alors, il était temps de remédier à cela.

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Durant toute une semaine d'août (du 16 au 20) elle chante au Music Village, chaque soir, dans le cadre des Summer Village Concerts. Une occasion à ne pas manquer.

Comme d’habitude dans ce club, l’ambiance est cool, cosy, feutrée. Idéale pour le jazz vocal que Natacha défend.

Elle est accompagnée au piano par Charles Loos et, à la guitare, par Patrick Deltenre.
Pieds nus, comme pour être bien en contact avec la terre et en sentir les vibrations, elle entame d’entrée de jeu un « Body And Soul » sensuel. Vient ensuite un très surprenant et jubilatoire « But Not For Me » ! Ce « tune » est emmené tambour battant, loin des habituels tempos langoureux. Ici, la chanteuse et ses deux compères ont pris le contrepied et le parti de s’en amuser. Ça ne file pas, ça galope ! Mais avec quelle précision et quelle articulation dans le chant ! Natacha se lance alors dans un scat tout aussi maîtrisé que rapide. Elle entraine Charles Loos, qui n’en demandait pas tant, à jouer un stride enflammé. Avec la même ferveur, le trio emballe un « That Old Black Magic » réjouissant.

Mais « l’entertaiment woman » sait doser les effets. Après un « No More Blues » qui sent bon, comme il se doit, la bossa, Natacha Wuyts extrait avec retenue toute la mélancolie et la détresse de « St James Infirmary ». Ici, Patrick Deltenre peut vraiment laisser parler son phrasé très blues, tandis que Loos déploie un jeu ample et lyrique.

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Le trio fonctionne à merveille. Il reprend « Someone To Watch Over Me », « Gee Baby, Ain't I Good To You », mais aussi des thèmes plus pop (« You've Got A Friend » de Carole King), une ou deux chansons françaises (« Ne me quitte pas », introduit magnifiquement à l’harmonica par Deltenre) et quelques rares compos personnelles.

Natacha Wuyts est ce que l’on peut appeler une véritable chanteuse de jazz, possédant une technique de scat époustouflante qui fait passer cet exercice comme facile, simple et évident. Et puis, elle est capable de moduler sa voix avec bonheur, en passant de l'aigu d’une Betty Boop aux graves d’une Big Mama Thornton, comme sur le délirant « Sweet Georgia Brown », par exemple. Chapeau.

Et voilà comment on passe une bien belle soirée.

Bon, hé bien j’espère ne pas devoir attendre cinq ans avant de la revoir.

Merci à ©Bernard Rosenberg pour les photos ( jetez un œil sur son site)

 

 

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