28/11/2017

Fred Hersch Trio à Flagey

Le pianiste Fred Hersch vient de sortir un album solo sublime, Open Book, dans lequel il se dévoile peut-être encore un peu plus. Gay, séropositif, deux mois dans le coma suite à une complication… ce n'est plus un secret depuis longtemps et l'homme assume, revendique, en fait un combat, une force. Le film «The Balad Of Fred Hersch», projeté juste avant le concert à Flagey - et que je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de voir - retrace et parle de tout cela, de tout ce qui lui a forgé un sacré caractère.

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Fred Hersch, c'est de la finesse et de la sensibilité au bout des doigts. On a parfois rapproché son style de celui d'un Bill Evans, mais il a su - surtout depuis qu'il a échappé à la mort - forger son style. «You don’t have to reinvent the wheel all the time. If there is one little aha moment during a concert, it is more than enough.» lui souffla un soir à l’oreille Stan Getz.

C'est ce que Fred Hersch a fait ce soir à Flagey. Et des «aha moments», il y en a eu plus d’un.

Frêle, presque timide devant son piano, entouré de ses deux amis de longue date, John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, le leader démarre un morceau de Kenny Wheeler «Everybody’s Song But My Own».

Même quand il joue ce morceau de façon plutôt déliée, presque décharnée, très tachiste, il y a un lyrisme diffus qui en émane. La batterie suit pas à pas le piano et rebondit sur les notes. Puis la contrebasse prend le pas et Fred Hersch la laisse s'exprimer, seule. Du grand art. On est en suspend.

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Le trio joue les surprises et les fausses fins. C’est un superbe numéro d’équilibristes. Les tensions et les percussions se mêlent à la fragilité des mélodies et des harmonies.

Sans jamais casser la magie, Fred Hersch prend le temps de présenter les morceaux. «Skipping», «Snap»… Le climat est intimiste, fragile et à la fois tranchant.

Eric McPherson joue sur toutes les surfaces de sa batterie, sur les pieds, les bois des fûts, les tiges. C’est d’une finesse et d’une justesse incroyables. Quant à John Hébert, il est toujours à l’affut. Il prend à sa charge une longue partie mélodique, presque en solo, d’un morceau plus «nocturne» et mélancolique. Douceur, volupté… le son est absolument parfait. Le niveau sonore est assez bas et permet à la musique de prendre tout l'espace de ce magnifique Studio 4. C'est pratiquement un concert acoustique. Feutré et brillant.

Le trio joue, invente et réinvente. Un hommage à Rollins, façon calypso, des variations sur «Serpentine», un très gershwinien «Big Easy Blues», un thème de Wayne Shorter, «For No One» des Beatles ou un dernier thème de Monk qu'il va chercher dans les profondeurs du piano, comme s'il y était enfoui, comme s’il fallait creuser pour le déterrer. Fascinant.

Fred Hersch possède un sens de la narration très personnel, bien actuel, plein d'ellipses, de contrepoints, de mélanges de points de vue, de pulsations. L’approche est très contemporaine mais toujours mélodique.

Il nous a offert une heure et demie de concert en gris et bleu, plein d'ambiances et d'atmosphères. Un peu doux amer. Il a subjugué le public.

Pour le «encore», Fred Hersch revient en solo, une fois, deux fois, trois fois et nous offre «And So It Goes» de Billy Joël, une impro qui se frotte à Monk et finalement le touchant «Valentine».

Magnifique panorama des talents, de l'esprit et des lointaines influences qui font que Fred Hersch est Fred Hersch… et personne d'autre.

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Merci à ©Pieter Fannes pour les superbes illustrations !

Pieter présentera avec Yann Bagot, le livre «Live. Jazzconcerten op papier», qui rassemble des dessins de concerts de jazz. Cela paraitra chez Bries. Il y aura une présentation, le 14/01/18 à Flagey, accompagné d'un concert dessiné. Notez déjà le rendez-vous, ça vaudra la peine. Toutes les infos ici

 

 

 

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26/11/2017

Enrico Rava Quartet au Senghor à Bruxelles

La jolie et intime petite salle du Senghor aurait pu être bien plus remplie pour accueillir l’icône italienne de la trompette, Enrico Rava. C'est vrai, c’était une occasion unique de l’écouter, presque, comme dans un club. Rassurez-vous, il y avait quand même pas mal (et même beaucoup) de monde.

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Ce soir, ils sont quatre sur scène pour présenter le dernier album en date de Rava, Wild Dance sorti en 2015 chez ECM : Francesco Diodati à la guitare, Gabriele Evangelista à la contrebasse et Enrico Morello à la batterie.

On le sait, le leader de 76 ans aime aller à la découverte de nouveaux talents, de s’entourer de jeunes musiciens et de jouer, en quelques sortes, les passeurs, les pygmalions. Alors, le premier thème résonne un peu comme une fête un peu potache et bouillonnante dans lequel Rava, à coup d’appels de bugle, rassemble sont équipe comme pour leur demander si elle est bien là, si elle est bien prête à jouer et à échanger.

Le groove feutré s’installe et… c’est parti.

La batterie caresse les rythmes, la basse chantonne, la guitare éclabousse quelques riffs. Le bugle se chauffe sur une mélodie aux accents légèrement orientaux.

Rava et son groupe enfilent les titres du dernier album sans aucun temps mort. Ils envoient le chaloupé «Don’t», le nerveux et groovy «Infant» dans un style post bop, le vif «Cornette» ou encore le nébuleux «Wild Dance»... Les thèmes sont brièvement exposés mais sont surtout propices à la transformation, l’improvisation, au voyage et à la liberté. Après le piano de Stefano Bollani ou le trombone de Gianluca Petrella, c'est à la guitare que Rava donne la réplique, un peu comme il le faisait à ses débuts avec John Abercrombie, par exemple. Francesco Diodatti use avec finesse de quelques effets électro et de loops et les griffures métalliques, les glissades sur les cordes agissent comme des coups de foudre.

Et puis, il y a tout le lyrisme du jeu de Rava. Il y a cet équilibre entre douceur ouatée et vent frais et vivifiant. Il y a cette espèce de focus qui perce les flous et qui met en valeur la mélodie. Il y a ces déchirures, ces quelques traits de pinceau sur un tableau calme, ces coups de griffes de félin qui ne veut que jouer. Tout cela est presque cinématographique. Bien sûr il y quelques légères imperfections dans le jeu de Rava, il n'a plus 20 ans, mais il y a une telle humanité et une telle vérité dans le son qui le rend unique. Et ce sont ces petites rides qui font tout le charme et toute la force de sa musique.

Rava reprend aussi quelques classiques comme «Les lilas de mai» de Michel Legrand avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, ou des standards comme «Zingaro», tout en subtilité et mystère.

Et on alterne les thèmes oniriques avec d’autres plus enlevés qui permettent souvent de longs échanges improvisés, de bouillonnements presque free. On laisse toujours de la place au guitariste ou au bassiste (excellents de bout en bout) avant de revenir à l’impro collective. Rava semble toujours ouvrir des pistes, proposer des chemins non balisés. Sans doute adapte-t-il même sa set-list suivant l'inspiration du moment.

Durant tout le concert, Rava ne parle pas, il enchaîne les morceaux sans jamais s’adresser au public. Il joue beaucoup avec ses musiciens en face à face, se tourne rarement vers le public. C'est la musique du groupe qui l'intéresse et qu'il veut partager. Et c’est elle qui nous atteint.

Et, à la manière des boppers, et comme pour leur rendre hommage, il termine le concert avec un bref thème indicatif… avant de revenir pour un tout aussi bref rappel, plein de vivacité et de densité.

C'est beau le jazz quand même...

Merci Enrico.

 

 

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19/11/2017

Fabien Degryse & Joël Rabesolo Duo - Au Marni

À gauche, Fabien Degryse, guitariste droitier, et à droite, Joël Rabesolo, guitariste gaucher

Ils étaient tous deux sur la scène du Marni ce jeudi 16 novembre pour présenter leur tout nouvel album Softly… .

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Joël Rabesolo vient tout droit de Madagascar. Il est arrivé à Bruxelles pour y poursuivre ses études et approfondir sa connaissance du jazz au conservatoire. C’est là qu’il rencontre Fabien Degryse.

L’élève et le maître ? Pas vraiment car le Malgache a emporté avec lui un joli bagage (un premier prix de guitare jazz, une collaboration avec les meilleurs musiciens de son pays au sein du Malgasy Guitar Masters et une série de concerts avec Linley Marthe). Entre Joël et Fabien, la connexion se fait rapidement et chacun voit et entend ce que l’autre peut lui apporter.

Le bar du Marni a fait le plein, la lumière est tamisée et les deux musiciens entament en toute simplicité «Vonianvoko», une chanson populaire malgache, puis une belle version, toute en légèreté, de «Stompin’ At The Savoy».

Les échanges entre les guitaristes sont étonnants de fluidité. Degryse assure d’abord la basse puis les rôles s'inversent en souplesse. Et ensuite tout se mélange, les questions, les réponses, les non-dits. Le dialogue est subtil et vif. C'est un brillant voyage sur une petite route de campagne dans un soleil couchant. Il y a comme un petit parfum de Toots qui flotte, un peu de Grappelli aussi…

La prise de guitare «à l'envers», c’est à dire que les cordes graves se trouvent en dessous, offre un phrasé particulier à Rabesolo. Quant à la maîtrise du finger picking de Degryse, elle n’en est pas mois surprenante.

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«{Six-(E[ight} Bar] Blues)» évoque le sud avec un son comme étouffé par une chaleur sèche alors que la mélodie perle sur les cordes comme autant de gouttes de sueurs. Puis, un autre morceau se fait plus folk. Et un autre plus jazz. Il y a des regards, des échanges, des encouragements et beaucoup de respect. Tout cela se sent. Fabien laisse d’ailleurs le soin à Joël de présenter les titres, de raconter un peu son parcours, de dire qu’ils s’amusent. Et Joël de s’arrêter de jouer pour écouter Fabien improviser du bout des doigts sur la caisse de sa guitare sur «Naufrage en Drôme».

On sent une vraie tendresse entre les musiciens et un réel plaisir à jouer ensemble, à se surprendre, à s'écouter. On cache la virtuosité - ou, en tout cas, elle n'est pas mise en avant – même si elle est indispensable pour pouvoir servir cette musique apparemment simple mais tellement sophistiquée.

«Pagalana» alterne la douceur et le joyeux, «Muir Woods» se fait mélancolique et introspectif. Puis, Rabesolo improvise, en solo, un long morceau qui respire l’Afrique. Et Degryse enchaine à son tour, en solo et en clin d’œil, avec «(In My) Solitude».

Il y aura encore un «Bye Bye Blackbird» touchant et un sifflotant «O17». Et en rappel – les deux musiciens nous épargnant avec humour le coup de la sortie de scène – on aura droit à un emblématique «Softly As In A Morning Sunrise».

Pourquoi s'encombrer de fioritures et de conventions, tout est dans la musique. Et nos deux jazzmen nous l’ont offerte avec beaucoup de générosité et d'élégance.

 

Merci à mon duo de photographes (©Olivier Lestoquoit – pour Joël Rabesolo et ©Roger Vantilt pour Fabien Degryse) pour les jolies images…

 

 

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18/11/2017

Chrystel Wautier - The Stolen Book à la Jazz Station

Elle a pris son temps, Chrystel Wautier. Elle a pris du temps pour se construire un vrai et beau répertoire. Pour se trouver une musique qui lui ressemble, une musique à la fois lumineuse, brillante et légèrement mélancolique.

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Depuis quelques années déjà, on sentait qu’elle voulait prendre quelques chemins de traverses. De s’éloigner ostensiblement du «jazz» avec un grand «J», deux grands «Z» et l’accent circonflexe sur le «A» majuscule. Sans le dénigrer pour autant. Loin de là.

Elle a gardé du jazz - et de la soul aussi - ce sens du placement, ce balancement, ce swing léger et sensuel qui permettent à ses chansons d’aller bien au-delà de la pop. Parmi ses influences, elle cite Gretchen Parlato ou Stevie Wonder par exemples, et Ella n'est jamais loin.

Avec Cédric Raymond, pianiste, co-compositeur et coproducteur, ils se sont bien compris et les arrangements s’en retrouvent aussi efficaces que délicieux. Et puis, Chrystel s'est entourée de musiciens qui savent y faire : le très mélodieux Jacques Pili à la contrebasse, Jérôme Klein, fin, inventif et aérien, à la batterie et le toujours étonnant et surprenant Lorenzo Di Maio à la guitare électrique.

Mercredi 15, la chanteuse était invitée par les Lundis d’Hortense à la Jazz Station. Et le public était nombreux au rendez-vous.

On démarre au petit trot avec «Into The Dust» et «The Waiting» pleins de reliefs, puis on continue avec «B Town», légèrement bossa. Le son est chaud, la voix est affirmée et d’une justesse irréprochable. On se laisse porter avec douceur.

Chrystel rayonne de bonheur et son plaisir d’être sur scène est partagé. Elle n’hésite pas à raconter la genèse de ses compositions, à partager quelques anecdotes, à donner quelques clés. Ses chansons ne se contentent pas d’être jolies, elles sont souvent bien plus subtiles et profondes. Ecoutez «The Stolen Book», «A Warrior» ou «Far Away»…

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Elle reprend aussi «Le soleil donne» de Voulzy, dans un arrangement que peu auraient imaginés. Et c'est ce que l’on peut vraiment appeler une revisite car il y a tout l'esprit et l'essence de l’original avec, en plus, une mise en valeur d’un message qui nous avait peut-être échappé à l’époque... Et puis, ici aussi, on tourner autour de la mélodie, on laisse de l’air, on laisse danser, on laisser écouter.

Voilà ce que Chrystel a aussi gardé du jazz : l'espace. De l’espace qu'elle laisse à ses musiciens pour improviser. Et c’est un vrai plaisir de se laisser embarquer par la fougue de Lorenzo Di Maio ou le jeu tout en ondulations de Cédric Raymond. «Conversation» et «Beauty Is A Mystery» s’enchaînent et puis, avec beaucoup d'émotions et de pudeur, Chrystel raconte ses origines au travers de «The Stolen Book». Elle raconte son Ukraine lointaine. Elle raconte le sang qui coule dans ses veines, son histoire passée, presque oubliée, presque volée par les silences. On la sent fragile. C’est très émouvant et touchant.

On revient alors à un peu plus de «légèreté» avec «My Love And I», «Let’s Fall», «You Make Me Feel So Good» et «Before A Song» en rappel bien mérité.

Le voyage est beau, simple, plein de douceur, de sensualité et de fraîcheur.

Les deux sets s’équilibrent entre humour et émotion, sans banalités, sans clichés… mais avec beaucoup de sincérité. Et c’est ça qu’on aime.

Merci ©Roger Vantilt pour les images

 

 

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11/11/2017

Kris Defoort Diving Poet Society - Jazz Station

Ai-je déjà été aussi ému par un concert ?

Oui, sans doute. Mais ce dernier concert de Kris Defoort à la Jazz Station m’a quand même bien remué. Pas nécessairement par l’énergie, la force ou le groove, (quoique)… mais par l’émotion, la délicatesse et l’adrénaline qu’il provoque.

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C’est un peu comme si une aiguille fine était venue toucher une terminaison nerveuse jusqu’alors inconnue. Douce sensation.

Kris Defoort présente donc son dernier projet Diving Poet Society avec son trio habituel (Nic Thys à la basse électrique et Lander Gyselinck aux drums) augmenté de deux invités de choix : Guillaume Orti au sax tenor et Veronika Harcsa au chant.
Le disque m’avait déjà fasciné dès la première écoute. La sensation s’est renouvelée et s’est confirmée en live.

Avec une poignée de notes abstraites, jetées on ne sait comment et qui retombent on ne sait où, le pianiste trace quelques lignes de pure mélancolie, tout en économie. «Le vent des Landes» flotte dans la salle puis se lève peu à peu. Du bout des baguettes, Lander insuffle alors un groove sec, la basse électrique galope, le piano répète un motif qui se balance de haut en bas. «Tokyo Dreams» se révèle doucement. C’est puissant mais tellement léger…

Et soudain, comme venu de nulle part, Guillaume Orti, du fond de la salle, lâche quelques notes. La musique prend une autre dimension. Le mystère s’épaissit, Kris et son groupe jouent avec l’espace, comme pour nous déconcerter… ou nous rendre plus attentif.

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Veronika Harcsa rejoint alors le reste de la troupe. On entre dans le vif du sujet avec 3 morceaux, presque une suite, («The Pine Tree And The Marching», «The Pine Tree and The Fire» «Liquid Mirors») extraits de l’album et basés sur les poèmes de Peter Verhelst.

La voix de Veronika Harcsa est un instrument d’une justesse incroyable. Les paroles sont découpées avec une précision étonnante, chaque mot se charge de sens. Parfois aussi, elle laisse traîner le souffle comme le ferait un shruti box indien. Elle maintient la note, basse, presque inaudible et pourtant bien présente. Pendant ce temps, les mesures se mélangent, les cycles rythmiques s’entrelacent. C’est passionnant.

«Diving Poets», qui donne le nom à l'album et qui est dédié à la mémoire de Pierre VanDormael avec qui Kris eut de très longues et profondes discussions, est un chant intime et presque hypnotique. Les peaux craquent, le sax crachote, le piano égraine quelques notes éparses. On est dans les nuages, dans le coton, dans un autre monde. Orti improvise avec finesse et épouse le chant d’Harcsa, à moins que ce ne soit l’inverse. La voix est sur la même, mais alors vraiment la même (!), fréquence que celle du sax ou du piano. Ça chante à l'unisson pour mieux se diluer par la suite. On est sous le choc. On en pleurerait presque. Et l’on remarque à ce moment la qualité d'écoute du public. Un vrai bonheur.

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Pour ne pas casser la fragilité de l’instant, tout se joue en un seul et long set.

«Deepblauwe Sehnsucht» et «New Sound Plaza» se confondent. On se croirait perdu dans les brumeuses divagations d’un Leoš Janáček. Veronika Harcsa aurait pu être chanteuse d’opéra… ou de rock. Car ça éclate soudainement. Sur un motif répétitif, Lander Gyselinck provoque un incendie, Guillaume Orti, en bon pyromane, attise le feu, Kris tisonne et Nic Thys souffle sur les braises. Ce dernier joue de sa basse électrique comme si elle était acoustique. Il y met de la chaleur, de la profondeur, du boisé. Le son est monstrueux de force contenue, de beauté et d'intensité. Le tourbillon ascendant semble aller vers l'infini. Le moment est incroyable, hypnotique et émouvant.

Emouvant comme cet hommage à Billie Holiday, presque fantomatique («Heavenly Billie»). La chanteuse prend son temps pour déclamer, pour respirer. Les pianiste, bassiste, saxophoniste et batteur jouent les peintres de la musique. Ils jouent avec les nuances, les traits fins, les pleins et les déliés… Fascinant.

Tonnerre d’applaudissements.

En rappel, car on en veut encore, le quintette nous livre un morceau brûlant et nerveux comme un «Music Is the Healing Force of the Universe» de Albert Ayler. Eclaté et pourtant terriblement concis. C’est comme une boule à neige que l'on secoue avec excitation et dont les flocons, prisonniers du globe, s’affolent et finissent par retomber, épuisés.

La plongée au cœur de cette étrange «Society » est décidément une expérience poétique incroyable que l’on se souhaite de revivre au plus vite... En sachant que ce sera sans doute différent mais que ce sera certainement tout aussi fort.

A très vite, donc….

(Merci à ©Roger Vantilt pour ses merveilleux clichés)

 

 

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06/11/2017

Jason Moran - In My Mind - à Flagey

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Flagey a eu la bonne idée, parmi d’autres excellentes initiatives, d’inviter Jason Moran et son projet «In My Mind : Monk At Town Hall». Un concert, créé en 2009, qui suit la trame de celui que donna le génie du piano en 1959 à New York.

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Il s’agit en fait d’un concert/concept «multimédia». Comprenez par là qu’on projette images d’époque, textes et témoignages sonores de Monk mis en scène par le vidéaste David Dempewolf, tandis que les musiciens jouent live à l’avant-plan.

Jason Moran a donc réuni sur scène Tarus Mateen (eb) Nasheet Waits (dm), Immanuel Wilkins (as), Walter Smith III (ts) Ralph Alessi (tp) André Hayward (tb) et Bob Stewart (tuba). Autant dire qu’il s’agit quand même d’une belle brochette de jazzmen dignes des Donald Byrd, Phil Woods, Charlie Rouse, Pepper Adams, Art Taylor et les autres de l'époque.

Jason Moran arrive d’abord seul sur scène, s’installe au piano et pose un casque sur les oreilles. Dans la salle se propage alors l’enregistrement original de «Thelonious». Jason écoute puis improvise, répond au jeu de Monk, dialogue avec lui. Un peu étrange et légèrement déstabilisant au début, un peu comme peut l'être la musique de Monk à la première écoute.

Tout le band entre alors sur scène tandis que la voix de Monk tente d’expliquer la conception de sa musique.

Et l’on reprend «Thelonious», puis «Friday The 13th». En respectant les mélodies mais en prenant des libertés. Nasheet Waits impose un drumming claquant et inventif. Comme s’il venait jeter des pétards sous les pieds des musiciens. Tarus Mateen, bien qu’à la guitare basse électrique, garde un son chaud et rond, plein de tension.

L’idée de projeter simultanément des images, flashy et de façon saccadée, est quelque fois perturbante, mais les témoignages de Moran ou de Monk, parfois émouvants, parfois drôles, permettent de mettre en perspective la démarche des deux pianistes. On apprendra ainsi que Jason Moran a découvert la musique de Monk à l’âge de treize ans, lorsque ses parents regardaient à la télévision les images d’un crash aérien dans lequel étaient impliqués des amis, tous commentaires éteints, et qu’ils écoutaient «Round Midnight». On peut parler d’un double choc.

Moran en profite alors pour introduire un enregistrement de rythmes africains, drums et tambours, pour évoquer les origines, la ségrégation, les brimades infligées à Monk et à ses parents. Puis il nous ramène à ’59 et nous projette ensuite au présent par l’entremise d’un solo stupéfiant de Nasheet Waits.

Et on reprend le chemin de Town Hall.

«Monk’s Mood» se joue tout en nuances, Jason Moran laisse de l’espace au deux saxophonistes pour broder et improviser. Tant Walter Smith III que Immanuel Wilkins s’en donnent à cœur joie. Puis c’est le fabuleux «Little Rootie Tootie». Et ici, c’est tout l’orchestre qui se donne à fond, qui s’amuse et qui swingue. Les interventions de Ralph Alessi sont percutantes, celles du tromboniste André Hayward ou de Bob Stewart ne le sont pas moins. Monk n’aimait pas le son d’un big band, disait-il : «Il sonne trop raide». Pour le coup, Jason Moran et sa bande ont bien compris le message.

«Off Minor» enchaîne puis s’enchaîne à la voix de Monk qui répète inlassablement «In my mind, in my mind... ». Tout se dilue comme dans un rêve et Jason Moran reprend en solo «Crepuscule With Nellie», de façon poétique, énigmatique…

De façon très monkienne.

Après le salut final, plutôt qu’un rappel, Moran et tous les musiciens descendent dans la salle en jouant, comme lors un enterrement festif à la Nouvelles Orléans, entrainant derrière eux le public vers la sortie.

Dans le hall de Flagey, ils y improviseront encore quelques longues minutes.

Oui, la musique de Monk, toute aussi cabossée et complexe soit-elle, est dansante, vibrante, surprenante et surtout... surtout… toujours bien vivante.

 

"In My Mind" (opening clip) from Center for Documentary Studies on Vimeo.

 

 

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05/11/2017

Carla Piombino - Salle Dublin à Bruxelles

La salle Dublin à Ixelles s’est faite toute belle et a fait le plein pour accueillir Carla Piombino, jeune chanteuse italienne qui vit en Belgique depuis maintenant 6 ans. Elle y a beaucoup joué, entre autres avec son saxophoniste de mari Angelo Gregorio, mais pas nécessairement dans le circuit «traditionnel» jazz. C’était une découverte pour moi.

Ce soir elle présentait Take A Chance, son premier album.

 

 

Pour l’accompagner, on retrouve quelques jeunes et prometteurs jazzmen déjà entendu ici ou là, comme Lucas Vanderputten aux drums, Julien Gillain au piano et Antoine Guiot à la contrebasse et, plus tard, viendront s’ajouter Pauline Leblond (tp), Abel Jednak (as), Timothé Le Maire (tb) et bien entendu Angelo Gregorio (ts).

Carla Piombino démarre avec un thème folk jazz de Madeleine Peyroux «Don't Wait Too Long» dont elle prend les intonations et l’accent. Et franchement ça fonctionne, si tant est que l'on aime Madeleine Peyroux.

Carla sourit et parle beaucoup, on la sent un peu fébrile, un peu nerveuse et excitée. Ce moment est le sien et elle veut vraiment le partager avec tous.

Alors elle enchaîne standards jazz, chansons pop et quelques compositions originales.

Ça marche bien sur «Nostalgia in Salerno», «To Close For Comfort», avec de belles interventions des soufflants, l’amusant et burlesque «Can’t Take You Nowhere» ou «Everybody’s Song But My Own» aux arrangements de mini Big Band très réussis.

On est moins convaincu sur les chansons pop empruntées à Pino Daniele et surtout sur «Jóga» de Björk. Il y aura encore un «You Don’t Know What Love Is» assez gentil, «Trow It Away» d’Abbey Lincoln un peu trop lisse et quelques traditionnels italiens sympathiques.

Entre jazz un peu convenu, plutôt propre, et chansons bluesy folk, le moment est assez agréable. Carla a une belle présence sur scène, elle est charismatique et toujours souriante et le public semble avoir apprécié.

A+

02/11/2017

Fred Nardin Trio à l'Archiduc

Un concert qui commence par «I Mean You» de Thelonious Monk est déjà un bon concert. En tous cas, si le morceau est joué comme le joue Fred Nardin, «jeune» prodige du jazz français.

Le pianiste parisien (d’origine bourguignonne) était pour deux jours à Bruxelles, lundi 16 et mardi 17 octobre à l'Archiduc, pour présenter Opening, son tout nouveau disque en trio.

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Sur l’album, il est en compagnie de Or Bareket à la contrebasse et de Leon Parker aux drums. Ce mardi à Bruxelles, c’est cependant Rodney Green qui tient les baguettes. Il n’y a pas à dire, Fred Nardin sait s’entourer.

Pour la petite histoire, Fred Nardin est aussi le co-fondateur de l’Amazing Keystone Big Band qui a joué avec Cécile McLorin Salvant, Quincy Jones, Gregory Porter - excusez du peu – et est sideman, entre autres, de Gaël Horellou, Charnett Mofett, Sophie Alour, Didier Lockwood, Stefano Di Battista ou encore Jacques Schwarz-Bart

Tout cela démarre donc très fort et ne va pas baisser en intensité.

Derrière une posture plutôt détendue, le pianiste a un sacré tempérament. Pas de grimaces, pas de torsions de corps dans tous les sens, pas de gestes inutiles : il reste souriant et droit sur son tabouret alors que ses doigts courent à une vitesse folle sur le clavier. On décèle ici et là dans son jeu des respirations à la Ahmad Jamal, des accélérations à la Chick Corea, des attaques à la McCoy Tyner, des brillances à la Oscar Peterson… Bref, il sait de quoi il parle, il a le jazz dans les doigts et l’interaction avec ses deux camarades n’en est que plus évidente.

«Don’t Forget The Blues», avec ce feulement tendu et roulant de la batterie, son beau solo de contrebasse, découpé et plein de soul, cet ostinato plein de nuances rythmiques qui donne de la souplesse à un jeu sec et clair, est une véritable petite pépite. Le pianiste sait lancer la machine et la laisser «rouler», en y injectant avec intelligence quelques vamp pour titiller l’intérêt. Rodney Green est toujours à l'écoute, toujours présent et tellement discret.

Même dans les ballades, comme sur «Lost In Your Eyes» le trio impose une belle pulsation. Or Bareket - retenez bien ce nom - ne reste pas seulement à l’affut ou en soutien du leader, mais il trouve toujours un espace pour ajouter un pointe d’émotion.

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Sans temps mort, le trio attaque «The Giant», qui pourrait être un standard tellement il est bien écrit, travaillé et semble déjà patiné par le temps, et pourtant, c’est un morceau composé par Nardin lui-même. C’est sûr, il a tout assimilé du jazz. Le drive de Rodney Green est énergique, très bop et pourtant très contemporain. La machine est lancée à toute vitesse. Nardin enfile les arpèges, monte et descend sans faiblir, trouve encore le temps d’y injecter quelques citations tandis que la rythmique pousse encore et encore. Et puis c’est «You’d Be So Nice To Come Home To» plein de reliefs, «Parisian Melodies» qui mêle le romantisme français à la Fauré ou Debussy avant de se transformer en transe sur un motif bref et obnubilant. La science et l'intelligence de jeu de Rodney Green fait merveille. Les silences, les reprises, les tensions… Tout joue. Quelle dynamique !!

Et que dire de ce «Green Chimneys» et la façon de se réapproprier Monk sans en prendre les tics mais en gardant tout l'esprit ? Jouissif.

Les deux sets passent à la vitesse de l’éclair. Le public est accro.

Après un dernier «Travel To…» éblouissant, Fred Nardin ne peut refuser un rappel mille fois mérité et propose alors, en solo, «Speak Low» sur un rythme effréné. Hé oui, il aime ça ! Mais son jeu est clair, son phraser limpide et l’articulation sans faille. On jubile.

Voilà un trio qui fait la synthèse entre tradition et modernité avec panache.

Ceux qui ont raté ça auront droit à une séance de rattrapage à la Jazz Station dans le courant de l’année prochaine. Soyez attentif, vous ne serez pas déçus.

 

 

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01/11/2017

Round Trip Trio + Jason Palmer au Sounds

Vendredi 13 octobre, rendez-vous au Sounds avec Round Trip Trio pour la sortie de Traveling High (chez Fresh Sound New Talent). Le groupe, drivé par Julien Augier (dm) entouré de Mauro Gargano (cb) et Bruno Angelini (p) poursuit un «concept» qui consiste à inviter un musicien américain à cette rythmique européenne.

C’est ce qu’explique le batteur, de façon très didactique, détaillée et enthousiaste en introduction au concert.

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J’avais déjà vu le trio lors de sa venue à Bruxelles en 2014 avec, cette fois-là, Mark Small. D’autres projets sont en gestation, notamment avec les saxophonistes Dan Pratt ou John Ellis. Mais pour l’instant, c’est le trompettiste Jason Palmer qui est l’hôte de Round Trip et c'est lui qui figure sur ce premier album.

L’entrée en matière se fait de manière très souple et lyrique avec «Otrento» (de Gargano). C’est d’abord le côté romantique et lumineux d’Angelini qui est mis en avant et qui entraine Jason Palmer dans un dialogue d’une grande délicatesse.

Il en va d’une toute autre manière avec le morceau suivant écrit par Jason Palmer (dont je n’ai pas retenu la nom). Introduit longuement par le trompettiste, à coup de phrases courtes et de growl, le morceau nous embarque dans un groove haletant et nuancé. On emprunte des routes vallonnées à toute vitesse, Bruno Angelini déglingue le tempo pour mieux le relancer, Mauro Gargano passe du gros son au pizzicato nerveux et finalement Julien Augier reprend le drive. Grisant !

En deux morceaux, le trio a défini le terrain sur lequel il allait jouer : entre la tradition afro américaine et une certaine conception de la musique européenne. Entre l’énergie et la sérénité, entre la spontanéité et la réflexion. Proposant à chaque musicien de venir avec son bagage, son accent, sa culture. Un rendez-vous sur un vrai terrain d’entente en quelque sorte.

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A partir de là, chacun écoute, propose, répond, construit. Et l’on passe rapidement d’une musique assez élaborée à un swing organique très moderne. On monte vite en puissance, sous l'impulsion d'Angelini au toucher alerte et sophistiqué, qui joue les contrepoints, occupe tout le clavier, alterne les mélodies, harmonies et dissonances avec toujours beaucoup d’à-propos. Il peut être à la fois lyrique et, aussitôt après, presque free. Et le courant passe à merveille entre lui et Jason Palmer. L’américain possède un son clair et précis, comme celui d'un post-bopper frénétique, mais aussi, parfois, un son plus «sale» et rauque à la Armstrong... Ou alors, il est d’une légèreté presque éthérée.

«Third Shift», «In A Certain Way» ou «Jtrio» s’écoutent comme autant d’histoires différentes et communes à la fois. Avec un point de vue qui diffère toujours.

Dans un discours fluide et sans fioriture, Julien Augier, en leader de bon goût, laisse souvent la parole à ses acolytes. Et quand il prend des solos, c'est toujours en fonction de la musique et non pas pour faire de la musculature.

Pour terminer ce très bon concert, le groupe invitera encore le trompettiste Adrien Volant (venu saluer son ami Jason) à partager un standard envoyé avec une belle fougue.

Round Trip Trio and Guest, remplit vraiment bien le contrat qu’il s’est fixé. On le réécoutera donc encore avec intérêt et on suivra sans nul doute ses évolutions à venir, avec Jason Palmer ou avec d’autres.

 

 

 

A+

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26/10/2017

Robin Verheyen, Bram De Looze, Joey Baron - Monk au Monk

 

Thelonious Monk a 100 ans.

Le 10 octobre, Thelonious Monk a 100 ans ! Alors, mardi, de midi à 19h., à Flagey, en compagnie de Marc Van den Hoof, on écoute toute, toute, mais alors vraiment toute l’œuvre du génie du piano.

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Mais la veille, le lundi 9 au soir, dans "Jazz", l’émission de Lies Steppe sur Klara, on écoute et on évoque aussi Monk. En long et en large, de 18h. à minuit !

Au micro de Lies, se succèdent musiciens et spécialistes, Guy Peters, Peter Vermeersch, Claire Chevallier et Rob Leurentop.... Tout ça, en direct du Monk café, à Bruxelles ! Évidemment.

Et pour que la fête soit totale, Klara a eu la bonne idée d’inviter aussi le trio du saxophoniste Robin Verheyen (avec Bram De Looze au piano et Joey Baron aux drums), qui, à l’invitation de Bozar - ou il a joué quelques jours plus tôt - a concocté un programme spécial ! Et ce soir, tout ça, c’est gratuit ! N'est-ce pas un très beau cadeau d'anniversaire, ça ?

Autant dire que le bistro de la place Sainte Catherine est bourré à ras bord.

Vers 21h., le trio prend possession de la scène dans une chaude ambiance.

Des notes de piano comme venues d’un autre monde, un sax qui claudique, puis des balais qui précisent le tempo. C’est découpé, cinglant et sec. Le swing est nerveux et dégraissé jusqu'à l'os. Robin envoie des riffs brefs, Bram ponctue et éclabousse, Baron fouette. «Bans», la compo originale de Robin claque et est bien dans l’esprit monkien ! Quelle entrée en matière !

«Ugly Beauty» se fait ultra introspectif et crépusculaire. On effleure la mélodie avec nuance et parcimonie. On laisser respirer les silences. On est suspendu au souffle profond de Robin et aux contrepoints étonnants de Bram. «Bye-Ya», introduit aux percus, mains nues, par Joey Baron n’en finit plus de s'ouvrir. Robin Verheyen, au soprano pincé comme du Steve Lacy, invente, sculpte, s'évade. Le trio détricote le morceau, le rapièce, le malaxe.

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Enfin, une longue improvisation plus délicate, presque pastorale, rappelant un peu Ravel, prend forme. Robin virevolte, sans jamais prendre de la hauteur, comme pour rester à butiner avec la batterie, au plus près du piano de Bram, déconcertant, souple et élégant. Ce «rase-motte» étonnant nous amène à «We See», qui, lui, n'en finit plus de s'élever.

Break. Fin du premier set... Et malheureusement, je n’assisterai pas au second. J'écouterai encore un peu l'émission à la radio. Avant de m'imaginer la suite...

Monk ! Compositeur unique. Monk qui surprend encore et toujours, et qui permet aux jazzmen (qui ont assimilé l'esprit et la pseudo folie du maître) de se réinventer en toute liberté. Encore et toujours. La preuve, ce soir, avec les musiciens exceptionnels que sont Robin Verheyen, Bram De Looze et Joey Baron.

Monk est vivant.

Merci les amis. Merci Bruxelles. Merci Monk.

A+

 

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24/10/2017

Manuel Valera Trio à l'Archiduc

Comment se fait-il que Manuel Valera, pianiste cubain, qui vit à New York depuis 2000 et ayant déjà à son actif près d’une douzaine d’albums en tant que leader, soit très peu connu chez nous ? On peut se poser la question ! On retrouve pourtant sur ses albums Seamus Blake, Antonio Sanchez, James Genus, Alex Sipiagin, John Patitucci, Bill Stewart ou encore Ben Street

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Il aura donc fallu que soit mis en lumière par les bons soins de Stefany Calembert (Jammin’Colors) Seasons (album que je vous recommande chaudement) pour que l'on s’en prenne plein les oreilles.

Pour sa tournée européenne, le trio de Manuel Valera (Hans Glawischnig à la contrebasse et E.J. Strickland aux drums) faisait un halte à l’Archiduc ce dimanche 8 octobre.

Nos trois jazzmen se connaissent bien et ne se posent donc aucune question pour nous balancer le bien nommé «Opening» en pleine face ! Bam ! On entre de plain-pied dans le groove, l'énergie et la tension.

Les attaques de Valera sont franches et percussives. On pense un peu à Chick Corea, Keith Jarrett des débuts ou à Gonzalo Rubalcaba, bien sûr, mais ce ne sont là que quelques accents, Valera impose rapidement sa propre personnalité. Au-delà d’une technique impressionnante, il délivre un jeu plein de musicalité, mettant surtout en avant la mélodie. C’est vif, clair et précis.

Et puis on sent un trio soudé, qui s'écoute, se répond et échange les yeux fermés. Valera tourne même le dos à son contrebassiste et son batteur. Sont-ce eux qui suivent ou qui poussent ?

Il y a des tensions jusqu’à la cassure, des relâchements tout en douceur et une musique voyage tout le temps.

«Tres Palabras», sans mièvrerie ni cliché, se fait dansant et effleure à peine une tendance latino. Mais il y a de l’âme dans cette musique ! Ça joue romantique et c’est ferme en même temps. Dans ce cas de figure, Hans Glawischnig rappelle un peu le jeu d’un Scott La Faro. Ambiance !

Il y a ensuite l’incroyable et explosif « What Is This Thing Called Love », propulsé par une rythmique incandescente. Ces gars ont baigné dans la tradition, il connaissent le vocabulaire par cœur et s’en jouent. Ça sent New York ! Ça pue New York ! Il n’y a aucun temps mort, aucun déchet, tout est nécessaire. Et jamais, jamais, les musiciens n’insistent.

Strickland, merveilleux de finesse et de force mêlées, s’immisce dans les contrepoints, donne du relief. Il a cette faculté de laisser respirer les morceaux pour mieux leurs donner du souffle.

Sur un des morceaux de la suite «The Seasons», le trio s’amuse avec de faux ralentissements et des changements de tempos. Il joue le chaud et le froid. Le piano laisse la contrebasse puis la batterie prendre de l'avance avant de venir dépasser tout le monde sur le fil. Plaisir à l’état pur !

«In My Life», des Beatles, n'a rien d'une pop jazzifiée et «Rhythm A Ning» - anniversaire de Monk oblige - est revisité avec beaucoup de personnalité. Alors, on a bien droit à un rappel ! Et il n’est pas moins explosif…

Deux sets bouillonnants, pleins de surprises, de générosité et de plaisir.

Bref, un trio à revoir et à réentendre. A Bruxelles ou ailleurs.

Et pas dans douze albums !

 

 

 

A+

 

 

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23/10/2017

Nathalie Loriers Groove Trio au Sounds

J’étais très curieux d'entendre le trio de Nathalie Loriers dans une nouvelle configuration (avec Thierry Gutmann à la batterie et Benoît Vanderstraeten à la basse électrique) et baptisé pour le coup : Groove Trio !

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Samedi soir, après le concert de FOX à la Jazz Station, je fonce donc au Sounds pour écouter ça.

Je pensais, au vu du nom du groupe, que Nathalie allait jouer du Fender Rhodes, comme elle le fait avec talent dans la formation de Fabrice Alleman. Hé bien non, surprise, ce sera du piano.

Alors bien sûr, au début, même si le trio a déjà joué quelque fois ensemble, il doit trouver ses marques, surtout concernant l’équilibre sonore. Sur le vivifiant «Jazz At The Olympics», par exemple, la rythmique a tendance à dominer et étouffer un peu trop le piano et c'est parfois dommage car, lorsque il y a des changements de tempo comme sur «Canzoncina», par exemple - où la relance est quand même jubilatoire - on ne profite pas totalement des subtilités et de la richesse de jeu de Nathalie…

Mais tout cela s’arrange rapidement et le groupe prend vite sa vitesse de croisière.

Reprenant principalement des compositions de son répertoire, la pianiste en a réarrangées certaines. «Lennie Knows», tout en pleins et déliés, se faufile avec bonheur entre soul jazz et post bop, et chacun des musiciens y trouve un bel espace de jeu. Mais c’est surtout dans la ballade «And Then Comes Loves», plus suave et feutrée, que l’on retrouve le phrasé unique de Nathalie, à la fois incisif et détaché.

Quant à la reprise, en version pseudo calypso, de «Summertime», elle permet à Benoît Vanderstraeten de s’envoler dans un solo éblouissant, ample et souple, et au reste du groupe de s’amuser en toute liberté.

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Le second set continue sur sa belle lancée avec un «Caravan» revu et corrigé. Une intro à la basse d’abord, puis la batterie qui enchaîne en claquant et ensuite le piano qui improvise, explore, file et s’évade. Les longues phrases de Nathalie progressent par vagues, ondulent puis galopent avec beaucoup d’inventivité. On tapote des doigts et on bat du pied.

L’excellent «Dinner With Ornette and Thelonious», parsemé de citations, se prête à merveille, lui aussi, au nouveaux arrangements. Les virages sont serrés et les accélérations surprenantes. Thierry Gutmann relance sans cesse dans un jeu sec tandis que Benoît Vanderstraeten joue ample, ce qui permet à Nathalie Loriers de prendre les chemins qu’elle veut.

«Portrait in Black and White (Zingaro)» de Jobim est certes moins funky, mais n’en est pas moins dansant. Et pour conclure un concert aussi élégant que groovy, le trio se lâche une dernière fois sur un «Funk For Fun» qui n’est pas sans rappeler, dans cet arrangement, un Les McCann ou même un certain Legnini

De belles aventures à suivre, donc.

A+

 

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19/10/2017

FOX trio + Guest à la Jazz Station

FOX, le trio de Pierre Perchaud (eg), Nicolas Moreaux (cb) et Jorge Rossy (dm & vibra), oui l'ex batteur de Brad Mehldau - qui s’était déjà fait remarquer avec un premier album tout en tendresse il y a un an ou deux - s'est augmenté de Chris Cheek (ts) et Vincent Peirani (acc) pour enregistrer un second opus, Pelican Blues, qui trouve son inspiration dans la musique de la New-Orleans, berceau du jazz et du blues.

Et c’est au grand complet qu’il s’est présenté à la Jazz Station ce samedi 7 octobre.

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Une fois de plus, le club (je sais, ce n’est pas vraiment un club) avait fait salle comble. Cela devient une (bonne) habitude et c’est amplement mérité au vu de l’excellence et de la régularité de la programmation.

Bien que l’orientation soit assumée donc, FOX ne revisite pas les standards de l'époque et ne «se la joue pas» - encore moins - roots. Par contre, les musiciens ont intelligemment digéré cette musique, ils l'ont humée, mâchée, dégustée et assaisonnée à leur façon. Bien sûr, on retrouve parfois le blues poisseux (comme dirait Vincent Bessières dans les très intéressantes liner notes de l'album), le côté jovial mais aussi légèrement fataliste qui caractérisent cette musique. Mais FOX évite les clichés et propose une musique plutôt personnelle.

«Cliff Tone» ouvre le chemin de façon nerveuse à un «Canoë» qui dérive sur des courants tumultueux et impétueux. Merveilleuse entrée en matière.

Avec beaucoup de simplicité et de décontraction, Nicolas Moreaux ou Pierre Perchaud expliquent, tour à tour, quelques anecdotes sur chacune des compositions. Il est toujours intéressant de contextualiser ce type de musique et d’en expliquer la démarche. Et si, en plus, c'est fait avec légèreté et humour, cela ne se refuse pas.

Après un énergique «Fox On The Run», qui se défile comme un animal traqué entre les échanges vifs du sax et de la guitare, il est temps d’inviter Vincent Peirani.

C’est incroyable la façon qu’a l’accordéoniste d’utiliser son instrument et de le détourner sans pour autant le dénaturer. Il lui donne un rôle swinguant et canaille tout en restant fin et élégant. ... Et détonnant !

Ce «Pelican Blues», titre éponyme de l’album, est un délice. Ça sent bon l'alcool de contrebande servi dans les bars de nuits, les déambulations nocturnes, les pertes d’équilibre au bord du caniveau d'une rue mal éclairée. Et pourtant, je le répète, on est loin des clichés. La guitare de Perchaud est souvent caressante et enveloppante, mais elle ne manque cependant jamais de piquant. Le dialogue avec le sax, faussement soyeux, de Cheek est une parfaite réussite

FOX mélange le traditionnel et le contemporain, le blues et le classique. Presque sans y toucher. «Syntax», par exemple, (inspiré de «When the Saints Go Marching In» impossible à reconnaître) semble décliner la mélodie en pointillés, laissant beaucoup de place aux impros et aux échanges.

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A la contrebasse, le jeu de Moreaux est sensible, très à l’écoute des autres. Il ajoute beaucoup aux mélodies dessinées par Perchaud en laissant beaucoup de distances. Ça respire et c’est dense à la fois. Ce n’est jamais agressif mais c’est toujours tendu.

On retrouve toujours un équilibre nuancé entre groove et douceur, entre impétuosité et détente dans chacune des compos. Il y a toujours un balancement entre nonchalance et urgence. Mais il y a surtout une grande écoute et une ouverture d'esprit qui font l'essence du jazz, et qui permettent un vrai dialogue.

Alors, il y a encore le voluptueux «2 a.m.», avec Jorge Rossy au vibraphone, le lent «Four Deuces», aussi sensuel que le dos musclé de Marlon Brando dans «Un tramway nommé Désir», ce «Mardi Gras - Bubble Gumbo» qui rappelle les marches de fanfares qui déambulent dans des rues poussiéreuses, ou encore la ballade introspective «Spirit of St. Louis»…

Fox nous fait voyager, en toute élégance, entre bluegrass et americana, tout en gardant un ancrage très européen.

C’est frais, actuel, swinguant, simple et plutôt singulier.

On en reprendrait bien encore un peu…

 

 

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

A+

 

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14/10/2017

Paco Sery Group - Marni Jazz Festival

Paco Sery est un batteur imprévisible.

Sans doute parce qu’il joue la musique « d’oreille » depuis qu’il est petit. Il ne se donne donc aucune limite et aucun obstacle n’est infranchissable pour lui. C’est un fonceur plutôt qu’un calculateur – même s’il sait très bien où mener sa barque – et est capable d’entraîner dans son sillage n’importe quel musicien prêt à jouer le jeu.
Ce soir, au Théâtre Marni qui a de nouveau fait salle comble, ce sont Swaeli Mbappe (eb), Danny Marta (eg), Nicholas Vella (keys) et Eric ‘Rico ‘ Gaultier (as) qui s’amusent avec le maître Ivoirien.

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Arrivé dans un tonnerre de bruits préenregistrés et dans une salle plongée dans la pénombre et la fumée, baskets lumineuses aux pieds, Paco s’installe derrière les futs et lance aussitôt un groove transpirant de sensualité. Derrière son orgue électrique, le claviériste s’accompagne d’un talkbox, tandis que l’immense saxophoniste, aux allures de basketteur, attaque sèchement, répond ou brode avec fougue. La basse galope et les riffs de guitare se mêlent aux frappes puissantes et claquantes de Paco. Le batteur se jette littéralement sur ses tambours se soulève, se tord, se penche en arrière. Ça commence fort.

Et cela n’ira pas en s’assagissant. On passe d’un soul funk à la George Benson à un bop ouvrant la voie aux improvisations délirantes, sans oublier un « Boogie Shuffle » en hommage à Joe Zawinul. L’impro est totale, tant dans la musique que dans la set-list. Rien ne semble avoir été préparé et l’on joue pour le plaisir. A l’instinct. Comme dans une jam… de très haut niveau. Les break et les surprises s’enchaînent. Chacun y va de son solo, poussé dans le dos par le leader. Paco se balade, décide, sur le moment, de la route qu'il va prendre, joue avec des silences parfois long pour mieux surprendre le public et garder la tension entre les musiciens.

Puis, il y a le passage obligé au likembe pendant lequel un dialogue de transe s’installe avec le piano puis la basse. Paco fait le show, raconte ses aventures, quelques anecdotes, se moque gentiment des musiciens, tente avec eux de jouer des morceaux à peine répétés. Et ça marche. Ces gars ont ça dans le sang. Funk, afro beat, tout y passe.

On invite le public à se lever, à participer, à clapper des mains, à chanter, à danser. Et en bouquet final, notre fantastique bassiste national Da Romeo, vient s’emparer de la basse de Mbappe en plein milieu du morceau pour ajouter une dose supplémentaire d’explosivité. Magique.

Paco et sa bande sont heureux, ils saluent le public qui redouble d’applaudissements, avant de quitter la scène. Les lumières se rallument un peu… mais le public en veut encore et insiste ! Et Insiste encore… Alors le groupe reviendra une dernière fois sur scène pour un court, mais très intense rappel.

Que du bonheur pour ce bon concert final d’un Marni Jazz Festival des plus réussis.

Bien vite l’année prochaine !

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

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17/09/2017

NextApe - Antoine Pierre - Théâtre Marni

On avait dit qu'avec internet et les connexions en tout genre, plus personne ne sortirait de chez lui. Détrompez-vous. Il y a encore beaucoup de gens prêts à découvrir des choses en live. Et c'est plutôt rassurant. Sur les six concerts proposés par le Théâtre Marni, lors de son Jazz Festival dédié à la batterie, trois étaient totalement sold-out et les autres full de chez full.

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Ce vendredi encore, on se massait devant la scène pour assister à la très attendue carte blanche offerte à Antoine Pierre qui s’est entouré de Lorenzo Di Maio (eg), Jérôme Klein (keys), la merveilleuse chanteuse Veronika Harcsa et Ben Van Gelder (as) pour former NextApe.

Le prolifique batteur, que l’on ne présente plus (Urbex, LG Collectif, TaxiWars, Philip Catherine, Lorenzo Di Maio, Jean-Paul Estiévenart, Tree-Ho, etc.) vit bien dans son époque. Il est curieux de tout et passionné de tout. Et très érudit. Et très éclectique. Normal que sa musique le soit aussi...

Ce soir, on l’a senti, il s’est encore fait plus plaisir qu’à l’habitude. Fidèle à son sens du boulot bien fait, Antoine a pensé et repensé son projet. Il a imaginé la musique, mais aussi la mise en scène, la dramaturgie, les textes, la lumière.

En guise d’introduction, dans une salle plongée dans le noir, NextApe nous fait d’abord entendre - version low-fi - un enregistrement de Basquiat sur une musique crachotante de jazz des années folles. Et puis, aligné devant nous, le groupe nous balance un rock binaire puissant, électrique et électro. C’est « Alarm Clock », qui nous prévient : « Here comes the Next Tape or... Next Ape »…

Et nous voilà parti dans l’exploration (une partie seulement) de l’univers d’Antoine Pierre : rock, rap, hip-hop, prog rock, électro, ambiant… Du jazz ? Non, pas vraiment cette fois-ci.

D’ailleurs, le second morceau, joué par strates, flirte avec l’esprit trip-hop. Et on ne peut s’empêcher de penser à Portishead ou UNKLE. On glisse ensuite du côté pop, très légèrement soul (léger, léger), avec un morceau semblant s’inspirer d’Urbex pour mettre une première fois en valeur les talents de la chanteuse Véronika Harcsa. A l’aise dans tous les registres, elle impose une présence forte. Autant elle est intégrée dans la musique, autant elle semble avoir du recul sur l’ensemble… et donc, plus d’emprise encore.

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NextApe enchaîne. Avec énergie. On se dit qu’on a devant nous un véritable groupe de rock. De rock savant ! NextApe joue les breaks, construit une musique foisonnante d’idées. Pleine d’idées. Trop d’idées peut-être. On a parfois l’impression de se retrouver dans un grand magasin de confiseries dans lequel on pourrait tout goûter sans pouvoir en profiter pleinement, ou dans un méga musée contemporain bourré d’œuvres exceptionnelles, sans avoir le temps de réellement en apprécier toute la richesse et la profondeur. Du coup, on n’a pas vraiment le temps de vibrer ou d’être vraiment ému. On est fasciné par la technique irréprochable des musiciens. Mais on reste un peu distant. Peut-être que ce concert aurait dû se jouer « debout » ? Et l’on continue la visite d’un monde un peu rageur, voire parfois pessimiste, avec « Oliphant » qui zieute du côté de Sidsel Endresen ou de tUnE-yArDs. On va faire un tour du côté de Thom Yorke, Squarepusher, Zappa, Aphex Twin, Pink Floyd

Soudain, en invité surprise, venu du public, l’acteur Martin Swabey ("Mr. Nobody") déclame avec force un texte écrit par Paméla Malempré (« They Came » (?) ) sur une musique rageuse. Puis on laisse Lorenzo Di Maio se déchaîner sur un solo, Jérôme Klein explorer des beat électros tranchants, Ben Van Gelder déposer quelques phrases plaintives sur un morceau planant et surtout Veronika Harcsa éblouir tout le monde. Et l’on entend du Mike Ladd, du Kendrick Lamar, des gimmicks à la DJ Logic, du Mark Guiliana

On entend beaucoup de choses. Ça va partout. Il y a beaucoup d’infos. Cela devrait peut-être être un peu canalisé pour que l’émotion ressorte plus, pour que l'on retrouve ce frisson qui fait oublier tout le reste. Pour retrouver aussi, peut-être, un peu de cet esprit jazz dans tout ça...

Antoine Pierre s’est fait plaisir, et il a bien eu raison… Alors, quand on entend ce que fait NextApe, on se dit que… le rock a vraiment de beaux jours devant lui. Et pour cela, on ne peut que remercier nos jazzmen.

A suivre… ;-)

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

A+

 

 

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14/09/2017

La Chambre Verte

Souvent, je les croise lors de concerts. Souvent, ils sont sont là bien avant le concert. Ils sont là pendant la balance.

Un peu avant aussi.

Ce sont Bastien Paternotte et Vincent Dascotte, casque sur les oreilles, micro à la main.

C’est Arnaud Ghys l’œil collé à l’objectif.

la chambre verte,

Ils captent l’ambiance avant que les musiciens ne montent sur scène, en toute décontraction. Ils échangent.

Puis ils partagent.

C’est du son et des images fixes. Un montage subtil, intelligent et impressionniste, qui révèle l’artiste. Un moment… différent.

C’est La Chambre Verte.

Il y a d’abord eu Erik Truffaz, lors de son passage à Flagey (il a eu droit à son "webdocumentaire" et on espère que les autres jazzmen y auront droit aussi). Puis il y a eu David Linx lors de son concert au Théâtre Marni ensuite Ivan Paduart, Quentin Dujardin et Manu Katché au Tournai Jazz Festival

Maintenant c’est au tour d’Antoine Pierre d’entrer dans la Chambre Verte. C’était lors de son passage à la Jazz Station en mars dernier.

Assez complémentaire avec ce que vous lisez chez Jazzques, non ?

Assez parlé. Assez lu.

Allez écouter. C’est ici !

 

Photo © Arnaud Ghys.

A+

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10/09/2017

(The Mystery Of) Kem - Théâtre Marni

Après le piano, la guitare ou encore la contrebasse, le Marni Jazz Festival met en avant cette année la batterie. Au programme, on retrouve Michel Debrulle avec Trio Grande et Rêve d’Eléphant, Bruno Castellucci, Manu Katché avec Ivan Paduart, mais aussi Paco Séry, Antoine Pierre et, bien entendu, Stéphane Galland.

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Ce vendredi soir, le percussionniste fou d’Aka Moon, présente son nouveau projet très personnel : (The Mystery Of) Kem.

Pour le coup, il s’est entouré de talentueux et jeunes musiciens (Federico Stocchi à la contrebasse et Sylvain Debaisieux au sax ténor) et de moins jeunes, car on ne peut plus vraiment dire que le pianiste Bram De Looze est un nouveau venu. Et puis, cerise sur le gâteau, Galland a aussi invité Ravi Kulur, un flûtiste indien qui tourne beaucoup avec Ravi Shankar – excusez du peu - qui est entré en contact avec notre batteur belge via les réseaux sociaux ! Comme quoi, cela a parfois du bon.

Le quartette de départ existe depuis trois ans déjà et a construit, lentement mais sûrement, une musique très sophistiquée et basée principalement sur divers concepts rythmiques. La dernière semaine avant ce concert, nos musiciens se sont même retrouvés parfois à ne répéter que les tempos à mains nues et sans instruments, histoire d'innerver véritablement le corps et l’esprit.

Il faut reconnaître que la musique de (The Mystery Of) Kem est assez éloignée d’un « simple » 4/4…

Le Théâtre Marni est archi sold-out lorsque le groupe monte sur scène. Et après un salut respectueux au public, il entre rapidement dans le vif du sujet.

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Le bansuri de Ravi Kulur ouvre l’espace, Stéphane Galland dépose des frappes brèves, comme autant des gouttes de pluies fines et claquantes, le piano s’engouffre entre les interstices, la contrebasse marque un tempo décalé, le saxophone glisse dans les rythmes… et nous voilà embarqué dans un voyage plein de rebondissements.

C’est une course relais. Ou un jeu de domino. La musique ne fait que se découvrir.

Ce qui est fascinant, c’est l’énergie qui s’en dégage : jamais lourdingue, jamais envahissante. C’est clair : il n’est pas nécessaire de jouer fort (et pour cela, on remerciera aussi Michel Andina pour le son parfait) pour que ce soit puissant, mais il faut surtout jouer avec les pulsations, les pleins et les déliés, les gifles et les caresses. Et que de nuances ! Que de retournements de situations ! Que de reliefs dans cette musique riche à souhait !

Puis c’est la basse, puissante et ferme de Federico Stocchi qui introduit « Morphogenesis » et qui donne la direction. C’est elle qui permet à Ravi Kulur et Sylvain Debaisieux de prendre de brefs solos qui finissent par se mélanger. Alors la musique prend de l’ampleur, se gorge de couleurs, atteint des sommets.

Après ce long morceau évolutif, « Hitectonic » surprend par sa concision. Sur des rythmes presque jungle, chacun se connecte et balance ses phrases avant une conclusion abrupte. Tout est dit, pas la peine d’en rajouter.

Plusieurs fois, Bram De Looze est mis en avant. Ses intros, sur « Symbiosis » ou « Mælström » sont éblouissantes de caractère. Son jeu est aussi claquant qu’il est harmonique. Et toutes ses interventions, en osmose avec le flûtiste ou en contrepoints avec le batteur sont d’une rare intelligence.

On passe des rythmes indiens aux claves cubaines, des alap à la transe, de la musique contemporaine aux groove furieux. C’est intense, c’est raffiné, c’est lumineux ! Les couches rythmiques se mélangent, se dissocient, se rejoignent. Le tourbillon est incessant. On sourit, on tape du pied… On lévite presque. Le cœur bat fort et l’esprit reste en éveil. Ce n’est que du bonheur.

Alors, forcément, (The Mystery Of) Kem a droit à sa standing ovation. Et le public a droit à son rappel. Et quel rappel ! Un « Afro Blue » qui démontre - si certains ne l’avaient pas encore compris - que cette musique si contemporaine, si foisonnante et si excitante, ne serait rien sans de véritables racines.

Merci à ©Roger Vantilt pour les images.

 

 

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05/09/2017

Belgian Jazz Meeting 2017

Tous les deux ans, le Belgian Jazz Meeting permet aux organisateurs, programmateurs et journalistes internationaux de faire connaissance avec une belle sélection d’artistes belges. Douze, en l’occurrence. Ces derniers ont trente minutes pour convaincre. Une belle opportunité à saisir, même si l’exercice n’est pas simple.

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L’édition 2017 se déroulait ce premier week-end de septembre à Bruxelles, au Théâtre Marni et à Flagey. L’organisation était parfaite, pro, simple et décontractée, bien dans l’esprit du petit monde du jazz belge.

Tout a donc commencé le vendredi soir avec le concert de Lorenzo Di Maio.

Fidèle à mes (mauvaises) habitudes, indépendantes de ma (bonne) volonté, j’arrive juste trop tard pour assister à sa prestation. Bien que je connaisse assez bien Lorenzo et son groupe pour avoir assister à nombre de ses concerts, j’aurais bien aimé le voir et l’écouter dans les conditions un peu particulières de ces showcase. Tant pis pour moi.

C’est alors au tour de Jozef Dumoulin de se présenter en solo. Devant son Fender Rhodes, ses dizaines de pédales d’effets et autres gadgets électroniques, le grand claviériste propose un set assez… radical. Bruitiste, avant-gardiste, chaotique, presque abstrait, voire… hermétique. Avec tout le respect que j’ai pour Jozef et sa créativité débordante, qui d’habitude me transporte, j’avoue être passé totalement à côté de ce concert… Je n’ai jamais compris où il voulait nous emmener. Et pourtant, je suis loin d’être réfractaire à sa musique, bien au contraire. Une autre fois peut-etre ?

Après une coutre pause, c’est Drifter (emmené par Nicolas Kummert, Alexi Tuomarila, Teun Verbruggen et Axel Gilain) qui propose une musique bien plus accessible, à la fois lyrique, tendue et finement arrangée. Drifter mélange avec beaucoup de sensibilité et d’à-propos des groove africains, de la folk, de la pop, de l’ambiant ou de la chanson (ce sera d’ailleurs la seule occasion, durant tout ce meeting, d’entendre du chant...). La musique est généreuse, pleines de couleurs différentes, d’interactions entre les musiciens. Ceux-ci s’amusent, prennent du plaisir et, emportés par leur élan, dépassent un peu le temps qui leur été imparti… On ne leur en voudra pas car on s’est plutôt bien amusé. Ce groupe continue à prendre de l’épaisseur et l’ensemble est très convaincant.

C’est donc avec un peu de retard sur l’horaire que le trio de Mattias De Craene clôt la première journée. Avec deux batteurs (Simon Segers et Lennert Jacobs), le saxophoniste propose une musique de transe, presque tribale, très puissante. Tout comme le son - poussé au maximum et à la limite de la stridence (surtout que le saxophoniste use aussi d’effets électro) qui gâche un peu l’érotisme brut que pourrait provoquer cette musique - l’intensité monte rapidement. Et elle y reste. L’ensemble est assez brutal et agressif et manque sans doute parfois d'un peu de subtilité. Mais cela doit sans doute être très efficace sur une scène de festival... pas nécessairement jazz.

Le samedi matin, c’est à Flagey que l’on avait rendez-vous.
D’abord avec Linus, le duo formé par le guitariste Ruben Machtelinckx et le saxophoniste Thomas Jillings. Voilà qui est parfait pour débuter la journée en douceur car ici, tout est fragilité. Les mélodies se construisent par fines couches harmoniques, magnifiquement brodées. La musique, méditative et contemplative, est pleine de reliefs et se nourrit de blues, de musique médiévale, de musique sacrée. Les musiciens sont complices, restent attentifs l’un à l’autre et donnent vraiment de l’âme à ces compositions diaphanes. Très, très beau moment.

Avec Antoine Pierre Urbex, on retrouve le groove, les surprises rythmiques, les variations d’intensités. Et une véritable fluidité dans l’exécution. L’énergie est canalisée, maîtrisée. L’adrénaline monte au fur et à mesure. Le set est extrêmement bien construit. Les interventions de Jean-Paul Estiévenart (tp) sont toujours brillantes, de même que celles de Fabian Fiorini (aussi incisif que décisif), sans oublier celles de Bert Cools à la guitare électrique. La complémentarité des deux saxophonistes (Toine Thys et Tom Bourgeois) est parfaite et le soutien de Felix Zurtrassen à la basse électrique est précis, solide, infaillible. Quant aux dialogues entre le batteur et Fred Malempré aux percus (qui ensoleille certains morceaux avec bonheur) ils sont d’une évidence même. Ajoutez à cela une pointe d’humour et d’impertinence et votre matinée est réussie.

Après un lunch très convivial et un brainstorming autour du prochain Jazz Forum, on se retrouve au Théâtre Marni pour se prendre sans aucun doute la plus belle claque du week-end !

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, le trio infernal !

Mélangeant le jazz, la transe, le free, l’impro libre, les mesures composées… le trio nous a emmené très loin, très haut et très vite. Et, au vu de la réaction du public (une quasi standing ovation !!!), je crois pouvoir dire que nos trois musiciens ont marqué des points. C’était du plaisir à l’état pur. L’essence même du jazz. Des échanges, des surprises, de la complicité, des prises de risques et une envie terrible de raconter des histoires de façon originale, moderne, intuitive et intelligente. Jubilatoire !

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J’attendais beaucoup de Dans Dans pour ses mélanges entre pop et jazz, entre trip hop, ambiant et impros… Et je suis resté un peu sur ma faim. Le trio nous a servi un set quasiment rock (avec Bert Dockx en guitar hero) où tout était poussé à fond… quitte à oublier les variations, les tensions et les relâchements. On y a eu droit, un tout petit peu, avec la reprise du « The Sicilian Clan» d’Ennio Morricone

De jazz, il en était beaucoup plus question avec Animus Anima.

Ce sextette, composé de Nicolas Ankoudinoff (ts), Bart Maris (tp), Pascal Rousseau (tuba), Stephan Pougin (percus), Etienne Plumer (dm) et, pour l’occasion, l’excellent Gilles Coronado (eg), défend une musique assez ouverte, sophistiquée, nerveuse, parfois complexe. Et fraîche. Le plaisir est immédiat car tout est délivré avec énormément de souplesse et d'une pointe d’humour. Ici aussi, ça échange, ça ose, ça bouge. On laisse de l’espace pour des solos ou des duos. On retient, on pousse, on court, on marche, on rigole. Bref, on vit !

Pour refermer cette seconde journée, BRZZVLL avait joué la carte de la fête et de la danse, ce que ce collectif sait si bien faire. Cependant, ce soir, on a eu l’impression que cela tournait un peu en rond, sur des rythmes et des tempos quasi identiques. Et, dans ce cas-ci, on peut même se demander quel était l’intérêt d’avoir deux batteries si elles se contentent de jouer la même chose… Bref, par rapport à d’autres concerts de BRZZVLL que j’ai eu l’occasion d’entendre, celui-ci m’a un peu laissé perplexe.

J’attendais beaucoup aussi de Steiger ce dimanche matin. J’avais vu le groupe (Gilles Vandecaveye (p) Kobe Boon (cb) Simon Raman (dm)) il y a quelques années lors du Jazz Contest à Mechelen. S’il n’avait pas obtenu le premier prix cette fois-là, il était, pour ma part, parmi mes gros coups de cœur.

Mais… pourquoi ont-ils décidé de s’encombrer de gadgets électroniques et de « machines à faire du bruit » plutôt que de concentrer sur la musique, la construction d’histoires, de mélodies, d’interactions… Un peu comme ils l’ont fait en tout début de concert, avant de nous (me) perdre, et surtout lors du dernier et très court morceau de leur prestation. C’était inventif, sec, net, précis et autrement plus intéressant. Dommage. A revoir…

Quoi de mieux que Trio Grande pour terminer de manière festive, ces trois journées roboratives ? Ces trois Mousquetaires (c’est aussi le nom de leur dernier et excellent album) nous ont amusé, nous ont fait danser, nous ont surpris.

Mine de rien, cette musique, tellement évidente et immédiate quand on la reçoit, est complexe, riche et pleine de finesse. Elle exige des trois artistes une connivence extrême et une confiance de tous les instants. A partir de là, et avec un indéniable sens de la forme, Trio Grande peut s’amuser à revisiter le ragtime, la valse, la chansonnette, le blues avec un brio qui n’appartient qu’à lui.

Lors de cette édition du Belgian Jazz Meeting on remit également les prix Sabam Award décernés cette année à Felix Zurstrassen, dans la catégorie « jeunes musiciens », et à Manu Hermia, dans la catégorie « jazzmen confirmés ». Récompenses bien méritées.

On a déjà hâte de se retrouver dans deux ans pour une cinquième édition dans laquelle on aimerait voir peut-être un peu plus de femmes sur scène, mais aussi des chanteurs et chanteuses et, peut-être, un peu moins… de rock (?).

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20/07/2017

Dinant Jazz 2017 - Le retour.

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Après quelques années de silence, le festival Dinant Jazz refait surface pour notre plus grand bonheur. Avec une équipe quasiment inchangée, emmenée par l'indéfectible Jean-Claude Laloux ! Ce qui fait d’autant plus plaisir !

On l’attendait, on l’espérait, et la confirmation a mis un peu de temps à venir, mais ça y est, c’est officiel, le festival aura lieu le 27, 28 et 29 juillet.

A programme, pour cette «résurrection», des fidèles d’abord : Steve Houben, Philip Catherine, Michel Herr, Michel Hatzi, Bruno Castellucci, Vincent Bruyninckx et Bert Joris pour un hommage à Toots le 28 ! Greg Houben, Eric Legnini et son Waxx Up le 29, Paolo Fresu (avec Richard Galliano et Jan Lundgren) à la Collégiale le 27.

Mais aussi le Jazz Station Big Band, emmené par Stéphane Mercier et une pléiade d’excellents musiciens (le 29), Lorenzo Di Maio Group ou encore Sarah McKenzie Quartet (le 28).

Voilà le festival relancé. Alors pour fêter ça (car on va fêter ça, c’est sûr !) direction Dinant.

Toutes les infos ici !

 

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12:36 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/07/2017

Lynn Cassiers et SCHNTZL au Brosella

J'ai toujours été admiratif des artistes qui arrivent à imaginer, inventer et créer à partir de… rien. Admiratif aussi du courage qu'il leur faut pour oser présenter au public une musique qui n’existait pas avant. Non seulement il faut pouvoir la concrétiser mais aussi pouvoir convaincre d’autres d’y croire aussi. Et d’y participer.

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Lynn Cassiers s’est donc entourée de musiciens qui comprennent sa musique et qui peuvent l’emmener encore plus loin.

Pour son Imaginary Band, elle a rassemblé des fidèles compagnons de route, tels que Manolo Cabras à la contrebasse, Erik Vermeulen au piano, Marek Patrman aux drums, mais aussi Alexandra Grimal au soprano et au ténor, Niels Van Heertum au tuba et Ananta Roosens au violon (et un peu à la trompette).

Lynn Cassiers est bien plus qu'une chanteuse et musicienne, c'est une artiste, et son univers est unique.

Oser présenter cette musique très personnelle, intimiste, conceptuelle et contemporaine sur la scène du très familial festival Brosella est une gageure. Soulignons donc l’audace des programmateurs d’avoir proposé cette carte blanche à Lynn. Et remercions-les.

Voilà donc que de longues plages fantomatiques et évolutives envahissent le Théâtre de Verdure. Guidée par la voix cristalline et diaphane de Lynn, la musique se trouve un chemin dans des méandres harmoniques complexes. Le chant ouaté s’entoure de scintillances. De légères réverbérations font échos au souffle chaud du ténor d’Alexandra Grimal, tour à tour félin et acéré. Les notes qu’elle lâche s’éparpillent comme mille feuilles d’arbres prisent dans un coup de vent. Derrière, le jeu foisonnant de Marek, souvent aux balais, et la pulse libre mais précise de Manolo, assurent mais ouvrent toujours le jeu. Et puis il y a les interventions brillantes d’Erik Vermeulen - l’un des pianistes les plus inventifs en Belgique - incisif, parcimonieux, déroutant. Il y a aussi les feulements du tuba de Niels Van Heertum qui démontre toute sa maestria en faisant parler son instrument (sur «We Talk», justement) à force de cris, de râles, de souffles, de grondements profonds ou aigus et de balancements hypnotiques. Entre la chanteuse et la violoniste, les dialogues sont tout aussi subtils, joués parfois à l'unisson et même aussi sur la même tessiture que la chanteuse. A moins que ce ne soit l’inverse car Lynn et sa voix de sirène sont capables de tout.

Atmosphère, musique en apesanteur, Lynn Cassiers a emporté ceux qui le voulaient dans son monde unique, étrange et envoûtant.

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Un peu plus haut dans le parc, sur la seconde scène, SCHNTZL (Hendrik Lasure au piano et Casper Van De Velde aux drums) continue un peu dans la même veine. Enfin, presque.

Ici, la musique est très minimaliste et souvent répétitive. Mais on y ressent un peu plus de groove sans doute. J’avais vu ce duo la première fois à Bruges, il y a deux ans, lors du Belgian Jazz Meeting, et il m’avait vraiment emballé. Il y avait de la fraîcheur et des surprises et pas mal d'humour. On avait retrouvé un peu de tout cela sur leur premier et excellent album, même si on perdait un tout petit peu en spontanéité.

En reprenant quelques-un des morceaux dudit album («Lindbergh», «Dame en Konijn») et autres nouveaux morceaux, SCHNTZL reste très séduisant mais semble vouloir un peu trop sophistiquer sa musique au détriment, parfois, de la légèreté, de la liberté et la désinvolture qui font sa force. Bien sûr les ambiances sont toujours intrigantes, la musique intelligente et les deux amis maîtrisent leurs instruments à la perfection… mais le soufflé est peut-être un tout petit peu retombé ce soir. Hé oui, quand on aime, on est toujours plus exigeant.

Et puis, c’est cela aussi être artiste. Oser avancer, tenter, chercher, au risque de déplaire ou d'être incompris…

 

 

Merci ©Roger Vantilt pour les images

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26/06/2017

Jelle Van Giel Group à la Jazz Station

Pour clôturer la saison 2016/17, la Jazz Station avait invité le batteur anversois Jelle Van Giel à présenter son nouvel album : The Journey.

Ce samedi en fin d’après-midi, la salle est archi comble. Comme quoi, le beau temps n’empêche pas le public de venir écouter, entre quatre murs, une musique pleine de promesses...

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Le groupe de Jelle est presque un mini big band. Outre le leader, derrière ses fûts, on retrouve trois excellents souffleurs : Carlo Nardozza (tp), Tom Bourgeois (as) et Bart Borremans (ts) - déjà fort remarqué chez Chris JorisJanos Bruneel à la contrebasse, Bram Weijters au piano et Tim Finoulst à la guitare électrique.

Il fait chaud mais on a ouvert les fenêtres et l’air circule. Le voyage peut commencer.

«The Journey», titre phare de l’album, se dessine en trois parties. Un départ plein d’optimisme, suivi par de galopantes aventures pleines de swing et d’adrénaline, avant un retour sur terre tout en douceur. Les couches mélodiques et harmoniques se superposent ou s’entrelacent, offrant beaucoup d’espace aux musiciens. On s’imagine très bien en héros un peu naïf, sorti tout droit d’un movie américain des années ’70 (vous l’avez, l’image de Dustin Hoffman ?), valise à la main, au sortir d’une petite ville perdue et poussiéreuse, prêt à en découdre avec le grand monde.

On enchaîne avec «Fuzz», thème faussement alangui, qui monte doucement en intensité grâce aux envolées très inspirées de Tim Finoulst. Le jeu de ce dernier est souvent groovy, sans trop d’effet, proposant plutôt un son chaleureux et boisé. Il y a, dans cette musique, à la fois un côté détendu et une énergie contenue. On pourrait y trouver un peu de soul funk à la Lalo Schifrin ou quelques effluves de soft rock aussi…

Jelle ne nous a pas menti, sa musique est décidément très cinématographique. Il faut dire qu’il l’imagine et l’écrit comme une histoire et arrive à la restituer avec panache et sensibilité. Et puis, ses compositions sont souvent enlevées, parsemées de ruptures rythmiques, comme pour pouvoir se laisser le champs d’aller explorer encore d’autres chemins.

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A part peut-être sur «Heading Home», en toute fin de concert, Jelle se met rarement en avant, il préfère bâtir, soutenir et nourrir sa musique. C’est tout bénéfice pour Bram Weijters, délicat et explosif à la fois, Bart Borremans (fabuleux solo, puissant, gras, profond et plein de virtuosité sur «Just A Little Waltz») ou Tom Bourgeois, au jeu plus aérien mais toujours acéré. Quant à Carlo Nardozza, avec une aisance incroyable, il projette un chant limpide, puissant, clair et précis. Un vrai son de bopper. Il ne faudrait pas oublier Janos Bruneel, qui s’illustre de belle manière sur «The Hidden City», entre autres, en dessinant la mélodie dans un jeu souple et chantant, soutenu simplement par le chabada romantique du batteur. Ce romantisme, on le retrouve aussi dans la tendre berceuse «Lullaby For Nelle», inspirée cette fois par la toute petite fille du leader (haaaa… les papas jazz et leurs petites filles !).

Et le voyage n’est pas fini, on mélange maintenant bop et pop fortement marqué d’un esprit brésilien («Bonito»), puis on se balade du côté de l’Afrique du Sud avec «Cape Good Hope» et son rythme chaloupé qui pourrait rappeler un bon vieux tube de Scott Fitzgerald et Yvonne Keeley

Alors, en rappel, on s’amuse encore sur une dernière composition personnelle qui fleure bon le hard bop des années ’50…

Décidément, toutes ces ambiances différentes collent bien à l'esprit voyageur de Jelle. Avec lui on voyage autant autour du globe que dans le temps.

«The Journey» a tenu ses promesses.

 

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22/06/2017

Adrien Volant feat. Godwin Louis au Sounds

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Il y a deux ans ou trois ans déjà, Adrien Volant avait invité le saxophoniste américain Godwin Louis - qu’il avait rencontré au Smalls à New York une année auparavant - à participer à une mini tournée en Belgique. Il n’y eut que quelques dates, mais elles avaient enthousiasmé plus d’un.

L’année dernière, Adrien et Godwin avaient voulu renouveler l’expérience mais les agendas ont eu un peu de mal à s’accorder (Godwin était très sollicité pour de nombreux concerts autour du monde. On n’est pas finaliste du prestigieux Thelonious Monk Institute of Jazz pour rien.)

Adrien a donc patienté jusqu’au mois dernier où, cette fois-ci, six concerts étaient programmés et, cerise sur le gâteau, deux jours de studio étaient réservés à l’enregistrement d’un album.

Le coup d’envoi avait lieu au Sounds, le vendredi 9 juin.

Malgré la chaleur, il y avait un nombreux public, parfois bruyant, dans le club de la rue de la Tulipe.

Sur scène, le groupe se présente «en ligne», rangés les uns à côté des autres, comme pour affirmer l’idée qu’il s’agit d’un groupe et qu’aucun d’eux n’est mis plus en avant. Pourtant, chacun aura bien l’occasion de s’illustrer ce soir.

Ecrit par Godwin Louis, «Present» est un morceau qui évolue par vagues irrégulières dans lequel le sax et la trompette échangent tour à tour. Les musiciens jouent avec les intervalles et les contrepoints, jouent la course poursuite, accentuent la pulse. Ils font monter l’intensité comme dans une transe Voodoo.

Le son de Godwin est plutôt rond et profond. Ses inflexions sont ensoleillées mais ses attaques sont franches et découpées. Il y met beaucoup d’âme mais ne s'apaise pas sur un sentiment et ne le tire pas en longueur, il l'expose clairement puis le lâche, presque comme par pudeur. Malgré son imposante carrure, il danse, se tortille avec souplesse et semble enrober chaque note ou dessiner chaque accord. S’il n’était pas altiste, on pourrait peut-être lui trouver quelques affinités avec un David Murray, en version un peu plus sage.

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La section rythmique, quant à elle, est en totale osmose. Wim Eggermont aux drums et Alex Gilson à la contrebasse cravachent les tempos et «Cyclic» de Sam Rivers, boosté au groove, se désintègre sous les coups vigoureux du batteur. Le très bopant «Walk In The Dark» n’est pas moins musclé. «La Mecha», sorte de ballade blues ne refuse pas un petit côté dansant, «Stersito» fait un clin d’œil à «St Thomas», quant à «WTF», il révèle un petit parfum de Miles Electric.

Adrien aime le son qui claque, le son droit et brillant. On le sent poussé par l’énergie du groupe. Mais, en bon leader, il sait aussi emmener lui-même ses acolytes sur des pistes aventureuses, mettant de côté les conventions. Le trompettiste propose un jazz parfois un peu sale, un peu brut, qui frotte et qui se bat. Un jazz qu’on pourrait entendre du côté du Velvet Lounge à Chicago. Un jazz qui sent la transpiration et la liberté. On ressent la spontanéité dans le jeu de chacun et on espère bien retrouver cet esprit dans le futur album.

Et puis, un groupe qui n'oublie pas d’inviter Monk («Pannonica» et «Well You Needn't») pour en faire quelque chose de personnel, ne peut pas être mauvais…

A tenir à l’oreille…

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11/06/2017

Jorge Rossy, Hamster Axis, Sal La Rocca, Samuel Blaser - Citadelic 2017

Dix ans ! Le festival de jazz et de musiques improvisées, organisé par l’infatigable Rogé Verstraeten fêtait ses dix ans le week-end dernier. Pour l’occasion, Citadelic s’était associé avec Jazz Case à Neerpelt, qui fêtait également ses dix années d’existence, pour partager certains concerts (Llop, Samuel Blaser, Moker et d’autres).

Vendredi soir, direction Gand.

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Il fait doux dans le Citadelpark. Pas de musique intempestive en attendant que les musiciens montent sur scène, pas de grandes banderoles de sponsors qui envahissent le site non plus. Rien de tout ça. Ici, il y a juste, entre deux grands arbres, une scène en bois (fabrication maison) et autour, des tables et des chaises dispersées un peu partout sur le gazon. Et puis, il y a une minuscule tente où l’on déguste une bière locale (les excellentes Suzanne et L’Arogante) ou un plat signé El Negocito ! Sur scène, ou dans l’une des allées du parc, Steiger s’est produit un peu plus tôt (un jeune groupe à suivre, qui était passé très près du premier prix lors du Jazz Contest à Malines en 2014).

Les jours précédents, on a pu voir Lily Joël, De Beren Gieren ou encore Paul Van Gyseghem… Mais ce soir, c'est le band de Jorge Rossy qui occupe le podium. On ne rappelle plus les faits d’armes du percussionniste - et multi instrumentistes - espagnol qui a fait, entre autres, les très beaux jours du trio de Brad Mehldau. On le retrouve ici derrière le vibraphone, entouré d’une belle équipe : Doug Weiss (cb), Jaume Llombart (eg), Mark Turner (TS) et Joey Baron (dm) qui remplaçait au pied levé l’immense Al Foster rentré prématurément aux States pour des raisons familiales.

Sans annonce préalable, enchaînant directement après le sound check, le quintette amorce un concert plein de douceurs. Le groupe joue presque acoustique, l’ensemble est très peu amplifié mais le résultat est parfait. «Who Knows About Tomorrow» puis «Pauletta», deux balades souples et suaves, permettent des dialogues subtils et tendres entre le marimba et le sax. Mark Turner, fidèle à ses habitudes, développe les mélodies dans un souffle chaud et apaisé. Les compositions laissent beaucoup d’espaces aux respirations et à des solos délicats. Ceux de Jaume Llombarts sont discrets mais remplis de sensibilité (sur «Portrait», en particulier). Puis il y a des morceaux un peu plus enlevés, comme «MMMYeah», où les échanges entre Joey Baron et Jorge Rossy sont plus «joyeux», plus nerveux et plus bondissants. On navigue entre le bop et bossa, on prend son temps et on profite, sans se prendre la tête, de deux sets qui louent l’élégance mélodique.

De quoi reprendre la route du retour le cœur léger et d’avoir envie de revenir.

Ce ne sera pas le samedi, mais le dimanche.

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Le parc est inondé de soleil, il y a toujours pas mal de monde. Mais on respire.

Sur scène, Hamster Axis of the One-Click Panther (on va dire Hamster Axis) a entamé son concert. Depuis un petit bout de temps, le groupe développe un projet assez singulier. En effet, lors de régulières résidences à l’Arenberg à Anvers, le groupe propose à un guest de travailler avec lui. Il y a eu Gregory Frateur (Dez Mona), Roland Van Campenhout, Josse De Pauw, Mauro Pawlowski et d’autres. Le principe est immuable : l'invité rejoint le groupe le lundi et le premier concert a déjà lieu le jeudi suivant.

Pour cette édition de Citadelic, c'est Marcel Vanthilt, homme de télé (avec Ray Cokes sur MTV), de radio, mais aussi leader du légendaire groupe électro punk Arbeid Adelt!, qui est venu avec ses textes et ses compos. Le tout a été «hamsterisé» par Lander Van den Noortgate. Le résultat est assez décoiffant. C’est un mix entre spoken word (néerlandais, anglais ou français), rock, musique ethnique et jazz. C’est compact, parfois touffu. Soutenu par une rythmique solide (Frederik Meulyzer aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse), les solistes (Andrew Claes au ténor, Bram Weijters au piano et Lander à l’alto) en profitent tour à tour, ou à l’unisson, pour ajouter de l’aspérité aux mélodies parfois déjà tranchantes. (Je vous conseille l’écoute de l’album «MEST» pour vous faire une belle idée de la qualité de Hamster Axis.)

C’est au tour de Sal La Rocca et de son nouveau quartette de monter sur scène et de proposer un mélange intelligent de tradition bop et d'avant-garde. L’équilibre est subtilement dosé et le résultat est très convaincant. Un «Jupiter» de Coltrane en entrée et un thème de Joe Henderson pour suivre, et le cadre est plutôt bien défini. A partir de là, on peut voyager. Et le groupe ne s’en prive pas. C'est là qu'on se dit que l'on n'entend pas assez Pascal Mohy (ici au piano et Wurlitzer !) dans ce registre. Il a une façon bien personnelle d'improviser, d’ouvrir le jeu. Ses attaques, ses retenues, ses progressions, ses digressions sont dignes d'un McCoy Tyner, Hancock ou Herbie Nichols… mais c'est surtout du Mohy ! Ce type est un des secrets les mieux gardés du pays. Avec Jereon Van Herzeele au ténor et au soprano, la connivence est parfaite. Jeroen possède, lui aussi, ce son unique, un peu âcre, légèrement pincé, qui amène cette pointe de liberté et entraine dans son sillage l’imperturbable et attentif Lieven Venken aux drums. Quant à Sal, en parfait leader, il drive et groove avec aisance. Son jeu ferme et fluctuant, juste comme il se doit, permet à tout le groupe de profiter de beaucoup de liberté. Un cocktail parfait qui fait vraiment plaisir à entendre et, on l'espère, à re-entendre très vite.

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Radicalement différent, le trio du tromboniste suisse Samuel Blaser (avec Marc Ducret à la guitare et Peter Bruun aux drums) propose une musique presque totalement improvisée. «On part de rien...», me confiera Samuel Blaser à l’issu d’un concert captivant comme souvent (voir ici leur prestation il y a quelques années à l’Archiduc).

Partir de rien ne veut pas dire faire n’importe quoi. Les trois musiciens s’écoutent, échangent et construisent. Blaser, qui maîtrise comme personne son instrument, semble souvent à la recherche de lignes mélodiques très sophistiquées, très riches mais aussi très lisibles. La musique est parfois tachiste ou très découpée mais, comme c’est le cas pour certaines œuvres d'art contemporain, il faut pouvoir embrasser l'ensemble pour en comprendre les détails et l'histoire. Toutes ces petites molécules musicales finissent par faire un tout. Le dialogue entre les trois musiciens est unique et fascinant. Peter Bruun est toujours aux aguets, il éclabousse, soutient et relance dans un jeu très aérien.

Et puis, il y a Marc Ducret ! Ce qui étonne toujours chez lui, c'est la faculté qu’il a de façonner les sons avec une "simple" guitare et une pédale (là où certains ont de véritables claviers aux pieds) ! Doigts nus ou avec un onglet, s’aidant parfois d’un bottleneck, il invente des phrases pleines de poésies et de tensions qui s’incorporent comme par magie à l’ensemble.

Avec simplicité et bonne humeur, les musiciens enchaînent les morceaux et le public redemande encore de cette musique inventive, passionnante et pleine de contrastes. Normal…

Il se dit qu’un album serait en préparation, on s’en réjouit déjà. En attendant, on peut toujours se replonger dans quelques albums très recommandables de nos trois amis (Metatonal, du double trio de Marc Ducret, Spring Rain de Samuel Blaser, avec Russ Lossing, Gerald Cleaver et Drew Gress, ou encore J.A.S.S. avec Alban Darche, John Hollenbeck, Sébastien Boisseau et Samuel Blaser, bien entendu…)

Merci Citadelic. Et bien vite la onzième édition.

A+

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04/06/2017

Le Jazz - de Stéphane Mercier

Cela ne fait jamais de mal de se replonger dans l’histoire du jazz et de se rafraîchir la mémoire. C’est ce que propose le livre du saxophoniste Stéphane Mercier, intitulé sobrement et clairement : “Le Jazz”.

C’est clair, net et… simple.

C’est d’ailleurs le principe de cette nouvelle collection des éditions Ikor : “C’est si simple”.

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Ce livre est surtout dédié à ceux qui ne connaissent que de loin ou pas du tout le jazz, ou s’en font une très mauvaise idée, mais il plaira aussi aux plus érudits qui prendront beaucoup de plaisir à se remémorer, ou à s’imaginer, la musique des Buddy Bolden, Sidney Bechet, Louis Armstrong, Scott Joplin, Bix Beiderbecke, Duke Ellington ou encore des Lester Young, Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane, Billie Holiday, Ella Fitzgerald et plein d’autres - parfois un peu oubliés - jusqu’à nos jours !

Ce court livre, une petite centaine de pages, arrive à survoler cent ans de jazz (si l’on considère qu’il est né avec le premier enregistrement du Original Dixieland Jazz Band) et à aller bien plus loin encore car Stéphane Mercier, en bon pédagogue, reste concis et utilise un langage très clair et fluide. Et puis, il n’oublie pas de contextualiser ce phénomène d’abord social et politique, et d’expliquer comment l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la seconde guerre mondiale ou l’arrivée du rock a fait évoluer cette musique “éponge”.

De plus, en fin de livre, vous pourrez y trouver quelques anecdotes (pour briller en société), ainsi que quelques références discographiques, bibliographiques et même cinématographiques.

Voilà bien un livre à mettre entre toutes le mains, que vous aimiez ou pas le jazz.

Où le trouver ? Ici : Le Jazz - Ikor Editions, mais aussi sans doute dans votre librairie préférée.

A+

 

 

 

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01/06/2017

Daana - Sounds

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J'avais vu le nom d’Anaëlle Potdevin circuler ici ou là, mais j'avais surtout entendu sa voix sur Waxx Up, le dernier album d'Eric Legnini. Da Romeo m'en avait une peu parlé aussi. Normal, notre célèbre bassiste joue avec la chanteuse (qui est aussi comédienne) depuis un petit bout de temps déjà. En duo chez Alice, par exemple, le cocktail bar de Rouge Tomate à l’Avenue Louise, mais aussi et surtout avec leur projet commun, qui prend le temps de se roder au Sounds depuis novembre, Daana.

Vous aurez compris l'acronyme.

En fait, le duo est quintette dans lequel on retrouve Adrien Verderame aux drums, Raf De Baker aux claviers et Lorenzo Di Maio à la guitare. Du beau monde, en somme.

Une visite au Sounds, ce jeudi 25 mai au soir, s’imposait.

Un standard pour ouvrir («The Man I Love»), un autre pour conclure («Just One Of Those Things») et entre les deux, des compositions originales pleines de punch, de sensualité ou de groove. C'est que ça bosse bien chez Daana ! Et pas seulement la musique, mais aussi la présentation - sans aucun temps mort - et la mise en scène avec cette petite lampe de chevet posée dans le fond de la salle qui ajoute une touche intimiste à l’ensemble.

Anaëlle a une façon bien à elle de découper les phrases et de les rythmer. On pourrait y trouver quelques références à Billie Holiday, Amy Winehouse ou encore Selah Sue, mais… Mais c’est encore différent.

Et puis, elle bouge, elle ondule, elle raconte autant avec ses mains qu’avec les mots. Sa gestuelle évoque parfois aussi celle des slameurs et des rappeurs. Entre R&B, funk, soul et jazz, parfois relevé à la sauce dub ou à la musique des Antilles, le répertoire est accrocheur, bien huilé, bien mis en place. Et on se laisse vite embarquer.

Les chansons sont écrites en étroite collaboration avec le bassiste et cela se ressent ! Elles se "construisent naturellement". Les mots, les inflexions, les respirations se fondent aux harmonies et aux mélodies plutôt sophistiquées.

Et puis, chez Daana, on n’a pas oublié de laisser de la place aux impros. Juste ce qu'il faut pour laisser gronder la basse du leader dans quelques solos rageurs, pour permettre aussi à Lorenzo Di Maio des fulgurances dont il a le secret, et à Raf De Baker de distiller avec virtuosité des sons vintages et parfois gospel. Le tout est soutenu par Adrien Verderame, batteur puissant, ferme et redoutable de groove.

Les deux sets, menés tambour battant, passent rapidement. Vraiment, on s’amuse et on se dit qu’il y a quelque chose qui se passe sur scène. C’est efficace. C'est jubilatoire.

Daana devrait certainement provoquer de belles vibrations dans les clubs et sur les scènes jazz… et même sans doute ailleurs aussi.

En tous cas, moi, je suis pour.

 

 

A+

 

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27/05/2017

Citadelic ! C'est à Gand

Quand j’ai rencontré Rogé pour la première fois, on disait de lui que c’était un idéaliste.

C’était vrai. Mais c'était plus que ça. Rogé Verstraeten était un fou.

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Il l’est toujours.

Fou de jazz, fou de musiques, de liberté, d’art, de rencontres, fou d’humains. Car il faut être fou de tout ça pour faire vivre des lieux comme El Negocito pendant près d’une dizaine d’années où, dans un bric-à-brac chaleureux et convivial, on y jouait de la musique improvisée en dégustant d’excellents plats sud-américains. Fou pour remettre le couvert avec La Resistenza ! Et puis, en même temps, Rogé organisait aussi Jazz sur l'Herbe et avait développé son propre label : El Negocito Records.

Le label existe toujours - il est d'ailleurs une référence incontournable dans le milieu - et produit régulièrement de véritables perles de jazz contemporain, de musiques improvisées et aventureuses. On y retrouve, par exemples, BackBack, 3/4 Peace, De Beren Gieren, Bart Maris, Ruben Machtelinck, Moker, Manolo Cabras, Les Chroniques de l’Inutile, Llop, Fulco Ottervanger, Seppe Gebruers et tant d’autres…

Quant à Jazz sur l’Herbe, il est devenu Citadelic Festival.

Voici la dixième édition ! Et c’est gratuit !!! Oui gratuit ! De la folie.

Alors, pour rentrer dans ses frais, Rogé compte sur la dégustation d’excellents plats “maison”, des dégustations de vins ou de bières (hmmm la Hedonis !)… Mais toutes autres contributions sont les bienvenues. Renseignez-vous, demandez-lui.

Alors, c’est où ? A Gand, bien sûr, autour du kiosque du Citadelpark. Oui, là où se trouve aussi le S.M.A.K. !

Facile d’y accéder.

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Et c’est quand ? A partir du mercredi 31 mai jusqu’au lundi 5 juin ! Notez, notez !

Et qui verra-t-on ?

Plein de choses intéressantes comme, par exemples, Jorge Rossy Vibes Quintet featuring Mark Turner & Al Foster, le trio de Samuel Blaser avec Marc Ducret, pour commencer. Mais aussi Osama Abdulrasols, Rodrigo Fuentealba et la percussionniste japonaise Tsubasa Hori

Et puis encore le quartette de Sal La Rocca avec Lieven Venken, Jeroen Van Herzeele et Pascal Mohy, Lilly Joel (le duo de Lynn Cassiers et Jozef Dumoulin), le trio Patrick De Groote, Chris Joris et Paul Van Gysegem qui vient de sortir un fabuleux «Boundless», mais aussi Ruben Machtelinckx & Karl Van Deun, Steiger, Fred Leroux, GLiTS (Peter Vandenberghe et Bart Maris) dont l’excellent album vient de sortir également…

Ce ne sont que quelques noms parmi plus de vingt groupes programmés. Le mieux est d’aller voir le programme complet sur le site Citadelic.

Voilà dix ans que ça dure ! Si vous voulez que cela continue, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Allez, hop, tous à Gand ! Pour l’amour du jazz, pour les idéalistes, pour les fous, pour Rogé !

 

 

 

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22/05/2017

La Jérôme - Musiques Nouvelles & The Terminal - Nuits Bota.

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En février, j'avais raté la «première», au Bota, de la sortie de son album.

Cette fois-ci, aux Nuits Bota (maintenant on dit : «Les Nuits») j'y étais !

Ce dimanche 14 mai, La Jérôme, qu'on a connue aux côtés d’Akro, Baloji, Kaer et toute la bande de Starflam, mais surtout aux côtés de Marc Moulin, présentait à nouveau son bébé. Mais, cette fois-ci, sous forme d’une «création». En effet, ce soir, elle est accompagnée par le quatuor à cordes de Musiques Nouvelles dirigé par Jean-Paul Dessy et du groupe rock The Terminal.

Il fait étouffant de chaleur quand la chanteuse, coupe afro et débardeur blanc, arrive sur scène. Et elle ne compte pas faire baisser la température. En hommage à Marc Moulin, elle chante «I Am You» avec le seul quatuor derrière elle. Un tressaillement nous parcourt l’échine.

Avec simplicité et un sens inné de la scène, elle enchaîne «Soul Teacher» avec le band au complet. La voix est graineuse, sensuelle, claire, présente et sans faiblesse. Et la machine soul jazz funk est lancée. «The Prince», «Fruits Of Rooting», «Brain & Bungabunga», que des tubes potentiels, s’enchainent. Le drumming est sourd et sec, soutenu par une basse profonde et des claviers aériens, très vintage. C’est du gros son, du bon groove, de légers effets électro et de rares samples. La présence, le charme et le talent de La Jérôme font le reste. Irrésistible.

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«Bye Buy World», avec ses nappes de violons, prend encore plus de consistance et d'épaisseur. Offre un certain décalage aussi. Ces arrangements, sur une musique sensuelle et mouvante, voire insouciante, accentuent toute l'ambigüité des paroles désabusées et critiques. Tout comme ils accentuent aussi la gravité des propos dans «The Reason» (au piano et violons).

La Jérôme ménage les effets. Elle captive, elle magnétise. Elle tient la salle et son public avec sincérité et bienveillance. Le temps passe trop vite.

Alors, elle termine avec un presque psychédélique «Let Me Talk To You» et un puissant «Stay Bold». On est assez bluffé par la performance.

En rappel, le trompettiste Nicolas Vandooren, qui s’est également occupé des arrangements ce soir, accompagne la chanteuse pour un sensible et émouvant «Promised Land», qu’elle chantait souvent en fin de concert avec… Marc Moulin…

Alors, pour ponctuer cet excellente performance, et pour boucler la boucle, elle reprend, façon presque hard rock cette fois, «I Am You». Comme un exutoire, comme une fête…

Allez voir La Jérôme ! Profitez-en pour la voir, tant qu’il est temps, dans des salles moyennes, avant qu’elle ne s'attaque à de plus grosses scènes.

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images.

 

 

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21/05/2017

Bart Defoort Quintet - D Jazz à Dinant

Le temps de quitter Bruxelles (après le concert d’Esinam Dogbatse à la Jazz Station), de prendre l’E411, de traverser la belle campagne dinantaise sous le soleil couchant, d’admirer les grosses fermes perdues au milieu de champs de colza, et me voilà arrivé juste à temps pour le concert de Bart Defoort Quintet au D Jazz, au Castel de Pont-à-Lesse. Un véritable petit coin de paradis.

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J'avais raté les concerts de sortie de l’excellent album du saxophoniste, Inner Waves (W.E.R.F. Records), ainsi que le récent concert au Marni quelques jours auparavant. La qualité de ce band méritait bien un déplacement à Dinant (sans compter que l'accueil y est toujours très chaleureux).

Le quintette s’installe sur la vaste scène et entame le très accrocheur «Bright Side». Cela permet directement de démontrer tout le talent de grooveur du leader mais aussi de tout le groupe. Tandis que Toni Vitacolonna martèle sèchement les fûts, soutenu par la contrebasse alerte et ferme de Christophe Devisscher, Hans Van Oost enchaine de magnifiques solos avant de laisser Ewout Pierreux dérouler un jeu de plus en plus grondant. Chacun y va pour tirer le groupe vers le haut. Ça promet !

Le lumineux «The Yearning Song», introduit superbement par Christophe Devisscher, puis «No More Church», sur lequel Ewout Pierreux se fait plus bluesy que jamais, rappellent la qualité des compositions de Bart Defoort. Mélodiste avant tout, il n’en n’oublie jamais la pulsation, le groove, le swing. Il allie le straight à un jazz très actuel et très contemporain. Ceux qui en douteraient devraient tendre l’oreille. Ici, tout est question d’équilibre, de densité, de finesse.

Et puis il y a aussi le son de Bart : pur et déterminé. Il ne va jamais dans l'excès et pourtant son jeu est puissant. Il est toujours sur le fil. C'est un savant dosage entre énergie bien placée et retenues pleines de tensions. Une sorte de force tranquille, à l’image de ces orateurs qui arrivent à faire passer des messages sans hurler, sans vindicte excessive, et qui n'en ont que plus de poids.

«Late Night Drive» file sur un tempo haletant et permet une fois de plus à Ewout Pierreux, décidément intenable, de prendre les commandes dans un solo exaltant.

«Inner Waves», qui est un peu la signature du groupe (outre le fait d'être le titre éponyme de l'album), regorge de cet optimisme, de cette sorte de recherche intérieure entre bien-être et excitation soudaine. Les échanges entre Bart Defoort et Hans Van Oost, dans un jeu souvent tendu, sont nerveux et semblent être une évidence…

Ce quintette groove en permanence et n'a pas peur de se frotter aux mélodies (mine de rien, ce n'est pas évident à faire sans prêter le flanc aux clichés), de s’inspirer des fondamentaux du jazz et de ne pas avoir peur de la beauté.

Il y a encore «Light Red To Dark Blue» ou «To Late To Tell You» construits et joués, eux aussi, d'une façon irréprochable.

Et puis on se quitte en douceur avec, en rappel, «Still» écrit cette fois par Hans Van Oost. L'instant est calme, comme pour nous laisser savourer encore plus le très bon moment que l’on vient de passer.

On retrouvera le quintette à la rentrée (à Renaix, à Jazz in ‘t Park ou à Mouscron) et plus tard à l’occasion d’un Jazz Tour des Lundis d’Hortense. Notez déjà cela dans votre agenda.

 

 

A+

 

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20/05/2017

Esinam Dogbatse - Solo à la Jazz Station

Fin d’après midi ensoleillée ce samedi 13 à la Jazz Station. Quelques rayons dessinent encore sur le fond de la scène la silhouette des arbres. L'ambiance est douce, feutrée, intime. On attend l'artiste.

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Cheveux tressés et tirés en arrière, large sourire aux lèvres, Esinam Dogbatse monte sur scène avec légèreté.

Plus féline que jamais, elle ondule, telle une algue des fonds marins, sur les premières notes de flûte qu'elle enregistre puis retravaille en boucles nuancées. Elle empile et module les phrases et les mélodies. Par couches ultrafines de rythmes, des sons, de chants et de feulements, elle construit un monde fascinant, parfois hypnotique, toujours dansant. Cette musicienne est un mille feuilles.

Sur des pulses, qu'elle varie avec finesse et élégance, elle raconte des histoires sans parole. Elle nous emmène sur les bords du Nil, puis dans une forêt amazonienne imaginaire et peut-être encore chez les Pygmées. Elle est tour à tour flûtiste, chanteuse, joueuse de tambourin, de likembe, de caxix ou de dùndùn. Elle mélange des rythmes ancestraux aux beats modernes de l'électro avec une simple loop machine, un pad et quelques pédales... mais surtout, avec beaucoup de talent.

Elle rebondit sur ses propres rythmes, s’invente de nouvelles couleurs. Elle joue avec les tensions et les émotions. Rien n'est jamais pareil. On va de surprise en surprise. Elle se joue des répétitions, rejette la facilité.

On entend des compos personnelles mais aussi un «Children Song» ou un «Strange Fruit» fantomatique. Intense, intime, vivant, dansant, joyeux, interpelant.

Essinam Dogbatse possède un réel univers. Je l'ai déjà dit et redit, c'est une artiste à suivre. Vraiment.

Un disque est en préparation. Espérons que nous y retrouverons toute la spontanéité et la magie d'un concert live. En attendant, soyez là où elle passe.

Merci à Roger Vantilt © pour la photo.

 

 

 

 

A+

 

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19:18 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz station, esinam dogbatse |  Facebook |

10/05/2017

Samson Schmitt Trio au Sounds

Tout est parti d'une simple conversation entre le musicien Samson Schmitt, son manager Bertrand Squelard et Michel Van Achter, directeur du label Home Records. Une conversation. Et une simple proposition faite au guitariste manouche d'enregistrer, non pas avec son trio habituel, mais d'essayer quelque chose de différent et d'inédit.

Et pourquoi pas ? Le guitariste français est joueur. Il accepte.

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Bertrand Squelard et Michel Van Achter convoquent alors le violoniste Joachim Iannello et le pianiste Johan Dupont. La rencontre est plutôt concluante et après deux jours seulement le tout frais trio a déjà composé plus d’une demi-douzaine de très bons morceaux. Enthousiastes, Bertrand et Michel entrainent les trois amis en studio. 10 compos originales sont gravées. Et le résultat (Rire avec Charlie, paru chez Home Records) est des plus réussis. Il est surprenant aussi, car le trio va au-delà du « simple » (entre guillemets) jazz manouche. En effet, il mélange astucieusement le swing, le classique, un peu de bossa, un peu de chanson. Convaincant.

Alors, ce vendredi soir au Sounds, j'étais curieux de voir ce que cela donnait en live.

J'arrive à la fin du premier set. C’est « Caravan » que l’on joue. Fort. Et bien. Il n'y a pas à dire, même loin de la scène, on ressent la chaleur et la connivence. Rien n’est feint, tout est sincère.

Après un court break, les trois musiciens sont déjà de retour sur le podium. Ils ont envie de jouer, c’est sûr et certain. Ils ont envie d'être ensemble, de s’amuser. Et le plaisir est contagieux. Dans la salle, le public répond avec enthousiasme.

Après un doux et lyrique « Chopin In Spain », « Sweet Georgia Brown » enflamme le club. L’intro, en forme de défi entre violon et guitare, place la barre très haut. S'ensuivent « Djangology » et un autre thème issu du répertoire classique manouche. Mais le mélange guitare, violon et piano, offre une couleur très particulière à l’ensemble.

Tantôt swing, tantôt folk - tirant presque sur le western - tantôt valse ou mazurka, tout bouillonne. Etonnant. Tout se mélange avec beaucoup d'élégance et de fraîcheur. Le trio évite, ou contourne avec malice, le jazz manouche qu’on serait plus habitué d'entendre. L'exercice de style va plus loin qu’une simple dilution d’un style musical dans un autre. Ici, chaque musicien à son caractère, sa personnalité et son background. Et quand tout cela s'additionne et se partage avec autant de générosité, l'échange devient évident, facile et très riche.

« Manouche Attitude » et « Bertrand Swing » s’enchainent. Le public accompagne chaque morceau en clapant des mains et en tapant des pieds. Mais il n'arrive plus à suivre lorsque le trio termine, à 200 à la noire au moins, un « Rhapsody à six cordes » explosif…

Dans cette très chaude ambiance, le groupe ne peut refuser, en rappel, un hommage à Django avec une version de « Les yeux noirs », tout en nuance et volupté. Pur bonheur.

Chapeau, Samson, Joachim et Johan ! Et bien joué les gars !

 

 

A+

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