26/08/2015

Playlist 02 - rentrée 2015 - Selection

Une playlist (et quelques mots) pour une rentrée réussie.

Voici une petite sélection des albums écoutés ces derniers temps.

 

 

Shades Of Blue de Harmen Fraanje (p), Brice Soniano (cb) et Toma Gouband (dm). C’est une certaine plénitude qui émane de cet album. Et en même temps, on y ressent parfois le tourment, le questionnement. Le piano de Harmen Fraanje semble hésiter avant de lâcher les indices d’une piste mélodique à découvrir. La contrebasse et la batterie battent la chamade. Les moments sont suspendus. Superbe album.

God At The Casino de Manu Hermia (saxes), Valentin Ceccaldi (violoncelle), Sylvain Darrifourcq (dm). Brûlant comme un alcool fort ! Un violoncelle qui ne se laisse pas faire, un sax parfois fou, un soupçon d’électro et un drumming hors normes. Et de l’humour dans une musique tantôt furieuse et abstraite, tantôt extatique.

Drop Your Plans de Bambi Pang Pang. Avec Andrew Cyrille aux drums, on pouvait s’attendre à un free jazz explosif. Il n’en est rien. Impros et compos se mêlent dans une étonnante douceur. Tout est pesé, soupesé… Et tout respire. La musique et les silences circulent entre Seppe Gebruers (p), Laurens Smet (cb) et Viktor Perdieus (as). Magnifique de bout en bout.

Cécile McLorin Salvant maîtrise avec une élégance rare la tradition du jazz vocal. Digne héritière de Sarah Vaughan, son dernier album (For One To Love) est un véritable bijou.

Revenons dans le puissant. Alive, de Gratitude Trio (Jereon Van Herzeele (ts), Louis Favre (dm) et Alfred Vilayleck (eb) ). Avec eux, on démarre là où Coltrane s’était arrêté. De la fougue, de la maitrise, de l’adrénaline et des sentiments. Des impros inspirées, une écoute parfaite et des dialogues forts. Un must.

A mi-chemin entre Miles électrique et le soul funk, la trompettiste américaine Ingrid Jensen, épaulée par Jason Miles et une pléiade de musiciens (Gene Lake, Cyro Baptista, James Genus, Jerry Brooks et autres) évoquent l’esprit du Prince des Ténèbres. Si ce n’est pas terriblement surprenant, c’est, en tout cas, extrêmement juste. Un délice.

Et Heptatomic de Eve Beuvens, bien sûr. La pianiste avait fait sensation lors du Gaume Jazz en 2013 avec sa carte blanche qui s’est transformée en véritable groupe. Les références ne manquent pas : Basie, Ornette, Mingus, Tristano et sans doute la musique européenne aussi. Mais tout ça est explosé par Laurent Blondiau, Manolo Cabras, Grégoire Tirtiaux et les autres. Formidable réussite.

Et puis, ce qui ne se trouve pas sur le lecteur mais qui vaut la peine d’être entendu :

Babelouze de Michel Massot et sa bande. Pavane de l’âne fou. Une fanfare blues et funky (genre brass), teintée de rythmes africains et pleine de bonne humeur. Euphonium, trombone, sousaphone, percus en tous genres, mais aussi des voix d’ensemble, semblent déambuler dans une ville imaginaire pour y faire la fête. Et ça marche !

 

Ner6ens from Erik Bogaerts on Vimeo.

 

Lampke de LIop. Ambiance électro acoustique. Mélanges de bruits, de sons et de musique. Une sorte de voyage dans un univers fantasmé, amniotique, plutôt tendre et rêveur. Aux commandes, Jens Bouttery (dm), Benjamin Sauzereau (eg) et Erik Bogaerts (ts). Une expérience improvisée, pleine de surprises et de douceurs. C’est différent, c’est étonnant, c’est envoûtant.

 

 

Et pour finir : Fabian Fiorini en solo. Superbe album, parfois sombre, plutôt introspectif, mais d’une grande liberté d’expression. Entre jazz et musique contemporaine, le piano sonne et résonne avec une profondeur inouïe. Un travail très personnel et remarquable.

A+

 

19/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 3

Comme s’il jouait au yoyo avec nous, le soleil est à nouveau revenu ce dimanche sur le Parc Den Brandt et le Jazz Middelheim.

Le premier concert débute à 12h30, déjà, avec l'artiste en résidence : Jason Moran.

Cette fois-ci, le pianiste se présente en trio avec sa compagne, la chanteuse soprano Alicia Hall Moran, et le guitariste Bill Frisell, que l'on retrouvera ce soir avec son trio.

Jason Moran propose une musique qui navigue entre jazz, musique classique et soft rock. L'ambiance est plutôt sobre et très raffinée. Les morceaux s'étirent, la plupart du temps, sur des tempos lents. Il s’agit de standards ou presque (« Raise Four» de Monk, « I Like The Sunrise » de Duke), de compositions personnelles, mais surtout de traditionnels américains (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child », « Shenandoah », etc.). Certains dialogues entre piano et guitare (dans lesquels Frisell s’offre quelques légers loop) permettent à Jason Moran de s'exprimer de façon assez contemporaine. On retrouve chez lui ses attaques tranchantes et décisives, son sens du timing. Lorsque Alicia Hall Moran intervient, on bascule dans le chant lyrique, de façon un peu prévisible mais aussi assez guindée. La voix de la soprano est claire, sans éclat excessif, le chant est d’une justesse irréprochable mais parfois grandiloquent. Les risques sont calculés, l’ensemble est très plaisant et très agréable mais il faut attendre le rappel pour retrouver un peu de lâcher prise (un peu comme sur le morceau d’ouverture) avec une version un peu déstructurée et moderniste de « My Man’s Gone Now » de Gershwin. Plutôt intéressant.

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Dans un tout autre style, on est heureux d’accueillir sur scène un pianiste qu’on a un peu trop tendance à oublier lorsqu’il s’agit de parler des maîtres : Steve Kuhn.

Avec son vieux complice Steve Swallow, dont le phrasé souple et élégant ajoute à la douceur des dialogues, et avec Joey Baron, batteur pétillant et d'une grande musicalité, le pianiste s'amuse – et cela se lit sur son visage et dans son attitude - à revisiter compositions personnelles et standards (« Slow Hot Wind », « Emily » ou le somptueux « Adagio ») sans s'obliger à rester dans les lignes. « I Thought About You », par exemple, s'évade, tout en lyrisme et en douceur, bien au-delà du thème, pour ne presque plus y revenir. Pas de folie ni d'intellectualisme inapproprié, mais un sens du voyage improvisé, toujours à la recherche de la beauté mélodique. Le jeu de Steve Kuhn est limpide, clair, direct et surtout plein de swing. Et quelle maîtrise et quel sens du partage : comme lorsqu’il laisse à Joey Baron l’honneur de ponctuer « Trance » d’un solo de batterie magnifique. Ce bonheur est visible et s'entend surtout dans la musique. L’humeur est vagabonde et l’on sent les trois musiciens, très complices, libres comme jamais d'aller là où ils veulent. Et nous n’avons qu’une seule envie, c’est de les accompagner. 

Ce qui est bon avec le trio Romano, Sclavis, Texier, c'est ce groove chaud et parfois sous terrain, qui innerve chacune des compositions. Il y a cette chaleur africaine (tant pis si j'enfonce des portes ouvertes) qui transpire, même sur des thèmes plus sombres ou inquiétants. Le roulement incessant d’Aldo Romano, tantôt swinguant tantôt plus aléatoire, et la contrebasse toujours très musicale et ultra mobile (voire parfois free, sur « African Panther 69 » qui introduit « Surreal Politik », par exemple) d’Henri Texier, ne peuvent donner qu’un maximum de libertés à Louis Sclavis. Que ce soit au soprano ou à la clarinette basse, dans laquelle il va chercher les sons les plus doux comme les plus grave, Sclavis donne vraiment la couleur particulière et très reconnaissable à cet ensemble qui fête ses vingt ans d'une bonne et loyale camaraderie. On repasse donc en revue quelques thèmes emblématiques, tels que : « Berbère », « Look The Lobis » ou le poétique « Viso Di Dona ». Rien de neuf au répertoire, donc, mais le plaisir de le redécouvrir, une fois de plus, suffit à nous combler. On regrettera peut-être un peu le manque de contact (aucune présentation des morceaux et juste un timide merci à la fin) avec le public pourtant hyper enthousiaste. Et on le comprend.

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Pour clôturer cette belle édition 2015, on retrouve Bill Frisell sur scène. Son nouveau trio (Tony Sherr (eb) et Kenny Wollesen (dm) ) s'inspire de la musique des sixties.

En effet, le guitariste a décidé de faire remonter à la surface les musiques qui l’ont accompagnées durant son adolescence. C’est l’occasion aussi de parcourir, de façon presque chronologique, l’évolution technique et musicale de la guitare électrique. Fidèle à son style, Frisell, façonne tous ces morceaux (« Tired Of Waiting For You » des Kinks, « You Only Live Twice » de Nancy Sinatra, « Moon River » de Henry Mancini, « Surfer Girl » des Beach Boys…) sous formes de ballades flottantes et aériennes. Les thèmes se parent de blues languissant, de shuffle traînant et d'Americana mélancolique. Petit à petit, le trio nous entraine cependant vers un son plus rock et plus incisif. Les riffs sont plus insistants et Frisell se laisse même aller à quelques distos parfois furieuses, mais toujours en tempo moyens. Avec une certaine nonchalance et un plaisir assumé (jusqu’à aller jouer « Telstar » ou « Bonanza » !!!), Frisell montre l'étendue de son talent. Mais, dans ce concert, c'est surtout la tendresse qui domine.

On repart donc d’Anvers avec le cœur léger et un petit parfum de nostalgie dans la tête.

Merci à Bruno Bollaert pour les images.

A+

 

 

 

17/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 2

Il pleut à verse, ce quinze août, lorsque la chanteuse franco-américaine Cécile McLorin Salvant monte sur scène, et ses jolies boucles d'oreilles roses en forme de parapluie l'habillent fort à propos.

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Cécile McLorin Salvant (que j'avais sans doute très mal apprécié lors de sa prestation au Gent Jazz en 2013 – à ma décharge, la petite scène ne l’avait pas vraiment mise en valeur et je n’avais pas vu sa prestation avec Jacky Terrasson) possède une voix et un charisme incroyables, dignes d'une Sarah Vaughan.

Musicalement, autant dans les arrangements que dans ses compositions, elle allie magnifiquement modernité et tradition. Ne cherchez cependant pas d’imitation de sa part lorsqu’elle reprend « Haunted House Blues » de Bessie Smith, « Fine And Mellow » immortalisé par Billie Holiday, « Le Mal de Vivre » de Barbara ou encore « Most Gentlemen Don't Like Love », écrit par Cole Porter, mais trouvez-y de la personnalité, beaucoup de personnalité.

Sa tessiture est ample, et elle passe sans peine du chant haut perché au growl le plus profond, avec une justesse et un timing parfaits. Elle a le blues dans le sang et le jazz dans la tête. Le trio qui l’accompagne (David Blenkhorn (g), Sébastien Girardot (cb), Guillaume Nouaux (dm), mais aussi Olivier Chaussade (as) sur un morceau) est impeccable et met en évidence tout son talent. Normal que la foule lui réserve une standing ovation ! Alors, pour remercier le public - et comme pour porter le coup de grâce - elle revient chanter a cappella « You Oughta Be Ashamed » de Bessie Smith, pour vous foutre la chaire de poule et vous faire pleurer. La réputation de Cécile McLorin Salvant grandit au fur et à mesure de ses prestations… Et cette réputation n'est vraiment pas usurpée. Procurez-vous l’album For One To Love qui sortira début septembre, c’est un véritable bijou !

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Artiste en résidence, Jason Moran remonte pour la deuxième fois sur scène. Ce samedi, c’est pour rendre un hommage, à sa manière, à Fats Waller.

De Jason Moran, on connait son érudition sans faille de l’histoire du jazz mais aussi son éclectisme musical. Et c’est parfois surprenant. Pour le coup, il nous sert un mélange d'electro jazz, de hip hop, de ragtime, de dance music et de soul bop, délibérément choisi pour replacer dans notre époque l’esprit – et donc, pas seulement la musique – de Fats. Jason Moran a envie de faire la fête et l'intitulé de son programme (« Dance Party ») ne fait aucun doute là-dessus.

Au final, le résultat est quand même un peu lourdingue. Fats méritait-il ça ? On y reconnaît, bien entendu, « Honey Suckle Rose » et autres « Ain't Misbehavin' », mais, le tout est enrobé d'une sauce binaire indigeste et d’arrangements prévisibles, façon remix pour jazz FM. Le drumming de Charles Haynes et le chant de Lisa Harris tombent à plat et l'énorme masque de Fats dont s’affuble Jason Moran n’arrive pas à faire passer le « décalage ». Alors que Fats peut être si beau, si drôle, si fort et bien plus dansant quand Jason le joue stride – qu’il contrôle à merveille - en duo avec drummer par exemple...

Pour la fête et la folie, il y a le Broken Brass Ensemble qui fait le tour du site, entre deux concerts, dans une ambiance très « bayou ».

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Restons d’ailleurs dans le Big Easy avec Dr. John qui rend hommage à Louis Armstrong. Le chanteur-pianiste a choisi, lui, la manière blues rock - voire rock and roll - et funky pour saluer Satchmo.

S'il s'installe avec difficulté au piano, son énergie et son chant ne ressentent pas le poids des années. La voix, toujours un peu nasillarde et qui a bien vécu, raconte avec tellement de véracité les chansons et les thèmes d’Armstrong et des autres, qu’on est vite submergé. Sur le piano, il a déposé quelques grigris (crâne, cornes, peaux de serpents), comme pour chasser les mauvais esprits et, mi joyeux, mi désillusionnés, il fait briller les thèmes sous ses doigts (« You Rascal You », « Motherless Child », « Mack The Knife », …).

Derrière, Sarah Morrow (tb) joue au chef d'orchestre d'un band efficace, dans lequel on retrouve à l'avant-plan notre Bart Maris (tp) national ! Les interventions de ce derniers sont exemplaires (« Wonderful World » ou « Memories Of You »). Mais il faut aussi souligner l’excellente prestation de Cécile McLorin Salvant (décidément omniprésente dans ce festival et pour notre plus grand bonheur ! ) sur « When You Smilin' », ainsi que celles de Jamie Kime (g) ou encore de Benjamin Herman (as).

« Such A Night » ponctue cet excellent concert, plein de fougue et d'émotions, qui donne autant envie de replonger dans la discographie de Satchmo que dans celle de cette autre incroyable légende qu’est Dr. John.

Merci à Bruno Bollaert pour les photos.

A+

 

 

 

 

 

16/08/2015

Jazz Middelheim 2015 - Part 1

Il paraît que les orages n'ont pas épargné les premiers concerts du Jazz Middelheim 2015. C'était jeudi et, sur scène, il y avait Eric Legnini, le BJO et Darcy James Argue ou encore TaxiWars.

Mais je n'y étais pas.

Pour moi, cela a commencé vendredi, sous un soleil un peu timide et sur une herbe encore humide. Le pianiste Jason Moran (artiste en résidence cette année), avec Mary Halvorson (eg) et Ron Miles (tp) jouent les dernières notes de leur concert. Il y a du monde.

A 19h précises, sous la tente du Club Stage : Jereon Van Herzeele développe de longues phrases sinueuses, un peu âcres, tandis que Fabian Fiorini plaque avec furie les accords. Le jeu de ce dernier est impressionnant de force et de puissance. Il fait résonner les marteaux sur les cordes de son piano avec vivacité et précision. Son jeu oscille entre un free jazz (sur un thème de Coltrane) et musique contemporaine (sur « Litanie A La Vierge », par exemple, extrait de son dernier et excellent album solo : De Papillons Noirs). Van Herzeele, quant à lui, alterne sax ténor et soprano. Tour à tour grave, rauque et hurlant, pour ensuite se faire plus aérien, avec ce son un peu pincé qui rappelle une certaine musique orientale. Les deux hommes s’entendent à merveille, l’expérience est forte et la performance exceptionnelle. Cela ne pouvait pas mieux commencer !

Retour sous la tente principale, noire de monde.

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Afin de bien se remémorer les incidents d'Attica et de resituer le propos de son Attica Blues Big Band, la voix d'Archie Shepp - invisible sur scène - déclame un long texte fort et puissant, sur l’oppression, la répression, l’injustice, la prison....

Puis les musiciens entrent en scène, suivi du maître. On les sent tous très investi dans le projet. « Quiet Dawn » (Marion Rampal, impeccable au chant et Jean-Philippe Scali, impressionnant au sax baryton), « Blues For Brother George Jackson » (Pierre Durand à la guitare), mais aussi « The Cry Of My People » (Olivier Miconi à la trompette, François Théberge au sax), « Mama Too Tight » (les trombones de Seb Llado, Romain Morello et autres), et puis « Déjà Vu » (Archie Shepp et Cecile McLorin Salvant au chant en duo), ou encore « Come Sunday »... Du très haut niveau !

Le band est fantastique et l’émotion est intacte. Ça sonne avec la même spontanéité et la même véracité, plus de 40 ans après sa création. Sous son chapeau blanc, les grands yeux fatigués, Archie Shepp mâchonne son sax et le fait parler avec ferveur... On sent toujours en lui le feu sacré qui brûle. L'envie et le besoin de continuer le combat, de ne pas laisser s'éteindre la rage. Grand moment !

De rage, il en est question encore avec Gratitude Trio. Jereon Van Herzeele accompagne, cette fois-ci, Alfred Vilayleck (eb) et le batteur et leader Louis Favre. L'impro libre, puissante et sans concession, est au centre des débats. Dans un flux continu, les trois musiciens pousse au plus loin les limites de leur musique. Risquant l’implosion. Mais Gratitude Trio est très solide. Et ça tient ! Une ligne directrice, basée sur le rythme et les pulsations, agit comme une lame de fond et permet toutes le libertés. Alors, le trio charge jusqu'à la transe. Et c'est impressionnant ! Gratitude Trio vient de publier son second album (« Alive » chez el Negocito Records) que je vous recommande vivement car c’est sans doute l'un des meilleurs albums que j’ai entendu ces derniers mois.

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Les premières notes de « A Love Supreme » résonnent déjà sur la grande scène. On y retrouve Joe Lovano et Chris Potter, ténors parmi les ténors, entourés de Jonathan Blake (dm), de Lauwrence Fields (p) et de l’immense Cecil McBee (cb).

Sax Supreme, c’est le nom du projet, rend hommage, comme on le devine, à John Coltrane (dont l’esprit semble flotter partout ce soir au Middelheim). Le thème emblématique du grand John est idéal pour donner libre cours aux impros croisées des deux saxophonistes. Il faut oser s’attaquer à un tel monument de la musique et pouvoir le renouveler sans le détériorer. Heureusement, le résultat va au-delà des attentes. On s’élève. Encore et encore. Et on ne touche plus le sol lors du final, en solo, de Cecil McBee ! Fantastique. Et ce n’est qu’un début.

Lawrence Fields impressionne dans un jeu magnifique d'angulosité et de déstructuration, et Jonathan Blake, derrière sa batterie à la configuration bien personnelle (les cymbales abaissées au maximum près des fûts), donne toute la puissance et la réserve nécessaires aux compositions de Coltrane. Une ballade calme un peu le jeu mais, très vite, la transe reprend le dessus. Chris Potter s'enflamme, ses prises de paroles sont longues et intenses, puis Joe Lovano enchaîne dans un jeu plus découpé. Les deux saxes rivalisent d'idées pour chaque fois trouver de nouveaux chemins. Et Cecil McBee solide et imperturbable n’en est pas moins aventureux.

En rappel, et en cadeau, le quintette balance un « Mister P.C. » du feu de dieu !

Le nombreux public applaudit et en redemande encore, prouvant à raison l’utilité d’un festival de jazz tel que celui du Middelheim.

(Merci à Bruno Bollaert pour les photos).

A+

 

11/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 3

La pluie a fait son apparition ce matin en Gaume. Mais cela n'a duré qu'un instant. Cet après midi, le ciel est chargé, l'air est lourd, le soleil est un peu masqué, mais la pluie ne vient pas perturber le festival.

Dans la salle, il fait étouffant. C'est là que jouent Eve Risser (p, voc) et Yuko Oshima (mn, voc). Donkey Monkey est un duo qui allie jazz, rock, pop, musique concrète et... plein d'autres surprises. Le déjà déjanté « Can't Get My Motor To Start » de Carla Bley, par exemple, ne s’assagit pas sous les coups du piano préparé, de la batterie et des chants. Les deux artistes se font face. Yuko Oshima frappe les fûts avec intensité, les yeux rivés au plafond, tandis qu'Eve Risser plonge régulièrement dans les cordes de son piano et en retire des crissements, des explosions sourdes ou des sons étouffés qu'elle utilise parfois en loop. La musique est répétitive (un peu) inattendue et percussive (beaucoup), même si certains morceaux (« Ni Fleur, Ni Brume ») sont d'une délicatesse insoupçonnée. Étrange musique, bourrée d’idées et de folie, mais non dénuée d'humour, ce qui allège le propos qui pourrait peut-être sembler trop « cérébral ». Parfait !

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Une belle idée neuve, sortie tout droit de l'imagination fertile de Jean-Pierre Bissot, est de faire jouer deux groupes en même temps sur une même scène. Cela donne « concerts croisés » et permet à OakTree et Anu Junnonen Trio de proposer un relais musical étonnant.

Les points communs entre ces deux groupes sont le chant et l'amitié. Et c'est sans doute grâce à cela que les deux répertoires, pourtant assez différents, communient si bien ensemble. OakTree défend son jazz mi-folk, mi-poético-baroque, tout en acoustique, tandis qu'Anu suit un chemin plus pop (trip hop presque) et electro rock. D'un côté il y a Sarah Klenes au chant, le violoncelle de Annemie Osborne et l'accordéon de Thibault Dille qui rappellent les champs et la campagne. De l'autre, il y a la batterie d'Alain Deval, la basse électrique (et effets) de Gil Mortio et le chant et le clavier d'Anu Junnonen, qui évoquent la ville et le monde moderne. Chaque chanteuse a sa façon de raconter les histoires. Luminosité et finesse pour l’une, intériorité parfois sombre pour pour l'autre. Mais ici, pas de compétition, juste un beau moment de partage. Et une expérience totalement réussie.

On a accumulé un peu de retard quand Jeff Herr Corporation monte sur scène vers 18h45. L’album (Layer Cake) de ce trio luxembourgeois m'avait vraiment bluffé lors de sa sortie. On y trouve du punch, du groove, de l'énergie... Et sur scène, Jeff Herr Corporation n'a pas démenti, même si le concert était trop court pour laisser éclater tout le potentiel du groupe. C'est l'agencement rythmique qui donne une partie de sa saveur au trio. Il y a ce petit décalage, légèrement en avance ou en suspens, que l'on retrouve autant dans des morceaux « lents » (la reprise de « The Man Who Sold The World » de Bowie ) que plus enlevés (« Funky Monkey »), qui donne du relief et de la dynamique. Une fois lancée, l'impro fait le reste. Max Bender est souvent inspiré sans jamais céder à la démonstration (superbe intro sur « And So It Is ») et le soutien de Laurent Payfert (cb) – un son profond et sec à la fois – est un atout certain. Et le charismatique leader finit bien par se mettre en avant dans une impro final en solo sur (« Layer Cake »).

Nuevo Tango Ensamble mélange le tango argentin - bien entendu - avec le jazz, la bossa et même le chant coréen. En effet, le trio italien (vous commencez à deviner le mélange ?) a rencontré la chanteuse Sud-Coréenne Yeahwon Shin lors d'une tournée en Asie. Et c'est peut-être cela le Nuevo Tango : des rythmes argentins dans lesquels on sent les inflexions jazzy du pianiste Pasquale Stafano, (excellent de vivacité sur « Estate »), un jeu parfois bossa et ensoleillé de Pierluigi Balducci (eb), reliés – et quel lien ! - par le bandonéon virtuose et inventif de Giannu Iorio, et une chanteuse à la voix diaphane (sur un morceau qui emprunte un peu à « Love For Sale », façon Brésil, par exemple) qui flirte parfois avec le chant d'opéra. Les ballades, plus ou moins swinguantes ou légèrement mélancoliques, se succèdent avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on reste accroché. Un beau moment de délicatesse.

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Au Gaume Jazz, on n'a pas peur de mélanger les genres. C'est sans doute cela qui fait une partie du succès : des découvertes, des choses plus connues, des créations pointues ou plus aventureuses côtoient des musiques plus accessibles.

À l'église, par exemple, Eric Vloeimans (tp), Jörg Brinkmann (violoncelle) et Tuur Florizoone (acc) proposent leur vision d’une musique très cinématographique. Le lieu invite à l'intimité et le trio sait s’en servir. La trompette est feutrée, l'archet glisse sur les cordes et l'accordéon tourne autour des deux premiers pour moduler les sons et jouer avec la réverbération. Élégance, raffinement et qualité d'écoute.

Dans un tout autre style, la scène du parc accueille TaxiWars avec Robin Verheyen (ts, ss) Antoine Pierre (dm), Nic Thys (cb) et le leader de dEus, Tom Barman (voc). Et ça, bien sûr, ça ramène du monde ! Entre jazz (tendance free) et rock (pour l'énergie, mais aussi la rigidité) TaxiWars propose un set très efficace mais qui manque juste un peu de surprises pour qui connaît le disque… ou pour qui aime le jazz... D'ailleurs, c’est sur un morceau comme « Roscoe », joué en trio, que le groupe est intéressant et plus « libéré ». Alors, bien sur TaxiWars c'est la ferveur de Robin au sax, le jeu claquant de Nic (une impro/intro en solo admirable sur « Pearlescent »), le drumming furieux d’Antoine Pierre et les effets sur la voix sensuelle de Tom Barman… Mais tout cela est bien plus rock que jazz (...haaaa ! L'éternel débat !) ... Heureusement, j'aime le bon rock.

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Retour dans la petite salle pour découvrir celui qu’on dit être un phénomène à Barcelone : le jeune pianiste Marco Mezquida. Seul face au clavier, il propose directement une première et très longue impro sur un piano préparé, en s'aidant de petites clochettes et cymbales. Il opère en de longues vagues d’ostinati sur lesquels il construit, avec de plus en plus de force, des harmonies abstraites, entrecoupées de respirations mélodiques simples. On pense autant à John Cage qu’à Keith Jarrett. Mais aussi à Ravel, Debussy ou… à Duke. Il mélange la furie free aux thèmes courts et joyeux, comme dans un vieux film de Mack Sennett. Il alterne swing léger et valse. Il construit des thèmes pleins de blues et de notes bleues particulièrement bien choisies... Intelligent, drôle et inventif. Coup de cœur !

Il est près de minuit et la dernière carte blanche du festival 2015, échoit au tromboniste gaumais Adrien Lambinet. Celui-ci s'est entouré, outre du batteur Alain Deval qui l’accompagne dans son groupe Quark, de Lynn Cassiers (keys, voc) et Pak Yan Lau (p). Au programme, de la musique contemporaine, mélangée à l’electro rock, au groove et au jazz très ouvert. « Awake », le titre de son programme, est fait d'expérimentations : après avoir joué du carillon, la pianiste tire les fils reliés aux cordes de son instrument, Lynn trafique les bruits en tout genre avec son chant de sirène pour en faire des boucles. Deval répand des tempos aléatoires et Lambinet ( à la manière d’un Gianlucca Petrella, parfois) lâche des mélodies qui se construisent par circonvolutions, de plus en plus larges et qui finissent par s'empilent les unes sur les autres. On flotte entre l’esprit mystérieux de musiques de films imaginaires, d'ambiant, de Kraut rock, de musique industrielle ou d’electro jazz. L'ensemble est intéressant mais, après tout ce que nous avons entendu durant trois jours, et à l’heure tardive du concert, il est un peu difficile d’en apprécier toutes les richesses.

Dans le parc, et à la fraicheur de la nuit, des irréductibles refont encore et toujours le monde... en jazz, bien entendu.

Gaume, une fois, nous a bien fait voyager.

A+

 

 

 

09/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 2

Il fait toujours aussi chaud ce samedi sur le site du Gaume Jazz Festival.

Sur la scène du parc, les P´tits Gaumais (les enfants qui ont participé au stage organisé par les Jeunesses Musicales) reprennent les chansons de Saule. C'est touchant, sympathique et rafraîchissant.

Mais c'est sous le grand chapiteau, sur le coup de 15h30, que se joue le premier concert. C'est le LG Jazz Collective. J'en ai parlé encore dernièrement ici, et tout le bien que j'en pense se confirme : le groupe prend de l'assurance au fil des concerts, prend des risques et se libère de plus en plus. Il entre directement dans le vif du sujet (« Move ») et enchaine les morceaux pour éviter les temps morts. Les sons claques et les solos fusent (Rob Banken (as), le nouveau venu dans le groupe, arrache les notes, Steven Delannoye flirte avec le "out" au ténor et avec les étoiles au soprano, et Jean-Paul Estiévenart est éclatant comme toujours. Le groovy « Carmignano » (de Legnini) trouve facilement sa place, tout comme le lyrique « Dolce Divertimento » (d'Alain Pierre) qui permet une belle prise de parole, très lumineuse, d’Igor Gehenot au piano.

Et, bien sûr, le leader (Guillaume Vierset) se sent pousser des ailes grâce au soutien de la rythmique Felix Zurstrassen (eb, cb) et Antoine Pierre (dm), intenable dans ses relances constantes (comme sur « New Feel », pour ne citer que cela). De la cohérence de cohésion de la complicité et beaucoup de travail... La recette est quand même simple, non?

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Dans la salle, le public à rendez-vous avec Orioxy, un quartette suisse au set-up original (harpe, voix, shruti box, ...) dont j’avais parlé du premier album ici. À Gaume, Orioxy présentait le fruit de son troisième album (« Lost Child », enregistré suite à la victoire du quartette au tremplin Jazz d’Avignon). Il fait étouffant dans la salle, mais « Song Of Love » nous emmène tout en légèreté dans l'étrange univers, aussi féerique qu'inquiétant, du groupe. Tout est dans le non-dit, dans l'évocation, dans l’intuition... même si l'explosion survient parfois, façon free rock, au moment où l'on ne s'y attend pas. Orioxy joue autant avec les mots (en hébreu, français ou anglais) qu'avec les rythmes (sur l'excellent « Princeless » par exemple) et les tempos graves succèdent aux groove retenus de l’excellent Roland Merlinc. Les expérimentations électros à la harpe (Julie Campiche) et à la contrebasse (Manu Hagmann), ainsi que le travail vocal étonnant de Yaël Miller, qui chante avec autant de conviction que de sensualité, terminent de parfaire l'identité forte et très personnelle de l’ensemble. Orioxy laisse une grande part au rêve et à l’imagination. A découvrir absolument. D'ailleurs, on espère les revoir bien vite, et plus d’une fois, en Belgique.

Retour sous le grand chapiteau. Kind Of Pink est le projet de Philippe Laloy, entouré de Arne Van Dongen (cb), Emmanuel Baily (g) et Stephan Pougin (perc). Il revisite Pink Floyd, en hommage à son père (avec qui il a découvert le groupe psyché rock, malgré le fait que cela n’était pas de sa génération non plus). Est-ce la raison pour laquelle Laloy prend juste assez de recul pour remanier ces « classics » en évitant les clichés ?

« Money », par exemple, contourne tous les pièges de l'évidence. « Breathe » et « Wish You Where Here » enveloppent la salle des volutes Flodyennes plus bleues que pink. « The Trial » et « Shine On You » sont chantés et se rapprochent, par contre, un peu plus des originaux. Les sons sont feutrés et les thèmes lancinants du mythique groupe anglais se perçoivent derrière des arrangements sobres et fins. Tour à tour, au sax ou à la flûte, Laloy surfe sur les harmonies et ne prend que les notes qui l'intéresse. Il façonne la mélodie, la dilate un peu et l'abandonne parfois pour laisser ses compagnons l’agrémenter à leur façon.

Il est souvent délicat de reprendre des thèmes pop en jazz (ou assimilé), et encore plus lorsqu'il ne s'agit que d'un seul groupe, aussi populaire soit-il (certains ont essayé avec les Beatles, par exemple, avec moins de bonheur), mais Kind Of Pink y arrive sans peine. Et Pink Floyd reste bien intemporel, c'est certain.

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Dans la cour, Sam Gerstmans (cb) propose un duo particulier. Suite à une participation à un programme de Cap 48 et du Créahm, le contrebassiste a rencontré le jeune artiste Julien Pirlot pour un court projet. L'aventure aurait pu s’arrêter là mais, on a beau être musicien, on n'en est pas moins humain. Et Sam est très humain. Alors, ensemble, et de manière régulière, ils ont continué leur collaboration. Quoi de mieux que le jazz et les musiques improvisées pour s'épanouir et se découvrir ? Entre poésie, ré-apprentissage du langage, des sons et de la musique, le duo touche en plein cœur et souligne les différences qui rapprochent. Le free jazz, le jazz mais aussi la chanson populaire rencontrent l'art brut. Et les histoires abstraites naissent, plus concrètes qu'on ne l'imagine. Un travail qui donne à réfléchir. Un vrai travail utile. Très utile.

La carte blanche aurait-elle le pouvoir de transcender les musiciens? C'est sans doute un peu le but et Lionel Beuvens n'a pas laissé échapper l'occasion de s'aventurer dans un jazz très ouvert. Le voici accompagné de Kalevi Louhivuori (tp), Jozef Dumoulin (p), Brice Soniano (cb), Guilhem Verger (as) et d'une chanteuse, et pas n'importe laquelle : Emilie Lesbros. La française, qui vit à NY, a, entre autres, travaillé avec Barre Philips et autres artistes contemporains. On imagine aisément la trajectoire que veut prendre le batteur… sans peut-être savoir ou cela va le mener...

Si, l’ensemble rappelle un peu le Liberation Music Orchestra, avec de longues évolutions mélodiques tailladées d'interventions libres, ou l'Art Ensemble of Chicago, on pense aussi parfois à Abbey Lincoln et Max Roach, en version contemporaine. On traverse de grands espaces sonores, parsemées de rythmes lancinants et entêtants. Jozef jette les notes, Lesbros déclame plus qu'elle ne chante... Mais parfois, son chant, d’une maîtrise totale, agit comme le sixième instrument du sextette. La trompette est claire et claquante, le sax parfois agressif. Les rythmes se cassent avant de se reconstruire. Parfois, certains thèmes débutent en mode « élégiaque » avant d'évoluer vers la transe ou même la rage. Un petit esprit soixante-huitard plane sur le Gaume. A suivre ?

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A l’extérieur, Jetsky (Jan Rzewski (ss), Emmanuel Louis (g) et Pascal Rousseau (tuba)), fait revivre l'esprit Nino Rota en le mélangeant aux folklores klezmer ou Roms. Il y a un côté désenchanté et à la fois plein d'espoirs ironiques dans cette musique. Aux thèmes souvent dansant s'ajoute parfois quelques éclats bruitistes (samples de voix et distos de guitare acoustique). C'est festif et différent. Et Jetsky ne se « démonte » pas lorsque la balance de Tortiller, dans le chapiteau tout proche, se fait un peu trop présente. Le trio en a vu d’autres et peut tout affronter, de toute façon, sa musique a quelque chose de fataliste, digne des meilleurs histoires de John Fante.

Frank Tortiller donc. Le vibraphoniste français a décidé de remettre Janis Joplin à l'honneur, et avec son nonnette c'est le blues (parfois très rock et furieux) qui rejaillit. Au chant, Jacques Mahieu, de sa voix légèrement éraillée et grave, reprend avec plus ou moins de bonheur les plus grands thèmes de la chanteuse américaine (« Kozmic Blues », « Move over », « Half Moon », « Piece Of My Heart ») mais aussi un thème de Leonard Cohen : « Chelsea Hotel ». Les riffs de guitare accentuent le côté rock agressif tandis que les cuivres (mentions spéciales à Alex Hérichon et Jean-Louis Pommier) rappellent un peu le jazz chicagoan ou quelques couleurs soul funk. Les arrangements évitent intelligemment l'imitation et le côté prévisible (beau moment sur « Mercedes Benz »), mais le niveau sonore, parfois trop puissant, a tendance à étouffer ces subtilités.

Bel hommage qui donne envie de se replonger dans les rares albums de cette chanteuse plus sensible qu’instable, comme on la trop souvent présentée.

A+

 

08/08/2015

Gaume Jazz Festival - Day 1

Soleil de plomb, en fin d'après midi ce vendredi, pour le premier jour de festival. L'orage menace un instant mais n'éclate pas, il fait chaud, il fait lourd et c'est l'occasion, pour bien commencer, de déguster un Orval ou une Rulles bien fraiches. L'ambiance est décontractée, conviviale, douce et «vraie».

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Après la présentation des principaux rendez-vous de ce 31e Gaume Jazz Festival par l'infatigable et toujours très investi Jean-Pierre Bissot, c'est Tali Toké qui est le premier groupe à inviter le public à la danse. En effet ce combo, composé de François Lourtie (ss, sb), Benoît Leseure (violon), Jonathan De Neck (acc), Jérémie Piazza (en remplacement de Jérôme Klein, et vu avec Papanosh il y a deux ans – dm) et Benjamin Sauzereau (eg), propose un savant mélange de klezmer, de folklore balkanique, de jazz de chambre et de brass band underground.

Le groupe travaille les sons très « naturels ». La batterie, fouettée par des fagots, l’accordéon, le sax basse et le violon donnent cette impression d'être proche de la terre et de la matière. Ajoutez à cela des arrangements plutôt originaux, des groove qui s'entremêlent et montent en intensité et un contact facile avec le public et vous avez tout compris. Le voyage est peu commun, et le groupe évite l'obligation du « traditionnel » pour s'ouvrir à des sons plus urbains et actuels. Un beau projet à suivre de près.

Sous le chapiteau Emmanuel Baily (enfant du pays et excellent guitariste, entendu avec Wang Wei, Kind Of Pink…) propose sa carte blanche. Pour cela, il s'est entouré de Xavier Rogé (dm), Jean-François Foliez (cl), Khaled Aljaramani (oud, voc) et Lambert Colson (cornet à bouquin !! ).

L'entrée en matière, très lyrique et raffinée, fait référence à J.S.Bach. Puis la musique dévie vers un certain orientalisme et ensuite vers un jazz plus pop. Le mélange de baroque, de jazz, de musique du monde (le magnifique chant arabe du oudiste syrien Khaled Aljaramani) et même du rock (reprise de « The Eraser » de Thom Yorke) est intéressant. Mais c'est surtout la manière de faire dévier sensiblement les fonctions initiales des instruments qui est intelligente. Le oud, comme cornet à bouquin, résonnent parfois de façon très contemporaine, tandis que la guitare, la clarinette ou la batterie empruntent plus au classique ou aux percussions africaines (il faut souligner le drumming impeccable, fin et inventif de Xavier Rogé).

À l'instar de l'instrumentation, l'écriture est plutôt riche et nous prend parfois à contre-pied (« Goma » ou « Night Stork » par exemples). L'arrangement sur « Les feuilles mortes » est étonnant aussi : totalement démonté, pièce par pièce, mélangé et redistribué de manière presque abstraite. Et c'est plutôt réussi.

Sans esbroufe ni effets trop appuyés, le travail d'Emmanuel Baily a de quoi vous faire perdre un peu de vos repères. Mais ce n’est qu’un début.

Vers 22h30, le chapiteau est plein pour accueillir Stacey Kent. Ballades, samba triste, pop jazzy... On connait le répertoire. Cette femme est vraiment amoureuse - et elle l’est depuis longtemps - de son musicien de mari (Jim Tomlinson). Et cet état d'esprit se ressent dans sa musique. Voilà un vieux couple amoureux. Il n'y a pas un nuage à l'horizon, pas de tensions, pas de questions... que du bonheur.

Rien à redire sur la voix, les arrangements ou les compos, tout est réglé au cordeau, tout est bien en place, bien interprété, bien joué. Aucune faute de goût. C'est raffiné, élégant... C’est du jazz lisse, proche de la chanson. C’est agréable, mais on pourrait paraphraser Gabin dans « Un singe en hiver»: "C'est le bonheur rangé dans une armoire. [...] Mais tu m'... " (je vous laisse compléter…).

A+

 

21/07/2015

BRZZVLL à L'Epaulé Jeté

L’Epaulé Jeté. C'est la première fois, depuis son ouverture, que je passe dans ce nouvel endroit à la mode du côté de la Place Flagey et qui propose régulièrement (depuis le 30 avril - journée internationale du jazz – tout un symbole !) des concerts de jazz.

Ce soir c'est BRZZVLL qui s’est coincé juste à côté l’escalier en colimaçon.

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Je n'avais plus vu ce groupe sur scène depuis bien longtemps (du temps où il avait encore toutes ses voyelles, c’est dire !), mais j’avais plus ou moins suivi leur parcours discographique (Happy Life Creator et Polemicals).

Le groupe anversois a d’ailleurs publié fin de l’année dernière un excellent album (Engines) avec, ni plus ni moins, Anthony Joseph ! Un conseil : si vous aimez Gil Scott-Heron et le groove intelligent, foncez !

Ce soir, BRZZVLL se présente sans le chanteur mais non sans son énergie habituelle. BRZZVLL, c'est du gros son et du groove puissant. Et il faut bien deux batteries (Stijn Cools et Maarten Moesen) pour marteler les rythmes funky en diable. Dès le premier morceau, le décor est planté. Derrière ses keyboards, Jan Willems, qui déverse un flot continu de courts motifs hyper accrocheurs, est soutenu par les deux saxophonistes qui s’amusent à développer les thèmes avec fougue. Tout en intensité, Andrew Claes (ts) enchaîne les chorus tandis que Vincent Brijs (baryton sax) ponctue grassement les accents funk.

Parfois plus soul, le septette ne relâche en rien la pression et permet même à l’excellent Geert Hellings – guitare électrique aux cordes très flottantes - d’user de distorsions ou de riffs à la Jeff Beck. Le groove est sourd et entêtant. Le groupe marie funk, rock vintage, l’afrobeat à la Tony Allen ou la dance électro actuelle (tendance SBTRKT), surtout quand Andrew Claes se déchaine à l'EWI. Dries Laheye, quant à lui, se fend de quelques courts solos mais assure surtout une pulse continue.

Les morceaux sont souvent solaires et la "tourne" est bien huilée. Les arrangements sont pleins de reliefs. La musique est grasse, profonde et dansante. Les rythmes sont modulés avec subtilité et sensualité et les thèmes sont plutôt riches et assez variés pour que jamais on ne s'ennuie. Alors ça ondule, ça balance et ça tangue dans le public... qui en redemande. Après une bonne heure et demie, les musiciens - en nage - finissent par mettre fin à un concert plutôt torride.

On attend maintenant de revoir BRZZVLL, avec Anthony Joseph cette fois, au prochain festival Saint-Jazz-Ten-Noode. Soyez-y, ça promet !

 

BRZZVLL feat. ANTHONY JOSEPH - MIND IS A JUNGLE from jochem baelus on Vimeo.

 

A+

 

10/07/2015

Liz McComb Quintet - Estivalles des Taillades

Profitant des vacances et d’une proposition de Reggie Washington, je me suis retrouvé ce jeudi 9 juillet aux Estivales des Taillades, près de Cavaillon. C'était pour moi l'occasion de me plonger un peu plus dans l'univers musical de Liz McComb.

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Originaire de Cleveland, la chanteuse - et pianiste - vit, depuis quelques années déjà, à Paris. Cette fille de pasteur est restée fidèle à ses racines et continue de défendre le blues et le gospel avec toujours autant de passion.

Ce soir, en plein air, dans la jolie cour du Moulin St-Pierre des Taillades, balayée par un mistral encore fringuant, il fait 28° et les cigales chantent encore à tue-tête.

Dans une élégante robe bleue, la (dé)coiffure afro, Liz McComb entre seule en scène, s’installe au piano et entame «Lord, Look Down On Me». La voix est graineuse, chaude, assurée et puissante. Le ton est donné.

Elle reprend le refrain et invite, un à un, ses musiciens à la rejoindre. Philippe Makaia d’abord, aux congas, Larry Crockett ensuite, aux drums, puis Reggie Washington à la basse électrique et finalement Richard Arame à la guitare électrique. A chaque «reprise», la tension monte comme une transe, comme une prière.

La chanteuse enchaîne les traditionnels («Joshua Fit the Battle of Jéricho», « Soul Say Yes », …) et quelques rares compos personnelles. Petit à petit le public clape des mains. Liz se lève pour plaquer avec force ses accords, puis elle va au-devant de la scène et dirige ses hommes avec caractère.

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Après un morceau assez soul – toujours bref – la pianiste nous offre «Strange Fruit» en deux versions. La première avec les guitaristes, tout en sècheresse et dureté, et la seconde, seule au piano comme pour marquer plus encore la profondeur et la solennité du moment.

Comme pour chasser cet instant de recueillement, «Fire» et «I Believe» enflamment la cour du Moulin, notamment sous les riffs - presque rock - de l’excellent guitariste Richard Arame. Reggie Washington (au superbe phrasé, souple et sensuel) en profite pour lui donner le change.

La plupart des morceaux sont courts et permettent à la chanteuse d’y revenir, de les reprendre deux, trois, voire quatre fois de suite, pour en augmenter la tension et marteler le message.

Liz McComb dompte le vent - qui s'est finalement couché - et fait taire les cigales... Mais on attend un peu plus de ferveur, de transe ou de lâcher prise de l’ensemble. Au lieu de cela, le quintette nous sert un «By The Rivers of Babylon», rasta comme il se doit, mais à la limite du kitsch. On renoue rapidement et heureusement avec les véritables racines du blues traditionnel et du chant churchy. Ça sent un peu le Bayou et la guitare de l’impressionnant Richard Arame rappelle celle du grand B.B. King. La température remonte. Liz met alors chacun des musiciens en avant (avec un beau mais court «combat» entre congas et drums, par exemple) pour conclure un agréable concert.

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En rappel, «Oh When The Saints», suivi d’un tout bon blues énervé (dont le nom m’échappe) et finalement un doux «Hymne à l'amour», a capella, puis repris en chœur par le public, terminent de combler les nombreux festivaliers.

Agréable moment, donc, qui pourrait être plus «fort» encore, si la cohésion du groupe était sans doute un peu plus resserrée (?)…

A+

 

 

 

18/06/2015

Rêve d'Elephant - Reflektor à Liège

C'est dans la toute nouvelle salle du Reflektor à Liège que Rêve d'Eléphant Orchestra avait donné rendez-vous à ses fans de la première heure ainsi qu’à un nombreux public curieux de musiques aventureuses, pour deux évènements majeurs. En effet, ce samedi 13 juin, l’imprévisible combo présentait non seulement son nouvel album (Odyssée 14, chez De Werf) mais aussi un superbe livre retraçant les 35 ans de l’aventure incroyable du Collectif du Lion.

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Ce merveilleux et épais bouquin retrace avec précision le parcours atypique de ces «jeunes» qui ont été à l’origine d’une certaine école liégeoise. Outre Michel Debrulle et Myriam Mollet - chevilles ouvrières du Collectif - il faut saluer l’excellent travail d’écriture de Valérie Davreux, Jean-Pierre Goffin, Claude Loxhay et Jean-Pol Schroeder ainsi que les illustrations et la mise en page d’images inédites ou rares de Racasse Studio. On se rend compte, au fil de ces 200 pages, de l’impact que ces musiciens ont eu sur la musique, mais aussi dans la vie sociale et dans les arts en tous genres. «Sur la piste du Collectif du Lion» est un ouvrage indispensable qui permet, mine de rien, de bien mettre en lumière l’utilité de la culture dans notre société. A lire, donc.

Mais revenons dans la salle ou le groupe a déjà pris possession de la scène. Fidèle à son envie de voyager et de défricher la musique, Rêve d’Eléphant explore toutes les contrées d’un univers imaginaire. Et si l’album s’appelle Odyssée 14, c’est qu’il s’inspire de musiques, de textes et d’artistes allant du 14e siècle à nos jours.

Le line-up a changé. Jean-Paul Estiévenart (tp) a rejoins l’équipe (à la place de Laurent Blondiau), l’étonnant Nicolas Dechêne est aux guitares et deux chanteurs (Thierry Devillers et David Hernandez) se sont trouvés une place aux côtés du noyau dur : Pierre Bernard (flûtes), Etienne Plumer (dm, perc.), Stéphan Pougin (perc., dm, congas), Michel Massot (tb, tuba, euphonium, sousaphone) et bien entendu Michel Debrulle (dm).

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Le premier titre («Sur la route») flirte un peu avec le pop folk, tandis que «La folle Impatience » hésite entre musique hispanisante, bourrée auvergnate et parfum tex-mex, avec ses trompettes, flûtes et trombone, et force de percussions (trois batteries qui claquent et qui ne se marchent pas dessus, ça sonne !). Le thème est chancelant et brillant comme la flamme vacillante d’une bougie. Le public est déjà conquis.

Au chant, Thierry Devillers démontre une belle force de conviction narrative sur «Agitprop» - comme il le fera plus tard sur un texte de Picasso, avec l’excellent « Folies ! Folies ! Folies ! » - et un joli sens de la théâtralisation sur «Tavern Song». De son côté, David Hernandez, dans un style spoken word, déroule un extrait de texte de William Burroughs, «The Man Who Taugh His Asshole To Tallk» (faut-il traduire ?). Ici, le rythme est brûlant et obsédant, comme un bourdonnement dans la tête au lendemain d'une soirée pleine d'excès.

Fabuleux de grâce et d'urgence mêlées, «Le Sacre de l´Eléphant» laisse de beaux espaces à une flûte mélancolique et à des cuivres gémissants presque à l'unisson. Et le sacré animal finit d’ailleurs par s’évader dans une jungle africaine et sauvage.

Rêve d’Eléphant accentue encore le côté pluridisciplinaire en offrant une place plus importante aux textes, mais aussi à la danse. Il faut voir comment le corps de David Hernandez se tord et se casse de façon «praxinoscopique»*. Puis, Michel Massot nous entraîne dans «L'eau de la…», un morceau sombre et intime, avant de conclure sur un dansant «The Wind And The Rain», à mi-chemin entre musique celtique et indienne.

Dans le grand coffre à images et à idées de Rêve d’Elephant - qui pourrait paraître bordélique - tout finit par se ranger et prendre forme. Les souvenirs et les utopies en tous genres se racontent et se vivent. Si on a parfois du mal à définir la musique de ce groupe (c'est à dire à tenter de la mettre dans une case) c'est parce qu’elle est unique et qu’elle mélange tout... Ce sont des rêves, en quelque sorte, où tout est possible et tout est permis. Et ça fait du bien.

A+

 

*Vous savez, ces vieux appareils du début du cinéma qui décomposaient le mouvement de manière saccadée…

 

15/06/2015

Matthieu Marthouret Bounce Trio - Bravo

L’organiste Matthieu Marthouret était de passage à Bruxelles pour présenter son dernier album en trio : Small Streams… Big Rivers. Et il avait choisi le Bravo.

Avec Toine Thys au ténor et Gautier Garrigue aux drums, Bounce Trio (puisque tel est le nom du groupe) rebondit entre bop, soul jazz, thèmes originaux et reprises, comme, par exemple, avec ce légèrement funky «Tom Thumb» de Wayne Shorter, pour ouvrir le concert.

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Le thème est emballé avec une belle fougue. Il faut dire que, en trio, la musique est plus découpée et dégraissée. Marthouret fait d'ailleurs preuve d’une belle habileté en assurant groove, lignes de basse et mélodies. Bien sûr, le drumming, tendu et sûr, de Gautier Garrigue est là, bien solide, pour le soutenir. Sur «Joe», le sax et l'orgue jouent à la course poursuite ou le relais, c'est selon. Entre quelques citations de «Lullaby Of Birdland», le thème file et Toine Thys peut enchaîner les chorus enflammés. Les échanges sont parfois âpres, pleins de swing et de vivacité. On en voudrait plus des morceaux comme celui-là car, même si «Visions » (de Stevie Wonder) est plein de charme, il est un peu trop respectueux de l’original, et manque peut-être un peu d’intérêt. On pourrait faire la même remarque à propos de la reprise de «Shine On You, Crazy Diamond» (de Pink Floyd).

Quand ils sont libérés, chacun des musiciens y va de son solo. Guarrigue claque les fûts sur un question-réponse avec l'organiste et Thys vient mettre son grain de sel. «Years», tout en accélérations et allers-retours rythmiques est brillant d'efficacité. Du coup, «Prélude en Ut Mineur» (inspiré de Frédéric Chopin), joliment arrangé, vient à point nommé pour calmer le jeu.

Le fait de ne faire qu'un seul et long set est sans doute bénéfique au trio chez qui l’on ressent de la chaleur et de la cohésion grandir au fil des morceaux. Les trois amis semblent dialoguer sans a priori, ni calcul. La musique n'en est que meilleure. Elle est plus chaude et sensuelle, les solos sont plus liés, s'intègrent et se confondent plutôt qu'ils ne se succèdent. L'âme du trio se révèle vraiment, comme sur ce morceau d’Eddy Louis ou encore sur un «Bounce Neuf», tourbillonnant à souhait.

Et pour terminer ce bon concert, et pour rendre un dernier hommage à Ornette Coleman, disparu le matin même, Marthouret invitera un second ténor à monter sur scène : Vincent Tekhal.

Small Streams… Big Rivers.

 

 

 

A+

 

09/06/2015

Blue Flamingo - Juin 2015

Entre festival et «pop up» club de jazz, le Blue Flamingo en est déjà à sa cinquième année !

Oui ! Cinq ans qu’il propose de façon régulière (4 fois l’an, le temps d’un week-end) des doubles concerts, les vendredi et samedi, dans la très belle, spacieuse et chaleureuse salle du Château du Karreveld à Molenbeek. La dernière fois que j'y avais mis les pieds, c'était il y a trop longtemps (lors de la première édition, en fait). Depuis, la formule n'a pas changée mais l'organisation et l'aménagement des lieux se sont bien améliorés : acoustique, lumière et même une petite - mais délicieuse - restauration tendance bio, sont vraiment au top. À force de travail, d'abnégation et, sans aucun doute, d’une foie inébranlable dans le jazz, Vincent Ghilbert et Christelle (MuseBoosting) ont réussi un pari un peu fou. Je vous invite vivement à vous rendre aux prochaines éditions car, vous verrez, vous y serez gâtés.

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Ce vendredi soir c'est Raf D Backer Trio (avec Cédric Raymond à la contrebasse et Thomas Grimmonprez à la batterie) qui fait l’ouverture. Si la formule est un peu resserrée, elle n’en est pas moins explosive et groovy. Le premier morceau («Jo The Farmer») – un peu à la Legnini - est vite suivi d'un autre qui évoque, lui, Jimmy Smith ou Les McCann. Il faut dire qu’au piano ou à l’orgue électrique, Raf donne tout ce qu'il a : énergie, ferveur et sensibilité. Et comme tout bon leader qui sait bien s'entourer, il n'hésite pas non plus à laisser de la place à ses acolytes. Cédric Raymond peut ainsi s'évader dans l'un ou l'autre solo aussi virtuose que sensuel. De même, Thomas Grimmonprez peut découper l'espace de claquements sourds ou limpides sans jamais atténuer la tension. Et ça balance et ça ondule lascivement au son d’un gospel lumineux : «Oh The Joy». Le claviériste s’inspire aussi parfois de Bo Diddley et, tout en invitant le public à frapper dans les mains, rappelle l'essence du jazz, de la soul et bien sûr du blues. A ce rythme-là, le pas vers le funk est vite franchi. Mais on revient quand même aux fondamentaux. Et «Full House» précède un hommage à B.B. King avant que «Rising Joy», aux accents très churchy, ne termine un set rondement mené.

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Le temps d’une courte mise en place, et le LG Jazz Collective monte sur scène.

Le truc du groupe, à la base, c'est de reprendre des thèmes de musiciens belges et de les arranger à sa sauce. Ainsi, «Jazz At The Olympics», de Nathalie Loriers, est retissé à la mode LG, avec verve (le solo de Laurent Barbier (as) est dense) et fougue (Igor Gehenot (p) est en pleine forme). Et «Carmignano», d’Eric Legnini, ou «A», de Lionel Beuvens, ne manquent vraiment pas d’idées. Si Guillaume Vierset laisse beaucoup de place à ses amis pour s'exprimer (comme sur «Move» où il laisse totalement libre Jean-Paul Estiévenart), il n'hésite pas à montrer de quoi il est capable (sur le même «Move», notamment). On remarque aussi l’excellent soutien de Fabio Zamagni qui remplace Antoine Pierre de brillant manière. «Grace Moment» permet aux souffleurs de se faire un peu plus lyriques (comme Steven Delannoye, par exemple, embarqué par Igor Gehenot). Mais, sous ses aspects simples, ce thème laisse apparaitre de tortueuses harmonies. Felix Zurstrassen (eb) – qui prend de plus en plus de risques - défriche alors quelques chemins secrets pour les offrir au pianiste puis au guitariste. La musique semble nous envelopper, comme pour nous étouffer lentement, sereinement, exquisément. Oui, le LG Collective a des choses à défendre et, au fur et à mesure des concerts, prend de l'assurance et se libère. Mais on aimerait qu’il se lâche encore un peu plus et que cela soit encore un poil moins «cadré». Cela pourrait être encore bien plus puissant … pour notre plus grand bonheur.

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Le lendemain, samedi, 3/4 Peace (Ben Sluijs, Christian Mendoza et Brice Soniano) isole le Château du Karreveld dans une bulle magique. On ne le répétera jamais assez, mais Ben Sluijs est une des très grande voix du sax alto. Toujours en recherche d'absolu et de sensibilité. Année après année, il développe un style unique. Tout en douceur, quiétude, retenue, sensibilité, et créativité. Avec «Glow», la musique est à fleur de peau. Puis, avec «Miles Behind», elle semble sortir lentement de la brume, doucement, sur un tempo qui s'accélère subtilement et se dessine sous les doigts de Christian Mendoza (quel toucher, mes amis, quel toucher !). Le pianiste égraine les notes avec parcimonie, répond en contrepoints à la contrebasse, puis prend des libertés dans un swing ultra délicat et d'une limpidité absolue. Brice Soniano (qui vient de publier un magnifique album en trio – Shades Of Blue – dont les concerts sont prévus en septembre... 2016 !!! Soyez patients…) accroche les mélodies avec une finesse incroyable et un sens unique du timing et du silence. Quant à Ben Sluijs, il survole et plane au dessus de cette musique d'une finesse et d'une transparence (dans le sens de luminosité, de brillance, de clarté et de légèreté) inouïe. Ce trio est unique ! Alors, il y a «Still», magnifique de retenue, puis «Constructive Criticism», morceau plus abstrait, découpé avec une intelligence rare, qui joue les tensions, les éclatements et qui trouve une résolution inattendue. 3/4 Peace parvient aussi à faire briller cette faible lueur d'espoir cachée au fond de la musique sombre et tourmentée qu’est «Éternité de l'enfant Jésus» de Messiaen. Puis il évoque Satie avec «Cycling» et enfin se donne de l’air avec un plus enlevé «Hope».

Grand moment. Très grand moment de musique !

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L’ambiance est nettement plus swinguante ensuite, avec le quartette du saxophoniste Stéphane Mercier, soutenu par une rythmique solide (Matthias De Waele (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), mais aussi et surtout par l'excellent Casimir Liberski (p). Ce jeune «chien fou» est toujours prêt à casser les règles, à élargir le spectre musical. Sur «Ma Elle», par exemple, ou sur «Jazz Studio», ses interventions sont furieuses et éblouissantes, presque au bord de la rupture. Il faut un solide Hendrik Vanattenhoven pour canaliser sa fougue. Et c’est magnifique d’assister à ce combat entre le feu et l’eau. Stéphane Mercier peut alors doser, comme il le veut, sa musique. Elle est solaire, énergique et pleine d'optimisme (à son image, en quelque sorte) avec «Team Spirit », puis dansante avec «Juanchito» et fianlement lyrique avec le très beau «Samsara». Avant d’accueillir, en guest, Jean-François Prins (eg) - que l’on ne voit peut-être pas assez en Belgique - pour un ou deux standards, Mercier nous offre encore «La Bohème» dans un esprit qui rappelle un peu Barney Willen, tout en langueur et détachement. Et c’est bon.

Voilà une bien belle façon d’achever cette merveilleuse édition du Blue Flamingo.

 

 

A+

 

 

07/06/2015

Guillaume Vierset Harvest Group - Au Bravo

Première bruxelloise pour le nouveau projet de Guillaume Vierset : Harvest Group.

Il s’agit, ce soir au Bravo, d’une remise en jambe, d’un try out, avant la sortie officielle de l’album Songwriter prévue officiellement à Liège (13 juin à l’An Vert) puis à Comblain en juillet et au Marni en octobre seulement.

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Est-ce le succès prolongé du LG Collective (dont Guillaume est également leader) qui aura retardé la sortie de l'album enregistré en aout 2014 déjà ? Peut-être. En tous cas, si Guillaume Vierset a pris son temps (à raison sans doute), c'est bien à l'image de la musique qu'il propose.

En effet, inspirée de Neil Young (un peu) et de Nick Drake (beaucoup), ce jazz, un peu folk un peu pop, aime s'alanguir sur des tempis calmes. Et pour rendre au mieux ces ambiances americana (qui évoque parfois l'esprit Brian Blade et son Fellowship Band ou Bill Frisell de Big Sur) le guitariste s´est entouré d'un line-up original et de tout bon niveau. On y retrouve en effet Mathieu Robert au soprano, Yannick Peeters à la contrebasse, Yves Peeters aux drums et Marine Horbaczewski au violoncelle.

Cette sobre musique, mélancolique et lumineuse à la fois, doit certainement une grande partie de sa réussite à la sensibilité de chaque musicien, de leur grande entente et, bien entendu, d’une grande écoute mutuelle. Outre le jeu d’une belle souplesse de Guillaume Vierset, ce sont les cordes du violoncelle, mêlées à celle de la contrebasse, qui donnent une saveur particulière à l’ensemble. Parfois à l'unisson, parfois en contrepoint, les deux filles de la bande colorent les atmosphères de ce glacis nostalgique et légèrement ténébreux. De son côté, les interventions plus âpres, assurées par le soprano d’un Mathieu Robert irréprochable, amènent une pointe d’acidité bienvenue. C'est ce côté doux-amer, sucré salé qui fait tout le charme discret de cette musique. Les compos originales de Vierset («Songwriter», le superbe «Around Molly», «First Act» ou encore «Enough» qui a les honneurs du premier Real Book belge) n'ont rien à envier à celles de Nick Drake («Time As Told Me», «Pink Moon»…). On y retrouve le même esprit, et on se laisse bercer et emporter par cette musique toute et nuance et délicatesse.

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Alors, les morceaux s’enchaînent, en un seul set, pour ne pas briser l’ambiance ouatée qui s’est installée peu à peu. Si tout est assez feutré, jusque dans le drumming caressant de Yves Peeters, «Red Moon» ne manque cependant pas de fermeté rythmique.

Et puis, soulignons aussi les arrangements, maîtrisés et équilibrés, qui permettent aux musiciens de s´exprimer tour à tour, en solo ou en duo, et amener ainsi le juste relief dont cette musique a besoin.

 

 

Un bon premier concert qui se savoure avec bonheur dans l’intimité d’un confort simple.

A+

 

03/06/2015

Yves Peeters Gumbo au Vrijstaat O à Ostende

Il y a quelques temps, Yves Peeters m'avait confié être tombé amoureux de la série télé Treme (et on le comprend) ainsi que du jazz que celle-ci charriait. Rien d’étonnant donc, que son nouveau projet (Yves Peeters GumboThe Big Easy Revisited) nous plonge au cœur de la Nouvelle Orléans. Mais ce qui est intéressant dans le travail du batteur, c’est qu’il ne s’amuse pas à copier ce qui a déjà été fait (ce qui est toujours idiot), mais se sert de ces roots pour faire vivre sa propre musique. En quelque sorte, il lui redonne de l’oxygène et de l’énergie. Et de l’énergie, il y en avait ce dimanche en fin d’après-midi pluvieux au Vrijstaat O. à Ostende.

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Motivé par la présence du pianiste texan Bruce James (qui sait ce qu’est le early jazz pour y avoir été exposé depuis sa jeunesse), le sextette balance d’entrée de jeu un tonitruant, fiévreux et bluesy «New Orleans By Dawn» écrit et chanté par ce même Bruce James.

Le ton est donné.

Le trombone, un peu gras, un peu rauque, légèrement growl, de Dree Peremans prend ici tout son sens et trouve tout de suite sa place. Bien entendu, le band n’est pas en reste et continue sur le même rythme. «Masquarade», chanté cette fois par François Vaiana, est vif, rapide et puissant. Le sax ténor de Nicolas Kummert pleure et crie. L’ambiance monte.

«24 Hours Later», un poil plus dansant encore, vacille entre rythm ‘n blues et funk. La rythmique galope et les interventions du pianiste achèvent de donner cette couleur sensuelle, excitante et un peu sale, à cette musique décidément immortelle, à ce jazz qui évoque immanquablement les bars louches, les nuits sans fin et la griserie des alcools forts. Mais cette musique sait aussi se faire plus grave et «No Hero», qui ressemble à un hymne fatigué et légèrement traînant, rend hommage aux hommes et aux femmes malmenés par la vie. La chanson se termine d’ailleurs a cappella, telle une prière, de façon poignante. C’est alors que l’on remarque que la voix claire de François Vaiana contrebalance à merveille celle de Bruce James, nettement plus rocailleuse.

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Plus tard, c’est le solo de basse de Nicolas Thys, détaché et dépouillé, bâti sur un groove lancinant et tout en ostinato, qui déroule un tapis formidable au (presque) spoken words de François Vaiana, décidément très libéré dans ce registre. Puis, avec «When The Levees Broke», c'est tout le sang du sud qui circule dans ce jazz autant festif et rieur que triste et désabusé. Le drumming incandescent du leader est impeccable. Ça sent presque le brûlé. Le son est mat, plein de rondeur et de sueur, un peu à l’image que l’on se fait de cette nourriture grasse et huileuse du sud.

«My Gumbo’s Free» (avec un terrible et jubilatoire solo de basse de Nicolas Thys) termine alors le concert (il y aura deux «encore», pas volés) de manière plus que réjouissante.

Le projet de Yves Peeters s'inscrit de manière singulière dans notre paysage jazzique belge et, franchement, ça fait du bien.

Et l'on est déjà impatient de connaître la suite, sur disque mais surtout sur scène.

A+

 

 

01/06/2015

Garif Telzhanov Trio à l'Archiduc

Le trio se connaît depuis quelques années et joue de façon plutôt informelle, quand l'occasion se présente. L'occasion, c'était ce samedi après-midi à l'Archiduc.

Garif Telzhanov (cb), Eve Beuvens (p) et Olivier Wery (dm) s’y sont donnés rendez-vous.

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L’occasion, c'est aussi de revisiter quelques standards et des thèmes peu joués. Il y a d’abord «I’ll Be Seeing You», très swinguant, puis «Eiderdown» (de Steve Swallow) vif et rebondissant.

Au piano, Eve trace et enchaine les accords, soutenue par une contrebasse ferme et impeccable et un drumming souple...

C’est dans des moments pareils, de plaisir et de relâchement, que l’on retrouve la quintessence du swing, quand les musiciens se regardent du coin de l'œil rieur à la fin d'un break pour savoir qui va redémarrer, qui est prêt à répondre, qui est prêt à relancer ou à inventer ? Qui va renchérir sur la dernière phrase ? Qui va emboîter le pas...?

Toute la magie du jazz est là, résumée dans ce mini quart de seconde qui va décider de tout. Alors, l’impro s’invite et s’impose, tout en finesse, en attentes et en attaques. C’est idéal pour basculer sur «Elm» de Richie Beirach, un thème mélancolique qui se développe sur des silences et des moments suspendus. Le public se tait.

Ce n’est pas du jazz de bar. C'est bien plus qu'un jazz de bar car les musiciens ne joue pas seulement : ils racontent. Et l'Archiduc est bien plus qu'un bar : c’est un club.

Alors le trio enchaîne. Et de quelle manière !

Garif Telzhanov serait-il l’un des meilleurs jazzmen à l’archet ? Possible. Il suffit, pour s’en convaincre d’écouter sa façon d’introduire la mélodie crépusculaire de «Infant Eyes» de Shorter. Tout est souplesse et précision. Et c’est bluffant.

Il faut voir aussi comment Eve Beuvens vit chaque note et comment elle porte chaque accord de «Falling Grace». Comment elle détache et égraine les notes de «Never Let Me Go» pour laisser de l'espace aux contrepoints de Garif, décidément toujours inventif.

Le trio, très complice, s’amuse – et nous aussi - et termine sur un joyeux et très enlevé «The Song Is You».

Ça paraît tellement simple le jazz…

A+

 

29/05/2015

Brussels Jazz Marathon 2015

Ça y est, c’est vendredi soir ! Bouffée d'oxygène !

C'est le Brussels Jazz Marathon. 20ème anniversaire (si l'on exclut le Jazz Rally des débuts).

Premier rendez-vous : Grand Place avec le LG Jazz Collective. Je n’arrive malheureusement que pour les deux deniers morceaux. Sur scène, ça groove et ça balance, et j'ai quand même l'occasion d'apprécier les fabuleux solos de Jean-Paul Estiévenart (tp), ceux de Igor Gehenot (p) ainsi que quelques beaux chorus de Steven Delannoye (as). Il n'y a pas à dire le groupe de Guillaume Vierset (eg) est une valeur sûre qui n'a pas fini - espérons le - de nous surprendre grâce à la pertinence des compositions et la qualité d’interprétation des musiciens. (Je vous conseille d’ailleurs l’écoute de l’album New Feel chez Igloo).

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Pendant que l’on prépare la scène pour le groupe suivant, je me dirige vers la Place Sainte Catherine pour aller découvrir Zéro Tolerance For Silence. Le nom dit tout et le groupe d’Antoine Romeo (eg, voc) et de Julien Tassin (eg) joue la carte du noisy-punk-rock puissant plutôt que celle du jazz. Le son, poussé à fond, écrase d’ailleurs un peu trop les nuances. Dommage, car l'originalité et la personnalité du projet en pâtit sans doute un peu.

Au bout de la Rue Antoine Dansaert, au Bravo, l'ambiance est totalement différente et un nombreux public entoure le quartette du pianiste Augusto Pirodda. Ici le jazz est intimiste et laisse une grande part à l’improvisation libre. Il y a une véritable originalité dans la vision et les compositions du leader. Il y a aussi «un son de groupe» plutôt singulier. Le drumming exceptionnel, par exemple, fin et aventureux de Marek Patrman s'accorde tellement bien au jeu épique du contrebassiste Manolo Cabras ! Le jeu de Ben Sluijs (as), à la fois lyrique, ciselé et tranchant, se conjugue à merveille avec celui, très personnel, de Pirodda. C’est cette osmose qui fait de ce groupe, sans aucun doute, l'un des meilleurs actuellement dans sa catégorie en Belgique. (Ecoutez l’album «A Turkey Is Better Eaten», paru chez Negocito Records).

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Retour sur la Grand Place pour danser, bouger, s'amuser et s’éclater avec Bilou Doneux (à la guitare !!) et toute sa bande qui rend un hommage à Bob Marley. La bande - qui met rapidement le feu - ce sont François Garny (monstrueux à la basse électrique !!) et Jérôme Van Den Bril à la guitare électrique, mais aussi Michel Seba et ses percussions endiablées qui répondent au drumming impeccable de Matthieu Van ! Ce sont aussi Bart Defoort (ts) et Laurent Blondiau (tp) qui assurent un max, côté souffleurs... Et ce sont John Mahy aux claviers, et Senso, Tony Kabeya, la remarquable Sabine Kabongo ou la non moins formidable Marianna Tootsie aux chants ! Avec eux, la musique de Bob est vraiment à la fête et Bilou Doneux est heureux comme un poisson dans l'eau.

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Samedi après-midi, comme je le fais depuis plusieurs années maintenant, je me retrouve  dans le jury du XL-Jazz Competition (avec Jempi Samyn, Henri Greindl, Jacobien Tamsma et Laurent Doumont). D’année en année, le niveau ne cesse de monter. Ces jeunes jazzmen, encore au conservatoire ou dans une école de musique pour la plupart, ont des idées déjà bien claires et un jeu très solide. Art Brut Quintet, par exemple, qui débute le concours, propose un répertoire très élaboré et original, influencé par la jeune scène New Yorkaise. Déjà très bien en place, mais manquant parfois d’un tout petit peu d’assurance, le groupe ose et surprend. Outre les compositions du leader et drummer Simon Plancke (qui obtiendra l’un des prix de soliste et compositeur), on remarque le jeu intéressant et prometteur du saxophoniste Jonas Biesbrouck.

Gilles Vanoverbeke (p) se présente ensuite avec Cyrille Obermüller (cb) et Lucas Vanderputten (dm) dans le périlleux exercice du trio jazz. Quelque peu influencé par Mehldau ou Jarrett, le groupe répond bien au-delà des attentes. Le contrebassiste ne laisse d’ailleurs pas le jury indifférent qui, après une longue discussion, lui offrira également le prix ex-æquo du meilleur soliste. Un trio à suivre assurément.

Mais le groupe qui fait l’unanimité ce soir est le quartette Four Of A Kind (Maxime Moyaerts (p), Guillaume Gillain (g), Nicolas Muma (cb) et Lucas Vanderputten (dm)) qui propose un set précis, super en place, original et très swinguant. C’est à eux que reviendront les prix du jury et du public.

Marathon oblige, il faut picorer parmi les nombreux concerts proposés dans tout Bruxelles. Sur la Place Fernand Cocq, Henri Greindl (g), Jan De Haas (dm) et Hendrik Vanattenhoven (cb) distillent avec élégance les standards chantés par Viviane de Callataÿ. C'est doux, agréable et bien sympathique à écouter sous les derniers rayons de soleil de la journée.

Un peu plus loin, à L’Imagin’air, dans une jolie salle aux chaleureuses briques apparentes, Barbara Wiernik se produit - pour la toute première fois - en duo avec l’excellent pianiste Nicola Andreoli. Le jeu aérien et lumineux de ce dernier met superbement en valeur la voix chaude de la chanteuse. Entre vocalises et scat, le chant est assuré, profond, riche et hyper mobile (rien n’arrête ses contorsions vocales). Le duo mélange compositions personnelles et standards (si l'on peut appeler «standards» des morceaux de Maria Pia de Vito ou de Norma Winston). Ces moments de poésie et de beauté, qui évitent avec intelligence la mièvrerie, mettent surtout en avant la pureté des thèmes. Une belle expérience à renouveler, sans aucun doute.

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Retour sur la Place Fernand Coq où Chrystel Wautier (voc) a concocté avec Igor Gehenot (p) un répertoire soul funk des plus efficaces. Tandis que Lorenzo Di Maio (eg) s’amuse à lâcher quelques solos incisifs, Thomas Mayade (tp) nous rappelle un peu le Roy Hargrove du RH Factor. Il faut dire que les arrangements de ces morceaux jazz, soul ou pop («American Boy» ou «Comme un boomerang», entre autres) groovent plutôt pas mal. La rythmique (Giuseppe Millaci (eb), Fabio Zamagni (dm)) est solide et Chrystel, la voix souple, ondulante et terriblement accrocheuse, se balade dans ce répertoire avec une aisance incroyable.

Pour terminer ce samedi bien rempli, une dernière étape s’impose : le SoundsLaurent Doumont propose son soul jazz festif. Le club est bourré et le public se balance aux sons de «Papa Soul Talkin», de «Mary Ann» de Ray Charles et même de «Tu vuo' fa' l'americano» de Renato Carosone. Vincent Bruyninckx déroule des solos fantastiques avec beaucoup d’aisance, tandis que Sam Gerstmans maintient le cap malgré la ferveur du jeu d’Adrien Verderame à la batterie. Quant au leader, il passe du chant aux sax (ténor ou soprano) avec un plaisir gourmand. Bref, la fête est loin de se terminer.

Dimanche, le soleil brille et je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir Bram De Looze (dont la prestation fut excellente d’après les échos) sur une Grand Place noire de monde. J’arrive pour entendre les premières notes du sextette de Stéphane Mercier.

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Le groupe du saxophoniste est vraiment au point même si, ce dimanche, sa configuration est légèrement différente de l’original : Lionel Beuvens et Cédric Raymond avaient remplacé respectivement aux drums et à la contrebasse les habituels Yoni Zelnik et Gautier Garrigue. Et, franchement, ça sonne et ça déménage. Les compositions de l’altiste sont pleines de reliefs et superbement bien arrangées. «Maël», «Matis», «Aumale Sherif» ou encore «The Jazz Studio», pleins de force et de nuances, nous ballottent entre post bop et swing. Et quand les solistes prennent la main, c’est pour pousser plus loin et plus fort les thèmes. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’être admiratif devant les interventions de Jean-Paul Estiévenart (époustouflant de puissance, d’idées et de maitrise) mais aussi de Pascal Mohy (toucher vif et sensuel à la fois), de Steven Delannoye (toujours incisif) et bien entendu, du leader (voix suave, solaire et ondulante). Bref, voilà un groupe vraiment inspiré et toujours surprenant qu’il faut suivre sans hésiter.

Juste après, Toine Thys ne fait pas descendre la pression. Il faut dire que son projet Grizzly ne manque vraiment pas de pêche. S’il présente son trio (Arno Krijger (Hammond B3) et Karl Januska (dm) qui remplace l’habituel Antoine Pierre) avec beaucoup d'humour, de second degrés et de détachement, la musique elle, est délivrée avec beaucoup de «sérieux». Des thèmes comme «The White Diamond», «Don’t Fly L.A.N.S.A» ou le très tendre «Disoriented» (à la clarinette basse) possèdent tous leur dose de créativité. Quant à «Grizzly», titre éponyme de l’album, c’est un véritable hymne au soul jazz.

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J’aurais pu rester pour voir Mâäk Quintet, mais je voulais écouter Maayan Smith (ts) et Nadav Peled (eg) au Roskam. Le saxophoniste et le guitariste travaillent ensemble depuis quelques années déjà, et ont essayé différentes formules. Cette fois-ci, c’est Matthias De Waele qu’on retrouve aux drums et Jos Machtel à la contrebasse.

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Qu’il s’agisse de compos originales («The Pocket», «That’s Freedom»), ou de classiques («Hanky Panky» de Dexter Gordon ou «Bye-Ya» de Monk), le quartette arrive toujours à imposer sa patte et à donner de la cohésion à l’ensemble. Les échanges entre ténor (le son est parfois gras mais toujours subtil) et guitare (un phrasé souple, entre Jim Hall et John Abercrombie) font mouche. De Waele n’hésite pas à faire claquer sa caisse claire pour contrebalancer le jeu tout en demi-teinte de l’excellent Jos Machtel. Avec ce projet, Maayan Smith remet en lumière un bop parfois un peu trop laissé dans l’ombre. Il y amène, avec l’aide de son complice guitariste, une belle modernité, sans jamais intellectualiser le propos.

Voilà une belle façon de terminer un Jazz Marathon, toujours utile et bien agréable.

A+

 
 

15/05/2015

Playlist 01

Pour une fois (mais pas la dernière), pas de mot, pas d'image.

Rien que de la musique.

Une playlist coups de cœur et nouveautés.

 

 

A+

22:33 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : soundsgood |  Facebook |

10/05/2015

MikMâäk au Théâtre Marni

MikMâäk, c'est la grande formation de Mâäk, qui fait la part belle aux souffleurs. On y retrouve en effet pas moins de trois trompettistes (Laurent Blondiau, Jean-Paul Estiévenart, Timothé Quost – en remplacement de Bart Maris), autant de trombonistes et tubistes (Geoffroy De Masure, Michel Massot, Niels Van Heertum, Pascal Rousseau), de flûtistes et clarinettistes (Quentin Menfroy, Yann Lecollaire, Pierre Bernard) mais aussi des saxophonistes (Jereon Van Herzeele, Guillaume Orti, Grégoire Titiaux), le tout soutenu par Fabian Fiorini (p), Claude Tchamitchian (cb) et Joao Lobo (dm).

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Ce combo, créé en 2014 à l’occasion du Gaume Jazz Festival, s’était rôdé auparavant, chaque mois, au Recyclart. Par la suite, MikMâäk avait remis le couvert, presque tout aussi régulièrement, au Théâtre Marni, cette fois. Une sorte de résidence qui permetait à l’ensemble de travailler et de présenter des musiques chaque fois nouvelles ou en perpétuelles évolutions.

Ce jeudi, c’était le dernier concert avant l’enregistrement live prévu à De Werf en juin.

Après un premier titre tout en furie - dans lequel on remarque tout de suite le jeu impressionnant de Timothé Quost - «Litanie», écrit par Fiorini et introduit par le ténor grave et rocailleux de Jereon Van Herzeele, se développe de façon plus insidieuse, à la manière d'une énorme vague qui ne cesse de gonfler.

«Tilt» , lui, écrit par Yann Lecollaire, fonctionne par strates dans lesquelles chaque section (une fois les sax, puis les trompettes et ensuite les flûtes) trouve un terrain de liberté. La musique est à la fois très composée et à la fois hyper ouverte. Le travail sur le son et la volonté de «sonner différent» sont évidentes. On a rarement l’occasion, par exemple, de voir une sourdine - énorme - sur un tuba, qui donne au jeu de l’excellent Pascal Rousseau encore plus de caractère.

Si l’esprit d’ensemble reste très cohérent, les ambiances sont très changeantes. «Cubist March-suite» (de Fiorini) ressemble parfois à une valse désarticulée et désabusée qui met en valeur le jeu souple et inventif de Claude Tchamichian ou le trombone indomptable de Geoffroy De Masure. Calme et nocturne, «Souffle de lune» (de Michel Massot) irradie d’émotions contenues parsemées de quelques scintillements de flûtes mais aussi éclaboussées par le solo lumineux et incandescent  de Jean-Paul Estiévenart.

Et la suite est à l’avenant, aussi déroutante qu’excitante.

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Ce qui est remarquable chez MikMâäk, c'est le travail d'arrangements de chacun des morceaux. Il y a une maîtrise et une sensibilité énormes ainsi qu’une précision et une rigueur qui laissent pourtant plein de d'espaces aux improvisations libres. Les solos ne sont jamais là pour mettre simplement en valeur le talent des musiciens (Lobo et son intro en accélération absolument irrésistible ou Tchamitchian en intro du morceau d’Emler, pour ne citer que ceux-là), ils participent intelligemment à la construction des thèmes. Tout cela est très sophistiqué et complexe mais, finalement, très accessible tant c’est musical.

Alors, le groupe s'amuse. Sur un «Back And Force» d'Andy Emler (un ami de la famille si l'on peut dire), les musiciens feignent de se disputer sur la façon de jouer avant de s’engager dans un groove plein de rebondissements. Et ça tourbillonne autour du trombone de De Mazure, qui prend des accents très orientaux d’abord, avant se perdre dans un jazz volé à Chicago. La fête aurait pu continuer longtemps. MikMâäk finit par descendre dans la salle et se mélanger au public avant de disparaître dans le fond de la salle sous les cris et les applaudissements nourris.

Contemporaine, ethnique ou de chambre, MikMâäk fait vaciller les piliers classiques de la musique et du jazz. Et pourtant, comme par magie, tout cela tient, tout cela a du sens. MikMâäk explore et défriche sans jamais laissé de côté l'auditeur et, au contraire, l'entraîne sur des terrains étranges et insolites.

Et pour des voyages pareils, on est toujours partant.

 

MikMâäk @ Recyclart, Brussels part I from Mâäk on Vimeo.

 

 

A+

 

29/04/2015

Wolke - Théâtre Marni

J'avais déjà repéré le nom d'Anja Kowalski sur quelques albums de Flat Earth Society ou en duo avec Catherine Smet. À l'occasion de la sortie du premier album sous son nom, ou plutôt de celui de son projet Wolke, le magazine Larsen m'avait proposé de rencontrer la chanteuse et d'écrire un article à son propos (vous lirez cela prochainement dans le numéro de mai).

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Et puisque la musique, l'album et la personnalité d'Anja m'avaient plutôt interpellé, je ne pouvais pas rater le "release concert" au Marni ce mardi soir. Et je n’étais pas le seul à m’y rendre car la salle était plutôt bien remplie.

Sur scène, aux côtés d’Anja Kowalski, on retrouve Yannick Dupont (dm, laptop), Eric Bribosia (keys) et Benjamin Sauzerau (eg) mais aussi une petite maison de poupée. Haa, la maison! La maison comme un symbole, comme une interrogation sur les racines et les origines qui taraudent inconsciemment la chanteuse. Cette maison qui se déplace et voyage au gré de la vie, des idées ou des courants. C'est un peu de cette recherche perpétuelle que racontent les chansons de Wolke (le nom du groupe n'a assurément pas été choisi au hasard non plus...)

«Nebelland», poème mis en musique de Ingeborg Bachmann, parle de brouillard et d’amour incompris, au rythme d’une valse lente. Le drumming sourd et grave de Yannick Dupont est déchiré par quelques riffs de Benjamin Sauzereau. La force et la subtilité se mélangent et le chant, en allemand, est un délice. Car oui, Anja chante en anglais et aussi en allemand.

Alors le voyage peut commencer, entre onirisme et tourment.

Il y a quelque chose d'envoûtant dans les compositions d’Anja Kowalski, quelque chose de l’ordre de Kurt Weill ou peut-être aussi de ces chanteuses pop folk aux textes engagés.

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En invité spécial, Yann Lecollaire, à la clarinette basse, ajoute encore à l’ambiance nébuleuse. Eric Bribosia, discret et pourtant omniprésent, distille les notes avec intelligence (tantôt à l’aide d'un xylophone d'enfant tantôt au fender, qu’il fait sonner comme des orgues démoniaques).

Alors, s’enchainent la berceuse étrange «Dein», le lumineux «Das Karussell der Zeit», ou le résigné «Trapped». Ce qui est bien dans les arrangements du groupe, c’est l’équilibre entre la douceur et la brutalité. Et c’est sans doute ce contraste marqué, mais très maîtrisé, qui empêche Wolke de tomber dans l’attendu.

Certains morceaux, comme «Conversation Between A Woman And A Mirror», par exemple, s'engagent parfois sur un terrain plus rock ou même free, alors que «Little Box» agit comme un coin de ciel bleu qui se découvre, laissant entrevoir un peu de bonheur… toujours un peu incertain, toujours un peu fragile.

Voilà ce que l’on appelle un concert bien construit et une histoire bien racontée qui donne envie d’en connaître rapidement la suite. Alors, en attendant de revoir Wolke sur scène, on peut prolonger le voyage avec un album (sorti chez Naff Rekorz) que je vous recommande chaudement.

 

A+

 

25/04/2015

Bloom - Chat-Pitre Bruxelles

Bloom a éclos un peu par hasard à New York. C’est lors d’une visite dans la Grosse Pomme qu’Alain Deval (dm), Bruno Grollet (ts), Clément Dechambre (ts), Quentin Stokart (eg) et Louis Frères (eb) se sont retrouvés à improviser ensemble.

De retour en Europe, ces membres du Collectif liégeois l’Œil Kollectif, ont décidé de continuer l’expérience. Expérience car, oui, même si Quentin Stokart (désigné leader «par la force des choses», comme il le dit en souriant) écrit la plupart des thèmes, ceux-ci sont surtout un prétexte à l’improvisation la plus libre possible.

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Et ce soir, au Chat-Pitre à Ixelles, le premier morceau ne laisse aucun doute sur l’objectif affiché du groupe. Le jeu, dans un esprit assez avant-gardiste, est ultra ouvert. La musique éclate et explose en mille particules puis s’éparpille un peu partout. Une basse échevelée, un drumming erratique, un jeu de guitare dans l’esprit d’un Marc Ribot et deux saxes qui finissent par se rejoindre après avoir pris beaucoup de libertés chacun de leur côté, voilà comment «December» ouvre le set. On est soufflé.

Mais Bloom a d’autres façons d'aborder la liberté musicale. Par exemple, en partant d'un motif lancinant, semblable à une valse ténébreuses et inquiétante. Ou alors, en s’aventurant dans des recoins plus abstraits. La musique devient alors plus bruitiste et le dépouillement est presque total sur «Seven Dance». Les couinements, les sifflements, les frottements et froissements construisent une atmosphère étrange, entre cadences irrégulières, bribes de mélodies et mutisme assourdissant. Et bien entendu, l’impro est au cœur du propos. On ne peut s’empêcher de penser au travail d’un Tim Berne ou d’un Tom Rainey, mais aussi parfois, plus lointainement, à Steve Coleman, comme dans certains morceaux aux polyrythmies… très asymétriques (c’est dire!).

Alors, Bloom continue à chercher tous azimuts. Cela va du plus déstructuré au jazz punk industriel avec, par-ci par-là, un voile d’ambiant, une pointe de blues, un léger soupçon groovy.

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Rien n'est jamais linéaire et tout peut se déglinguer à tout moment. D'ailleurs, au second set, quand Nico Chkifi tient les baguettes, Bloom file dans de nouvelles directions (mais il faut dire qu'on était plus dans un contexte de jam à ce moment de la soirée). Parfois c'est un échafaudage entre les saxophones, parfois c'est un dialogue musclé avec la guitare, parfois c’est une bagarre avec la batterie et parfois c’est une réconciliation totale et douce.

On pourrait peut-être reprocher le côté trop disparate, encore un peu trop désordonné, un peu flou peut-être, dans les intensions de Bloom, mais l'expérience n’en reste pas moins très interpellante et parfois même excitante, surtout quand l’inspiration vient aux musiciens (et c’est le but du jeu). La poésie brute se révèle alors et l’on a envie de participer et de chercher avec le groupe. C’est sans doute cela qu’on appelle «musique live»?

Bloom est en tout cas un groupe à suivre de près et à encourager vivement.

 

 

A+

 

 

 

20/04/2015

Oded Tzur Quartet - Bravo

Après Paris et avant Amsterdam, Rotterdam ou encore Tel Aviv, le groupe du saxophoniste new yorkais - d'origine israélienne - Oded Tzur a profité de la sortie de son premier album (Like A Great River, chez Enja) et de sa première tournée européenne pour s'arrêter ce dimanche soir à Bruxelles. Et on peut dire qu’il y avait du monde au Bravo pour découvrir cet intriguant quartette dans lequel on retrouve de sacrées pointures : Shai Maestro (p), Ziv Ravitz (dm) et Petros Klampanis (cb).

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Dans une ambiance intimiste, l’entrée en matière se fait tout en souplesse et sensualité. On se laisse  peu à peu envahir par la musique comme on se coule doucement dans un bain chaud. Sur les respirations calmes de la contrebasse, Tzur dépose un souffle chaud et serein. L’espace s’ouvre et les motifs se dessinent lentement.

Le ténor laisse ensuite la place à Shai Maestro et Ziv Ravitz (toujours soutenus par la contrebasse lancinante de Klampanis). Le pianiste développe des harmonies de plus en plus charnues et plus complexes. On dirait un vent chaud, venu du désert, qui s'élève avec force avant de s’estompe délicatement. Quand le tourbillon prend de la force, Oded Tzur reprend le fil de l’histoire où il l’avait laissé… dans le silence qui est revenu.

On reste en suspens et on n’ose à peine applaudir pour ne pas briser la magie de l’instant.

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Il y a quelque chose d'organique et de minéral dans cette musique. On a l’impression qu'elle vient du sol, qu'elle s’épanouit en douceur, qu’elle grandit avant de s’évaporer. On dirait qu’elle révèle les âmes, les accompagne et les protège, avant de les laisser vivre et danser.

Chaque morceau est une longue et lente évolution mélodique, introspective, méditative.

Oded Tzur travaille avec douceur des notes étirées qui évoquent tantôt le bansuri, tantôt la zurna. La transe n’est jamais loin et se mêle à un groove retenu.

Derrière ses tambours, Ziv Ravitz joue les sons feutrés, presque étouffés. Il utilise les mailloches ou les mains pour caresser les peaux et faire vibrer sobrement les cymbales. Son solo en fin de concert, plein de fougue et dénué d'agressivité, est magnifique de maîtrise.

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Quant à Shai Maestro, il invente, il colore et dévoile les harmonies aux saveurs légèrement orientales. La pulse est comme souterraine. Lui aussi étouffe parfois les cordes, comme pour creuser un peu plus dans une musique ethnique, comme pour se rapprocher encore plus des racines et des fondations. Car la musique d’Oded Tzur va bien au-delà du jazz (ou plutôt, vient de bien avant le jazz).

Cette musique hypnotique invite au balancement, puis à la transe, avec une élégance rare. Tzur garde une ligne de conduite - un objectif et un seul discours qu'il ne lâche jamais - comme s’il s’agissait d’une quête ou d’une recherche perpétuelle de quiétude.

C’est comme cela qu’il construit des moments forts et qu’il nous a offert, ce soir, un magnifique concert.

 

 

A+

 

04/04/2015

Random House - Bravo

Oui, j'ai raté plusieurs concerts au Bravo, le club qui a le vent en poupe en ce moment à Bruxelles. Oui, j'ai raté Jochen Rueckert (avec Mark Turner et Lage Lund) et aussi le quartette de Will Vinson

Mais ce jeudi soir, j'ai pu aller écouter Random House, le dernier groupe de Thomas Champagne. Et ce soir, le public est assez dispersé (il faut dire que «l’offre jazz» est assez étoffée : JS Big Band à la Jazz Station, la Jam du Chat-Pitre, Joachim Caffonnette au Sounds, entre autres).

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Au sous-sol du Bravo, Guillaume Vierset (g), Ruben Lamon (cb) et Alain Deval (dm), qui entourent le saxophoniste, entament «Oriana», un morceau à la structure plutôt classique mais très solaire et tournoyante. Aussitôt, on remarque les impros incisives de Guillaume Vierset, à qui Champagne laisse beaucoup de place dans le groupe, ainsi que de belles interventions de Ruben Lamon, qui fait preuve d’un jeu ferme et ondulant.

Les bases sont jetées et l’on peut s’aventurer plus loin avec «Block». Ici, on défriche et on fouille les sons. L’esprit est plus chaotique et abstrait. La tension se fait sentir et les sons rebondissent et ricochent. L’histoire se construit par touches et finit par exploser en une sorte de blues rock, lourd et puissant. On sent que le groupe capable de se lâcher un peu plus encore et de délirer à fond. Mais Random House préfère garder le contrôle et ne pas trop s’étendre. On en aurait bien pris un peu plus.

On aurait bien pris un peu plus aussi de «Around Molly», une composition de Vierset en hommage à la maman de Nick Drake dont il est fan déclaré. Cette superbe ballade jazz folk, aux parfums americana, voit se tresser des mélodies subtiles qui s’entrelacent enter la guitare et le sax. Ce morceau est propice aux impros et digressions… mais le groupe préfère respecter un format chanson, court et concis. Tant pis pour nous. Plus swinguant est le thème suivant (qui ne porte pas encore de nom) dans lequel Thomas Champagne se libère totalement. Soutenu par une rythmique solide, il mène la danse avec fermeté avant de passer le relais à Vierset (un futur grand de la guitare, décidément). Son jeu est fluide et nerveux, parfois osé, inspiré des meilleurs guitaristes new-yorkais actuels. Il construit et invente sans jamais se départir d’un groove intérieur.

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Après une reprise nerveuse au second set, Random House propose, un thème plus nébuleux, éclaté et dispersé, «One For Manu». On se rapproche un peu de la méditation ou de la transe parfois, surtout au travers du travail d’Alain Deval, qui joue principalement avec les maillets, comme pour invoquer la forge sourde de Vulcain. Le morceau est aussi fascinant que changeant. Le groupe mélange - si pas les styles - en tous cas les rythmes, les tempi et  les ambiances.

On enchaine alors avec un morceau plus ondulant et sensuel, «Circular Road» qui navigue entre jazz et pop à la Talk Talk et, bien entendu, la musique répétitive.

Random House défriche le jazz avec délicatesse, tout en gardant une oreille sur la tradition, et ne se ferme aucune porte. Ce mélange d’influences définit bien le nom d'un groupe qui n'est qu'au début d'une belle aventure. A suivre.

 

 

 

A+

 

 

22/02/2015

Jonathan Kreisberg Quartet au Bravo

 

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Vendredi soir, Jonathan Kreisberg était de retour au Bravo avec son quartette.

Il y était déjà venu en octobre de l’année dernière, avec la même formule, dans un club bondé. Cette fois-ci - à cause des vacances de Carnaval ? De la grosse offre jazz sur Bruxelles ce soir-là ? - il y avait peut-être un peu moins de monde au club du bout de la rue Dansaert. Et c’est un peu dommage car un guitariste de ce niveau (qui fait partie, à mon avis, des 10 meilleurs New Yorkais actuels, aux côtés des Kurt Rosenwinkel, Lage Lund, Lionel Loueke, Rez Abassi, Yotam Silbertstein et quelques autres…) mérite une bien plus grande audience. Pourquoi ne le verrions-nous pas, d'ailleurs, dans des festivals chez nous ?

En attendant, et tant que l’on peut profiter de sa musique en club, ne nous en privons pas.

Entouré de Will Vinson (as,p), Rick Rosato (cb) et Colin Stranahan (dm), Jonathan Kreisberg débute, tout en souplesse, un «Stella By Starlight» d’une grande élégance. Le thème est retravaillé sur un groove qui évoque un peu les balancements d’Ahmad Jamal. L’ambiance est relax, douce et détendue. On s’installe confortablement.

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Après cette entrée en matière suave, Jonathan Kreisberg introduit magistralement «Until You Know» avec une incroyable maîtrise technique et musicale. Ça monte vite dans les tours. C’est l’occasion pour Will Vinson de décocher ses premiers solos vifs et nerveux et pour Colin Stranahan de provoquer les breaks. Il faut dire que ce thème, lancé à toute allure, est quelque peu vicieux. Il change plusieurs fois de directions, de tempos et de métriques, mais il se joue surtout avec beaucoup de fluidité, ce qui ajoute à la puissance.

Entre chaque morceau, Jonathan Kreisberg prend le temps de dialoguer et de rire avec le public. Il y a de la décontraction dans son attitude et cela se ressent aussi dans sa musique qui, aussi complexe et virtuose qu’elle soit, passe avec beaucoup d’aisance. Pourtant, lorsqu’on regarde jouer le guitariste, son visage, hyper mobile, se tord dans tous les sens, se contracte, se tend, s’apaise un instant, puis grimace à nouveau. Il vit intensément sa musique.

«Wave Upon Wave» (titre éponyme de l’album, que je vous recommande vivement) évolue par couches plus intenses les unes que les autres. Kreisberg distille quelques effets qui renforcent plus encore la mélodie. Et puis, sur la reprise de «I Fall In Love Too Easely», on ne peut qu’être admiratif de son phrasé, riche et raffiné.

Rick Rosato, à la manière d’un Palle Danielsson, fait preuve, une fois de plus, d’une grande musicalité dans ses solos : ils sont autant profonds, chauds et charnus que secs et claquants.

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Le quintette enchaîne les thèmes, joue avec le chaud et… le brûlant. «Wild Animals We’ve Seen» est fiévreux, tandis que «From The Ashes» rebondit sous les baguettes de Stranahan et les riffs de Kreisberg à peine assouplis par interventions de Will Vinson (tant au piano, qu’au sax). Le swing est partout, le groove omniprésent. Le groupe se nourrit de la tradition bop pour délivrer un jazz moderne, très actuel.

«Spin», tour de force qui porte bien son nom, s'enroule et s´envole autour de la guitare virevoltante du leader. Jamais pourtant, on ne tombe dans le démonstratif. C'est la sensibilité qui prime toujours, comme sur cette somptueuse balade dont je ne me lasse pas : «Being Human».

Après ce moment feutré, de toute beauté, on termine en force avec le très jungle et nerveux «Stir The Stars», avant un rappel qui rend hommage à Monk.

Bref, ce soir au Bravo, il n’y avait que du bonheur.

 

 

A+

 

18/02/2015

Thomas Enhco au Gent Jazz Club

 

Après l'avoir vu en solo lors du dernier festival de jazz à Tournai, je n'ai pas résisté à l'envie d'aller écouter Thomas Enhco en trio ce lundi soir à Gand.

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L’album «Fireflies», enregistré avec Chris Jennings (cb) et Nicolas Charlier (dm), et totalement produit par ses soins, est une vraie réussite. Le pianiste français, issu d’une célèbre famille d’artistes et de musiciens, ne s’est pas laissé intimidé par ce brillant (et sans doute lourd) héritage : il s’est «fait» un nom mais aussi et surtout un univers et un son très personnel.

Au Gent Jazz Club, ce soir, on s’était donné le mot, il n’y a plus une place de libre.

Accompagné de Jeremy Bruyère à la contrebasse et de Nicolas Charlier (oui, oui, le fils de) à la batterie, Thomas Enhco laisse courir les premiers accords de «La Fenêtre et la Pluie». Un thème qui évolue par vagues, lyriques et élégantes, et qui prend vite de l'emphase. Telle une bourrasque, la tension monte rapidement. Droit sur son tabouret, Nicolas Charlier propage un jeu tendu. Ses frappes ne sont pas vraiment brutales, mais elles sont sèches et courtes. Elles répondent ou rivalisent au jeu plein de fougue d'Enhco. Entre les deux, Jeremy Bruyère fait courir ses doigts sur les cordes de la contrebasse. Le son est profond mais très découpé, lui aussi. De plus, il utilise régulièrement l’archet, avec beaucoup d’à-propos, comme pour rajouter du «gras» au son.

Le second morceau («Gaston») est encore plus enflammé. Enhco lance des défis que relève - et amplifie - le batteur. Les solos de Charlier sont faits de breaks et de relances incessantes, bourrés d’énergie. Les trois hommes s’amusent, se sourient et semblent même s’étonner du niveau musical qu’ils délivrent.

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Alors, il est temps de se calmer un peu. «Wadi Rum» en est l’occasion.

Intimiste et mélancolique - entre la chaleur du jour et fraîcheur d’une nuit dans le désert - le thème est propice à de superbes harmonies qui s’emmêlent autour des doigts du pianiste et de l’archet du contrebassiste. On flirte avec un orientalisme à la Avishai Cohen (le contrebassiste). De façon intelligente, Enhco ne laisse jamais se liquéfier un thème ou un motif. Il le reprend rapidement, l’empêche de le laisser devenir insignifiant. Il lui garde toute l'intensité et évite le bavardage inutile qui pourrait affaiblir le propos. Le trio, très complice, œuvre dans cette même perspective, et sait ce qu'il faut raconter et comment le dire. Cette concision est une force et une sacrée preuve de maturité. C’est sans doute pour cela que le groupe peut se permettre de revisiter «Arabesque» de Maurice Shumann, à la façon musique des îles, sans que cela ne soit grotesque. Bien au contraire.

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Le second set, qui commence avec la ballade tendre et douce «Je voulais te dire», reprend vite son rythme de croisière (de course ?) avec un «All The Things You Are» franc, bourré d'idées rythmiques et de propositions plus folles les unes que les autres. On joue les breaks et les faux départs, on joue les attentes, on provoque les allers-retours avant la fuite en avant.

Après un «You’re Just A Ghost», aussi minimaliste qu’insaisissable, et avant un très personnel «Autumn Leaves» en rappel, «Outlaw» en met plein les oreilles. Ce morceau explosif et plein de pêche démontre une fois de plus que le jazz du Thomas Enhco Trio en a encore sous la pédale.

Il n’y a pas à dire, ce jeune groupe a déjà les idées bien claires et un univers bien à lui. Difficile de lui donner certaines filiations sans tomber dans les clichés habituels, tant il s'en éloigne… aussitôt qu’on s’en approche.

Thomas Enhco prépare d’autres projets auxquels il faudra rester attentif (un disque en solo sortira bientôt, un duo avec la percussionniste Vassilena Serafimova est en préparation et une collaboration avec Kurt Rosenwinkel est sur les rails).

Oui, il risque bien de nous étonner encore.

 

 

A+

 

12/02/2015

Tournai Jazz Festival 2015. Premieres sensations.

La quatrième édition du Tournai Jazz Festival avait lieu vendredi et samedi dernier.

L’affiche était alléchante et le public était au rendez-vous.

Vous lirez un «article» bien plus détaillé dans l’un de vos webzines de jazz préférés (je vous tiendrai au courant).

Mais il faut quand même que je vous dise…

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Seul devant le grand Bösendorfer, en ouverture de festival, devant une salle comble, la prestation du jeune pianiste Thomas Enhco est impressionnante de maturité. Un concert solo ! Il faut oser et surtout, avoir quelque chose à dire. Et Thomas Enhco, au-delà d’une technique irréprochable, propose un discours très intéressant, très surprenant et nous tient en haleine d’un bout à l’autre. Plein de force et de nuance. A revoir sans aucun doute et à suivre. Chapeau l’artiste.

Mais ce soir, le public est surtout venu pour Barbara Hendricks. Toute les places sont vendues. La diva chante bien. Très bien, même. Mais… mais, n’est pas chanteuse de jazz qui veut. C’est sage, bien coiffé, bien parfumé et bien trop propre… C’est du jazz de salon. Pour chanter le blues, il faut bien plus que ça. Mais ça plait au public. Moins à moi.

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Heureusement, ensuite, il y a Bai Kamara. Et là, ça sonne, et ça sent le vécu. Les morceaux sont catchy, les musiciens s’amusent et… ça joue. La voix du chanteur est graineuse comme il faut. Aussi douce que puissante. Pur plaisir.

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Le lendemain, vers quatre heures, Bojan Z raconte un peu de son enfance, de sa vie, de ses rencontres. Il explore toutes le facettes de son piano ou du Fender. Concert solo mais Bojan n’est pas seul, en fait. Il est accompagné d’images (ses propres photos mises en rythme de façon très élégante). Et c’est superbe. Poignant. Emouvant. Et tellement humain. Magnifique moment.

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Dans la salle Lucas, le guitariste Hervé Caparros assure avec un jazz parfois rock qui lui va très bien (et que j’aime vraiment beaucoup) et parfois beaucoup plus smooth (trop à mon goût). Belle découverte en tout cas.

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Paolo Fresu et Omar Sosa, dans la grande salle, nous emmènent dans un voyage délicat, fait d’atmosphères éthérées, mais aussi, parfois, plein de rebondissements et de surprises. La complicité entre les deux musiciens est évidente et cela se ressent dans leur musique. Un vrai partage.

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Et puis, après une petite pause, c’est le feu d’artifice avec Kenny Garrett. Dès les premières notes, le saxophoniste américain met la barre du swing et du groove très haut. C’est puissant et brûlant ! Pas un seul temps mort. Des solos du pianiste ou du batteur, d’une inventivité parfaite. Et puis, Garrett n’attend pas le rappel pour en remettre un couche. Et puis une autre. Il pousse le public à chanter, à se lever, à frapper dans les mains. Et le public ne veut plus le lâcher. Le saxophoniste et son groupe resteront une heure de plus sur scène, obligeant Guillaume Perret à retarder le début de son concert... Mais quel concert !

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En duo avec son batteur, le saxophoniste français fait exploser le jazz. Bouillonnant et brillant, d’une puissance et d’une énergie sans borne. A deux, ils captiveront le public jusqu’à la fin. Fort, très fort !

 

 

A Tournai on a eu droit à tous les jazz.

Et j’ai déjà pris mes billets pour l’année prochaine !

A+

(L’article plus «détaillé», c’est pour bientôt)

 

06/02/2015

Sinister Sister Performs Zappa - Au Bravo

Sinister Sister, ce sont Pieter Claus (vib), Michel Hatzigeorgiou (eb), Maayan Smith (ts)
Jan Ghesquière (eg) et Lander Gyselinck (dm).

Ils ont décidé, voici un an ou deux, de rendre visite à ce bon vieux Frank Zappa. Et on peut les comprendre. Quel plus grand plaisir, pour un musicien, de jouer cette musique qui n'a jamais choisi entre le jazz, le rock et les expérimentations contemporaines les plus dingues.

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Alors bien sûr, pour jouer Zappa, il faut les avoir bien accrochées, un sacré bagage technique et musical mais aussi et surtout, il faut comprendre l'esprit de ce fou (pas aussi iconoclaste qu'on veuille bien le dire) de Baltimore. Et, en ce qui concerne l'esprit (car ici, ni la technique, ni le culot, ne sont à mettre en doute), nos 5 complices ont tout compris.

Pieter Claus, initiateur du projet, a re-arrangé certains morceaux, les a parfois mélangé entre eux, sans pour autant en simplifier l’écriture, ni trahir le style. «Black Page», «Alien Orifice» ou encore «Peaches En Regalia» : bonjour le délire.

Aux avant-postes, il y a Maayan Smith au ténor, jeu souple et voix souvent à la limite de la cassure, qui maintient contre vents et marrées, une tension mélodique intense (et il n’a rien à envier à Brecker ou Napoleon Murphy Brock). Puis, le groupe peut compter également sur la basse ondulante d'Hatzi. Une véritable anguille qui remue constamment les tempos, les pousse au bord du déséquilibre tout en gardant toujours le contrôle. Il rappelle ses artistes chinois qui font tourner des assiettes au bout d’un long et fin bâton, sans que jamais elles ne tombent. Les rares solos qu’il prend, attisés par le drumming démentiel (précis, fougueux, toujours inventif) de Lander Gyselinck, sont fantastiques.

Puis il y a «Filthy Habits» ou encre «I Promise Not To Come In Your Mouth».
Et c’est Jan Ghesquière qui en profite pour lâcher une série de chorus bien trempés. Il tord les sons, les étire, puis il les taillade de quelques riffs incisifs. C’est fluide et fort.
Et bien entendu, Pieter Claus, derrière son vibraphone, amène cette touche de folie (une de plus), parfois douce, parfois schizophrène, un peu hors du temps, un peu hors des modes. Le jeu est aérien et flottant, mais quand il plonge, tête la première dans la transe, il fond comme l'épervier sur une proie. Les autres musiciens s'écartent le temps d'une courte respiration avant de l'engloutir à nouveau dans le magma bouillonnant.

Ce qui est formidable avec la musique de Zappa – et dans la façon dont elle est jouée ce soir - c'est la juxtaposition, presque contre nature, de la puissance parfois quasi hard rock des thèmes et de la douceur des pseudo ballades perverses aux richesses harmoniques insoupçonnées. La surprise est toujours là où on ne l'attend pas. Même si l'on connaît (ou croit connaître) la musique du grand moustachu.

On n’arrêtera jamais de redécouvrir Zappa. Même 20 ans après.
Alors voilà une bonne nouvelle : Zappa est bien vivant.

 

 

A+

 

 

01/02/2015

Ruben Machtelinckx au Vecteur à Charleroi

Voilà encore une belle initiative de Point Culture et du Vecteur à Charleroi qui invitent une fois de plus (puisqu'ils l’ont déjà fait quelques fois auparavant) des jazzmen qu'on n'a pas si souvent l'habitude de voir, ni d'entendre, dans notre belle Wallonie ou même à Bruxelles (ou alors parfois dans quelques lofts et autres endroits plus underground). Ce samedi soir, par exemple, ils ont invité le groupe du guitariste Ruben Machtelinckx.

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Après le très réussi Faerge (chez Negocito), le quartette anversois vient de sortir son second album Flock (toujours chez Negocito), et venait le présenter ce soir devant un public assez nombreux.

Dans la même veine que le précédent album, Flock propose une série de compositions originales qui mêlent raffinements mélodiques et complexités harmoniques dans des ambiances souvent sobres et délicates.

Autour de lui, Ruben a vraiment cristallisé un véritable esprit de groupe au service d'une musique très singulière. Ce soir, on retrouve Joachim Badenhorst (cl, bcl, ts), Nathan Wouters (cb) et Fredrik Leroux (eg) qui remplaçait l’habituel Hilmar Jensson, resté dans son Islande natale pour cet unique concert belge (mais une tournée plus conséquente est prévue, normalement, en septembre… Stay tuned !).

L’ambiance est un peu particulière, sans un mot ni présentation, le groupe investit la scène après que les élèves de l’académie de Marchienne-au-Pont aient assurés la première partie. Chacun s’installe dans le silence et la retenue.

Ce n’est pas plus mal, car la musique du quartette s’écoute et s’apprécie dans le calme.

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La première étape du voyage se fait toute en langueur. Tel le ressac de la mer, la mélodie («Gaap»?) se répand. Joachim Badenhorst vient dessiner les premiers contours qui semblent sortir de la brume. Le morceau se déploie lentement, chacun des musiciens s’écoute respirer. Le son est parfait, l’instant suspendu.

Après cette mise en bouche d’une délicatesse extrême, Ruben Machtelinckx s’empare du banjo («Mc Murdo»). Il déroule un tapis sonore tendu et cristallin au motif répétitif et infini, tandis que Frederik Leroux lâche sporadiquement un riff gras, profond et résonnant. Le groupe joue avec la matière sonore de façon plus âpre. La progression se fait par couches fiévreuses. Les deux guitaristes distillent de légers effets de distorsions, de subtiles reverbs et de fins larsens.

Badenhorst maîtrise son souffle et son son de manière étonnante. On sent chez lui un relâchement total, une propension à s'infiltrer et à épouser les moindres ondulations rythmiques et mélodiques des thèmes écrits par Machtelinckx. Qu’il soit au ténor, à la clarinette basse ou la clarinette, il est le véritable souffle de vie, celui qui pousse les émotions à se libérer totalement.

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Le quartette enchaine les morceaux sans un mot, comme pour ne pas briser la magie ou les fragiles constructions qui envahissent la salle. «Cumulus» ou «The Hunter» se racontent à nous. Frederik Leroux et Ruben Machtelinckx échangent, magnifient, portent et supportent l'ensemble. Ils changent les couleurs. Parfois par touches, parfois par grands coups de brosse puissants qui ajoutent de l’épaisseur à la luminosité. Nathan Wouters relie l'ensemble dans un jeu sobre ou, au contraire, ouvre encore plus l'espace. Il évoque aussi parfois d'autres folklores imaginaires (lorsqu’il utilise l'archet notamment). Tout cela se fait avec une grande complicité et avec une maitrise technique admirable.

Une belle heure de musique d'une infinie tendresse, parfois sombre et mélancolique, parfois ardente et apaisante, mais toujours interpellante. Le public en redemande, Ruben revient sur scène pour une courte impro en solo. Magistrale.

Bref, ce soir, on a pris un grand bol d'air vif et frais à Charleroi.

 

Machtelinckx/ Jensson/ Badenhorst/ Wouters Flock from Ruben Machtelinckx on Vimeo.

 

 

A+

 

28/01/2015

Pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

 

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Tournai Jazz Festival. Quatrième édition !

Le pari lancé par Geoffrey Bernard, avec la complicité de la Maison de la Culture de Tournai (et l’infatigable Frédéric Mariage), d’organiser un festival de jazz à Tournai qui s'installe dans le paysage culturel belge est pratiquement gagné.

Oui ! Le public est venu applaudir Eric Legnini, Toots, le BJO ou encore Philip Catherine, en 2012 pour la première.

Oui ! Il est revenu, plus nombreux encore, écouter Galliano, Manu Katché ou Ibrahim Maalouf l’année suivante… Et oui ! En 2014, il était encore là pour voir Jef Neve, Avishai Cohen, Viktor Lazlo et l’incroyable Youn Sun Nah.

Et chaque année, l’organisation est irréprochable. Et chaque année, l’accueil est formidable et chaleureux (tant pour le public que pour les musiciens).

En 2015, ces 6 et 7 février, Tournai Jazz remet le couvert et nous propose une fois de plus une superbe affiche.

Barabara Hendricks (oui, oui, Barbara Hendricks) viendra chanter le blues de Billie Holiday, Bessie Smith ou encore de Nina Simone.

Il y aura aussi des «jeunes» à découvrir, comme Thomas Enhco, brillantissime pianiste - à la fois impétueux et raffiné et toujours surprenant, ou Guillaume Perret  et sa conception musclée du jazz. Ceux qui aiment les sensations fortes en auront pour leur argent. Et ceux qui pensent que le jazz est une musique «plan-plan» risquent bien d’être surpris.

Et puis il y aura aussi au programme : Bojan Z en solo, Paolo Fresu et Omar Soza en duo et Kenny Garrett en quintette ! On ne fait pas les choses à moitié à Tournai.

Il y aura, bien sûr, des belges, comme Big Noise (gare à la fête, comme on dit) ou Bai Kamara (avec Jean-Paul Estiévenart, Stéphane Mercier, David Devrieze ou encore Michel Seba! ) ou le guitariste Hevé Caparros (à découvrir!) avec Sal La Rocca, Lionel Beuvens et Matthieu Van

Vous le voyez, il n’y a aucune raison de rester chez soi ce week-end là.

Réservez vos places tant qu’il en est temps !

Il y a même un pass** «spécial Kenny Garrett / Guillaume Perret» mis en vente au prix de 30€ - pour ceux qui ne peuvent pas se libérer «avant».

Tout est prévu, je vous dis. Voilà pourquoi j’irai au Tournai Jazz Festival.

On se retrouve là-bas ?

 

 

 

A+

**UNIQUEMENT disponible au guichet de la maison de la culture de Tournai ou en téléphonant au 0032 / 69253080. Infos : contact@tournaijazz.be .

 

 

 

25/01/2015

Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq à la Jazz Station

Samedi 24 janvier, grand final du premier River Jazz Festival organisé par le Marni, la Jazz Station et le Senghor. Et quel final !

Manu Hermia avait reçu une carte blanche qui relevait plutôt du challenge puisqu'il donnait rendez-vous au public à 18h à la Jazz Station, avec Sylvain Darrifourcq et Valentin Ceccaldi, puis à 20h au Senghor avec son projet Belgituroc et, pour finir, à 22h au Théâtre Marni, avec Manolo Cabras et Joao Lobo! Bref, un marathon à lui tout seul.

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Le River Jazz peut s'enorgueillir d'un succès plus que réjouissant : chacun des concerts étant pratiquement tous sold out ! Une façon comme une autre de prouver à certains que la culture intéresse les gens et qu'elle est indispensable à l'épanouissement de tous.
Il est certain aussi que, vu l'engouement du public et des jazzmen, la formule (originale et pointue) sera renouvelée. Tant mieux car, malgré les nombreuses dates proposées, je n'ai pu assister qu'à un seul concert (quelle honte!), celui de Hermia, Ceccaldi et Darrifourcq à la Jazz Station.

J'avais déjà vu le trio en concert au Studio Grez, et j’en avais parlé ici. Un disque devrait sortir sous peu (chez Babel Label), et on l’attend avec impatience car la musique en vaut vraiment la peine.

Comme le dit Manu en introduction, la musique proposée par les trois compères tient bien sûr du jazz - au sens large dans la mesure où les frontières ont été habilement effacées – mais aussi de la poésie, qui oscille entre Verlaine et Bukowski.

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L’humour n’est pas étranger non plus au projet. Sous son titre amusant, «On a brûlé la tarte» est une lente progression intense et puissante qui nous pousse à nous interroger sur le monde, la vitesse, les relations, les gens.
Ceccaldi fait grogner gravement son violoncelle (l’école Joëlle Léandre n'est pas loin), Darrifourcq fait claquer ses fûts avec une fougue grandissante, dans une gestuelle rythmique précise et souvent asymétrique, tandis qu' Hermia arrache les notes à son ténor. Il passe de la souplesse à la rage avec un sens inné du discours.

Certains morceaux sont plus «mystérieux», repliés sur eux-mêmes, plus profonds. Le batteur mélange sa frappe à d'étranges bidouillages electro. C’est subtil et fin. Le moindre petit cliquetis, le feulement d’une brosse à vaisselle (!) sur les peaux ou le craquement de l’instrument sont amplifiés, retravaillés, rythmés. On voyage en apesanteur, dans un espace étrange et halluciné.

«Les flics de la police» (ici aussi, l’humour n'est pas sans réflexion) est basé sur un tempo hypnotique, haletant, post-industriel, imposé par Darrifourcq (qui signe aussi la compo). Ça claque sec. Très sec, même. Et c’est imparable.

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«Hô-Chi-Minh» (de Hermia) se penche avec beaucoup d’affliction, de tristesse et de recueillement sur les horreurs de la guerre du Vietnam. Le violoncelle est lourd de larmes et de désespoirs. La musique évoque un peu l’esprit de Messiaen. Puis la révolte monte, de façon irrépressible, et se termine en un véritable cri de rage. Ceccaldi est aussi précis que fougueux et sa musicalité est toujours étonnante. Le crin de son archet en prend un coup ! Quant au travail de Darrifourcq, encore lui, il n'est pas sans rappeler la musique concrète d'un Schaeffer : il s’aide de sonnettes, de réveils, de cintre, de couvercles de casseroles et d’effets électro pour créer un univers singulier. Et le bruit devient peu à peu mélodie, surtout quand Ceccaldi s'immisce imperceptiblement dans ce capharnaüm sonore hyper maitrisé.

Oui, la musique du trio va bien au-delà du jazz. Elle est tantôt ultra contemporaine, tantôt abstraite, tantôt brutale, tantôt apaisante. Parfois rock, parfois punk. Elle ne se fixe aucune limite. Elle nous surprend tout le temps, elle est imprévisible et nous emmène dans un sacré voyage qui ne laisse vraiment pas indifférent.

Quand on pense qu’après tout ça, Manu Hermia doit remballer son matériel, courir jusqu’au Senghor et jouer tout à fait autre chose, puis, de là, foncer au Marni pour remettre le couvert avec son autre trio, on se dit qu’il faut être fou… mais surtout bien dans sa tête. Et pour ça, pas de problème, on peut lui faire confiance à Manu.

Chapeau, man !

 

 

 

A+

 

 

 

24/01/2015

Jazzmatik au Sounds

 Paolo Fresu et Galliano à Flagey, Nic Thys en trio au Bravo ou encore La Nouvelle Star à la télé (non, là je déconne), la concurrence était rude pour le Jazzmatik d’Adrien Volant au Sounds C'est pourtant ce concret que n'ai décidé d'aller écouter ce jeudi soir. J'avais envie d'un jazz décontracté et sobre. Sur papier (Paolo Loveri, Lionel Beuvens, Daniel Stokart et Giuseppe Millaci), ça devrait le faire…

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Sur le coup de 22h30, le quintette attaque «Invitation», pour s'échauffer. Puis il enchaine avec une bossa pour s'ensoleiller. Et la flûte de Stokart se fait aussitôt lumineuse et ondulante.

Ça frissonne.

La ballade douce et chaleureuse, («For Carla») écrite par Paolo, permet à Adrien Volant de bien se mettre en avant. Le son est limpide et souple à la fois, droit et sans fioriture. Paolo, quant à lui, égraine avec beaucoup d'élégance et de retenue la mélodie. Le jeu de de Giuseppe Millaci à la contrebasse est, lui, un peu trop retenu, presque timide. Même dans ses solos il reste un peu en retrait. On aimerait un peu plus de puissance et d'audace, car son phrasé est plutôt intéressant. Du coup, c'est surtout l'excellent drumming de Lionel Beuvens qui donne assez de nerf à l'ensemble pour maintenir - ou provoquer - un peu le groove.

D'ailleurs, ça s'emballe un peu plus avec «Béatrice» de Sam Rivers - débuté pourtant de manière un peu approximative - ou avec «Song For Bilbao» de Pat Metheny, joué avec une belle intensité.

On sent Stokart – à l’alto cette fois - très libre et vraiment à son affaire lorsqu'il peut improviser (sur un morceau de Seamus Blake, par exemple, ou sur «Recorda me» de Joe Henderson). Sans jamais tomber dans l'excès (ce n'est pas le genre du groupe, de toute façon) il propose un jeu simple, ferme et nuancé.

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Au second set le groupe accueille une jeune chanteuse (Eleonora Albani) pour quelques morceaux («When Sunny Gets The Blues» ou «Bye Bye Blackbird» - sur lequel Paolo Loveri se laisse aller à quelques citations virtuoses). Albani semble chanter sans difficulté et avec beaucoup de décontraction. Justesse, clarté, scat facile et sourire dans la voix semblent s'inspirer d'Anita O'Day. Avec candeur, elle renforce, à sa façon, la cohésion du groupe. Beaux moments…

Après un début de concert quelque peu hésitant et flottant, celui-ci se termine avec bien plus d'assurance et de surprises. Et «Some Other Blues» de John Coltrane en est d'ailleurs une conclusion des plus convaincantes.

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Je voulais un jazz cool et sobre... Mon vœu a été exhaussé.

(A l'occasion, réécoutez 3 for 1 (chez Mogno) de Paolo Loveri, ce sont 70 minutes de bonheur raffinés)

A+